Chapitre 20 • 1e jet

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Éden

Septembre 2023.

La cour était bruyante, pleine de visages encore un peu endormis et de sacs neufs. L'air sentait la poussière tiède des salles de classe rouvertes et le stress.

J'avais passé une bonne partie de l'été à penser à cette rentrée. À cette idée étrange qu'on était maintenant des lycéens. Le mot avait un goût un peu trop grand dans ma bouche.

Aaron était juste là, à mes côtés, le sac sur une seule épaule et les cheveux à moitié en bataille. Il regardait les listes d'élèves affichées sur les vitres du bâtiment, son doigt suivant les noms à la recherche du sien.

— On est ensemble, dit-il d'une voix qui trahissait son soulagement.

Je me penchai pour voir. Il avait raison.

Mon cœur fit un petit bond. Mieux encore, Gabriel était dans la même classe que nous. Je souris, soulagée. Ce serait une bonne année, j'avais envie d'y croire.

Gabriel nous rejoignit au moment où on reculait pour laisser la place à d'autres. Il était un peu plus grand que cet été, un peu plus bronzé aussi, avec toujours cette démarche bancale mais assurée. Il sourit en nous voyant.

— Classe de rêve, déclara-t-il en lançant un regard complice à Aaron.

Puis il lut quelques noms au hasard, histoire de tuer le temps avant la montée en classe.

— Nour, Éden... il me fit un clin d'oeil. C'est toi. Lucas, Aaron...

— Toujours là, dit Aaron.

— Mia, Zoé... Clara, Gabriel..., il se tourna vers nous en souriant. Présent !

Son doigt continuait de descendre la liste.

— ...Et tiens, Azalée Laurens.

Je haussai un sourcil.

— C'est qui, Azalée ?

— Oh, fit Aaron, en se tournant vers Gabriel avec un petit sourire en coin. On en parle ?

— On en parle, confirma Gabriel. Tu veux raconter ou je m'y colle ?

Je les regardai, les bras croisés.

— Racontez quoi, exactement ?

Ils se lancèrent un regard complice, celui des garçons qui savent un truc que toi tu ne sais pas, et Gabriel s'éclaircit la gorge.

— Fin août, j'étais allé au cimetière voir ma mère. Et... j'ai vu une fille, assise près d'une tombe, toute seule, en pleurs, elle avait une canule au nez, elle lisait quelque chose en silence, les yeux tout rouges. Je sais pas, y avait un truc qui m'a marqué.

— Mais t'as pas été lui parler ? demandai-je.

— Non, répondit-il en secouant la tête. Pas ce jour-là.

— Il y est retourné le lendemain, précisa Aaron. Et là, ils se sont enfin parlés.

Gabriel reprit :

— Elle était encore là. Alors j'ai pris mon courage, et je lui ai demandé qui elle était venue voir. Elle m'a parlé de Jade.

— Jade ?

— Une fille que j'ai connu à l'hôpital, pendant ma rééducation. Et là elle a bugé et a blêmi. C'était la même Jade qu'elle.

— La Jade que t'avais rencontrée en rééducation ?

— Ouais. Celle qui était dans la chambre d'à côté. Qui au début se battait pour aller mieux, mais qui s'est éteinte, suite aux blessures de son accident de voiture.

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