D'un coup de pied bien placé, Axel ouvrit la porte d'entrée de l'unique bistro de l'île.
Comme il l'avait parfaitement prédit, le jeune pêcheur le trouva assis derrière cette petite table ronde, seul, dos à l'unique fenêtre du bâtiment, en train de siroter du thé glacé. Comme à son habitude – comme à chaque après-midi après être parti en mer, le matin. En quelques enjambées, Axel traversa le bistro et se vissa sur la chaise devant l'autre homme. Le gérant de l'établissement – un homme patibulaire au visage rond et au nez d'aigle – lui lança un regard noir, mais s'abstint de faire le moindre commentaire.
Il était presque quatre heures de l'après-midi. Le bar était en permanence plein à craquer : c'était pour ça qu'il y était très souvent. Pas pour s'enivrer, contrairement à un nombre important de leurs collègues : tout simplement pour passer inaperçu, pour être invisible mais pour tout voir, et tout entendre.
L'alcool déliait les langues. Axel l'avait souvent entendu dire ça.
— Baptiste, j'aimerais qu'on parle.
— Bonjour, déjà, grommela l'intéressé après une gorgée de sa boisson. Commençons par là.
Baptiste le toisa de son regard bleu-gris. Axel ravala sa salive. Son confrère n'était guère impressionnant, en comparaison avec le jeune pêcheur : assez maigre et de taille moyenne, beaucoup pensaient qu'Axel était son grand-frère, du haut de ses deux mètres. Or, dans un premier lieu, ils n'étaient absolument pas de la même famille et, surtout, Baptiste était plus âgé que lui de quelques années.
Et Axel avait une peur bleue de son aîné.
Le jeune pêcheur ne tenait pas en place. Il avait l'impression que les murs du bistro se refermaient progressivement sur lui, qu'ils allaient bientôt lui comprimer la cage thoracique et l'étouffer. Et puis, il y avait trop de monde autour de lui, et le vacarme était infernal et assourdissant.
Quelle idée d'aller chercher son confrère à une heure pareille, alors qu'il était évident que le bar était le lieu qui rassemblait le plus de personnes, sur l'île – avec bien entendu le marché, qui se déroulait le dernier jour de la semaine ? Axel sentit une centaine de paires d'yeux lui percer la peau, alors que personne ne faisait attention à lui, en réalité. Seul Baptiste le fixait.
Axel voulait prendre ses jambes à son cou. Il avait anormalement chaud. Sa tête lui tournait. Son cœur battait de plus en plus vite, entre ses deux poumons comprimés et totalement vidés de leur air. Sa langue était pâteuse, et paraissait gluée au fin fond de sa bouche.
Ce n'était pas une insolation. Ça, il en était sûr.
Baptiste soupira, avant de porter son verre à ses lèvres, et de boire ce qu'il restait de son thé glacé, d'un seul coup. Il se leva dans un seul mouvement.
— Viens, fit-il à l'attention de son confrère, d'une voix tiraillée entre la sévérité et la bienveillance. Sortons de là.
En passant devant le comptoir, Baptiste lâcha quelques pièces à l'attention du gérant du bistro. Lorsqu'ils retrouvèrent l'air frais, Axel se mit à respirer plus normalement. Plus ils s'éloignèrent du bar, plus la sensation d'angoisse qui rugissait dans son torse s'estompait, laissant place à un raz-de-marée de honte et de lassitude. Ils traversèrent le centre de l'unique hameau de l'île, déserté de ses habitants à l'exception de quelques vieillards qui pialaient ensemble, assis côte-à-côte sur des bancs en bois. Personne ne fit attention à eux. Le jeune pêcheur avait les yeux rivés sur le sol, tout en marchant.
— Désolé, maugréa-t-il.
Baptiste ne lui répondit pas tout de suite, et Axel ne le vit pas hausser les épaules d'un air indifférent. Ils s'enfoncèrent dans une fine rue, bordée d'habitations entièrement en bois et au toit triangulaire. D'où ils étaient, le jeune pêcheur pouvait déjà entendre le roulement des vagues.
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I am not a fish !
ParanormalRÉÉCRITURE TERMINÉE LE 12/07/2025 Axel est un pêcheur. Sa vie est rythmée par les voyages en mer : chargé de trouver de quoi nourrir les habitants de son île isolé, son quotidien n'a rien d'exceptionnel. Jusqu'au jour où ses filets attrapent une si...
