Axel avait longuement hésité à ouvrir sa porte à Baptiste, qui l'avait appelé en criant comme un démon, pour partir en mer ce jour-là.
Le temps s'était calmé, mais le ciel restait nuageux : le Soleil se cachait derrière ce voile blanchâtre, comme un enfant honteux. De rares nuages, d'un gris foncé inquiétant, se distinguait au-dessus d'eux. L'océan s'étendait tout autour du chalutier, serein et silencieux.
Le jeune pêcheur bâilla à s'en arracher la mâchoire inférieure. Il ne prêta en aucun cas attention à son confrère, qui l'inspectait d'un œil discret depuis plusieurs minutes. Axel fixait le vide, les paupières lourdes. Il avait l'impression d'avoir du coton dans les oreilles.
Il n'avait pas dormi de la nuit. Axel se demandait sincèrement comment il pouvait faire pour tenir debout.
Le silence les écrasait – et le jeune pêcheur ne savait pas s'il préférait ça ou que Baptiste l'assommât de questions en tout genre. Même les vagues semblaient se taire. Axel avait l'impression que ses neurones bouillonnaient dans leur liquide cérébro-spinal. Il bâilla de nouveau. Le Soleil gravissait petit à petit le firmament, et le sang du jeune pêcheur se glaça dans ses veines.
Midi approchait.
Penser au zénith faisait vibrer chaque centimètre de sa peau. Un engouement sans précédent lui retournait l'estomac, marié à une perfide appréhension. Comme à son habitude, Axel ne pouvait s'empêcher de s'accabler de maintes et maintes questions qui finissaient toujours sans réponse. Il regrettait amèrement d'avoir prétendu nécessiter un peu de temps pour réfléchir : le jeune pêcheur était dévoré par le désir envahissant de plonger tête la première dans l'océan pour découvrir ce monde qui lui échappait tant, de pouvoir devenir une personne totalement différente pendant quelques heures, d'enfin avoir l'opportunité d'échapper à son quotidien morose.
Mais, surtout, Axel allait pouvoir enfin revoir Morgane.
En repensant à la sirène, son inquiétude s'amenuissait. Un sourire, léger mais sincère, creusa son visage. L'attente devenait insoutenable – et c'était le fait de pouvoir retrouver la sirène qui l'avait retenu de fermer l'œil de la nuit.
Axel retint un hurlement de terreur quand la main de Baptiste se posa brutalement sur son épaule, le ramena à la réalité.
— Tu m'écoutes, quand je te parle ?
Le jeune pêcheur virevolta vivement vers son confrère, le cœur prêt à exploser. Baptiste leva un sourcil, en adéquation avec son agacement. Axel reprit son souffle de manière brève.
— Pardon, tu me disais quoi ?
— Ton filet, fit simplement Baptiste.
— Eh bien quoi, mon filet ? Il est très bien, mon filet.
— Très bien, oui, en effet, mais totalement inutile quand tu ne le plonges pas dans l'eau ! rétorqua l'autre pêcheur, en pointant du doigt l'amas d'entrelacs usés qui traînait sur le pont.
Axel ravala difficilement sa salive. Ses yeux le picotaient à cause de l'air iodé et de l'épuisement. Baptiste l'étudia du regard sans dire un mot de plus, et le jeune pêcheur eut du mal à soutenir son air sévère longtemps. Il poussa un soupir, puis balbutia quelque chose, que Baptiste ne comprit manifestement pas :
— Quoi ?
— Rien, rien, marmonna Axel en lui tournant le dos. Désolé, je suis fatigué. Je ne me sens pas bien. Je n'aurais pas dû t'accompagner, aujourd'hui.
— C'est vrai que tu as une sale mine. Tu es sûr que ça va ? Que ça va vraiment ?
Axel garda le silence, les yeux perdus dans les vagues. Il avait l'impression que le temps venait de se suspendre autour d'eux. Il avait de plus en plus de mal à contenir ses mains tremblantes – mais son corps ne grelottait plus d'enthousiasme exacerbé : le jeune pêcheur avait atrocement froid, tout d'un coup.
VOUS LISEZ
I am not a fish !
ParanormalRÉÉCRITURE TERMINÉE LE 12/07/2025 Axel est un pêcheur. Sa vie est rythmée par les voyages en mer : chargé de trouver de quoi nourrir les habitants de son île isolé, son quotidien n'a rien d'exceptionnel. Jusqu'au jour où ses filets attrapent une si...
