Aaron
La maison sentait la cannelle et le bois chaud. Claire avait allumé les bougies dès le matin, et Philippe chantonnait faux en installant les guirlandes lumineuses autour des cadres photos du salon. Ça faisait un mois que j'étais ici, et tout me paraissait à la fois familier et encore fragile. Comme si je marchais sur une glace fine. Mais au fond, je me sentais... bien.
Je n'appelais pas Claire et Philippe "maman" ou "papa". Pas encore. Mais leur présence, leur manière d'être là sans en faire trop, me touchait. Ils posaient une tasse de chocolat sur ma table de chevet quand je rentrais tard de chez Éden. Ils demandaient si ma séance avec la psy s'était bien passée, mais sans insister. Ils m'écoutaient. Et surtout, ils me laissaient respirer.
Ce matin-là, Claire avait préparé un petit-déjeuner spécial. Tartines dorées à la poêle, jus d'orange frais, pain d'épices. Je l'aidais à mettre la table pendant que Philippe emballait les derniers cadeaux dans le bureau.
— Tu es sûr que tu veux y aller aujourd'hui ? demanda-t-elle doucement, en posant une main sur mon bras.
Je hochai la tête. Le parloir était à quatorze heures.
J'avais besoin de le faire, aujourd'hui plus que jamais. De tourner une page. De lui dire, enfin, ce que je portais depuis des années.
Quand Julie me retrouva devant le centre de détention, elle m'adressa ce regard qu'elle réservait aux moments où les mots sont de trop. Elle m'accompagna dans la salle grise, froide, vide de tout sauf de tension. Et il était là. Mon père. Toujours ce regard vide, cette bouche dure, cette carrure qui m'avait longtemps fait trembler.
Je m'assis en face. Je ne baissai pas les yeux.
— T'as bien grandi, lâcha-t-il, comme si c'était une conversation banale.
Je ne répondis pas.
— Tu viens me voir juste pour Noël ? Tu crois que j'ai que ça à foutre de te regarder me mépriser ?
— Je viens te dire que c'est fini.
Il haussa les sourcils. L'agacement grimpa dans ses traits.
— Fini quoi, Aaron ? Tu crois que t'es un homme maintenant, c'est ça ?
— Non. Je crois juste que j'ai plus besoin de toi. Plus besoin de tes cris, de tes coups, de ta haine. Tu m'as volé mon enfance. Tu as tué ma maman. Et même ça, t'es pas foutu de l'admettre.
— T'as rien compris, marmonna-t-il, les mâchoires serrées. Elle m'a poussé à bout. C'était un accident. Et toi, t'es qu'un ingrat. On t'a tout donné.
— T'as rien donné. T'as pris. Tu m'as cassé. Mais je suis encore là.
Je me levai. Ma voix tremblait, mais mes jambes tenaient bon.
— Je voulais juste te dire que je vais bien. Que je suis heureux. Sans toi. Et que je ne reviendrai jamais.
Il ne répondit pas. Il serra les poings, puis détourna le regard. Je partis sans me retourner.
Éden m'attendait à l'extérieur. Elle portait sa veste en cuir et son écharpe bordeau, celle qui sentait la lessive douce et l'hiver.
Je la vis s'approcher, ses bras déjà prêts à m'envelopper. Et là, je craquai.
Je me laissai tomber contre elle, mon visage dans son cou. Elle ne dit rien. Elle serra fort. Sa main glissa dans mes cheveux, et je sentis mon souffle se relâcher enfin.
— C'est fini, soufflai-je. Je lui ai dit. Tout.
— Je suis fière de toi, murmura-t-elle, les yeux brillants.
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Timeless Love
RomanceTogether Forever • Tome 1 Timeless Love • Tome 2 Twisted Hearts • Tome 3 Peuvent se lire indépendamment ( spoil attention) Résumé : Elle venait d'emménager dans cette nouvelle ville suite au divorce de ses parents. Elle ne se doutait pas qu'elle a...
