Chapitre 19 • 1e jet

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Aaron

Printemps 2022.

Il faisait bon, ni trop chaud ni trop froid. L'air sentait la terre un peu humide, et le chant d'un merle résonnait quelque part dans le jardin. Je me tenais dans le couloir, juste avant le salon, le cœur qui cognait trop fort dans ma poitrine. Mes mains étaient moites, et je n'arrêtais pas de les essuyer sur mon jean.

Claire et Philippe étaient installés à table, tranquilles. Éden, assise sur le bord du canapé, me regardait avec ce petit sourire doux qu'elle avait quand elle savait que je stressais pour rien. Elle savait déjà ce que j'allais dire. Comme toujours, elle avait été la première à qui j'en avais parlé.

Je pris une grande inspiration, puis une autre. Et j'entrai.

— Je peux vous parler ? demandai-je, un peu trop fort peut-être.

Claire releva la tête, légèrement surprise mais avec son éternelle douceur dans le regard.

— Bien sûr, Aaron. Tu veux t'asseoir ?

Je fis non de la tête. Je préférais rester debout. Assis, j'aurais eu trop peur de perdre mes mots.

— Voilà... Ça fait presque deux ans que je suis ici. Et je sais que, parfois, on évite de mettre des mots précis sur les choses. Mais je crois qu'on les ressent quand même. Avec vous... ça a toujours été différent. Dès le début. Alors j'ai réfléchi, longtemps... Et si vous êtes d'accord, j'aimerais que ça devienne... officiel.

Un silence suivit. Pas pesant. Juste chargé.

Claire eut un léger sursaut d'émotion. Elle posa une main sur sa bouche, ses yeux brillants.

Philippe, lui, se leva lentement. Il me regarda droit dans les yeux avant de poser une main ferme mais rassurante sur mon épaule.

— Aaron... on n'a pas accueilli d'autres enfants depuis que tu es arrivé. Pas parce qu'on n'en voulait plus. Mais parce que toi, tu étais là. Parce qu'avec toi, ça sonnait juste. Comme une évidence.

Claire se leva à son tour et m'enlaça sans attendre. Ses bras m'entourèrent avec une chaleur incroyable. Elle ne parlait plus, elle serrait. Et moi, au bout de quelques secondes, je la serrai aussi.

Éden s'était discrètement levée. Elle s'approcha et glissa sa main dans la mienne, l'air de rien. Son pouce caressa le creux de ma paume.

Ce n'était pas bruyant. Pas de cris, pas de grandes déclarations. Mais c'était vrai. C'était tout ce que j'avais espéré, sans jamais croire que j'y aurais droit.

***

Quelques semaines plus tard, on se retrouva dans un bureau clair, un peu impersonnel, à la Maison départementale. Des chaises rangées en ligne, des murs beiges, une odeur de papier et de café froid.

Claire tenait mon dossier sur ses genoux comme si c'était un trésor. Philippe était concentré, un peu tendu, comme s'il ne voulait pas rater un seul mot de ce que la fonctionnaire en face de nous expliquait.

— L'adoption simple, comme vous le savez, permet à Aaron de garder son identité d'origine tout en étant juridiquement rattaché à vous. Il pourra, s'il le souhaite un jour, changer de nom, mais ce n'est pas une obligation.

Elle nous tendit les papiers à tour de rôle. Je regardai mon nom imprimé, mon cœur battant dans mes tempes. Claire signa d'abord, puis Philippe, leurs gestes fermes et assurés.

Quand ce fut mon tour, je pris le stylo avec une hésitation. Je sentais mes doigts trembler. Éden me regardait, assise un peu plus loin, ses mains croisées sur ses genoux.

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