Chapitre 39 • 1e jet

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Éden

Août 2028.

Azalée ajustait une mèche de mes cheveux, concentrée, les sourcils légèrement froncés. Je ne disais rien, assise devant le miroir, les mains moites, le cœur un peu trop rapide. Mon reflet me paraissait presque irréel. Je ne ressemblais pas à moi. Et pourtant... si. C'était bien moi. C'était le jour de mon mariage.

— T'as l'air de faire une syncope, murmura-t-elle en m'effleurant doucement l'épaule. Respire.

Je soufflai du nez, tentant un sourire.

— Je respire. À moitié. Peut-être un tiers.

— C'est pour ça que ta robe est fluide, hein. Pas pour l'esthétique : pour éviter le malaise vagal.

Je ris un peu, plus par réflexe que par amusement. Ma robe en crêpe ivoire glissait contre ma peau avec une douceur légère. Le tissu retombait naturellement jusqu'à mes chevilles, ondulant légèrement quand je bougeais les jambes. Elle était simple, mais élégante. Un joli dos nu, de fines bretelles croisées, un tombé parfait. Pas de froufrous, pas de corset. Juste moi.

— Tu sais, si t'as besoin de faire une pause... me dit Azalée tout en vaporisant un peu de parfum dans le creux de mon cou, on peut tout arrêter. Fuir. Partir en Grèce. Ouvrir une taverne et vendre du tzatzíki maison.

Je levai les yeux au ciel.

— T'es bête.

— Je sais. Mais sérieusement... ça va ?

Je croisai son regard dans le miroir. Il y avait toujours cette intensité chez elle, cet instinct protecteur qui ne m'avait jamais quittée. Je hochai doucement la tête.

— Ça va. J'ai juste du mal à croire qu'on y est vraiment.

— Bah écoute... t'es maquillée, coiffée, en robe. Si c'est un rêve, il est sacrément bien scénarisé.

Elle s'approcha de moi et déposa un petit bisou sur le sommet de ma tête.

— Tu es magnifique, Éden. Vraiment. Il va s'effondrer quand il te verra.

Je sentis mes joues s'échauffer. Je n'avais pas encore croisé mon reflet en pied. Je n'avais pas osé me lever complètement. L'idée qu'Aaron me verrait dans quelques minutes me donnait le vertige. Est-ce qu'il allait aimer la robe ? Est-ce qu'il allait pleurer ? Est-ce qu'il allait me dire encore une de ses répliques à la con, genre "j'espère que t'as gardé le ticket, j'en veux vingt autres comme toi" ? Peut-être. Sûrement.

Des coups légers à la porte interrompirent mes pensées. Mon ventre se contracta.

Azalée alla ouvrir.

Mon père apparut dans l'encadrement, un sourire déjà humide au coin des lèvres. Il était sobrement habillé, chemise blanche, veste beige claire, et sa barbe avait été fraîchement taillée. Il me regarda un instant, sans rien dire, comme si le silence était la seule chose assez forte pour porter ce qu'il ressentait.

— Tu es... splendide, souffla-t-il enfin. Éden... j'ai plus les mots.

Il s'approcha lentement, un peu maladroit, comme s'il avait peur de me froisser. Je me levai pour lui faire face. Il m'attrapa les mains.

— Je savais que t'étais belle ma puce. Mais là... là, tu m'as retourné le cœur.

Je souris, les yeux brillants.

— Merci, papa.

Il inspira longuement, comme pour se contenir, puis me proposa son bras.

— On va faire ça, alors ?

Timeless LoveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant