Chapitre 27 *

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 Combien de temps avaient-ils passé, piégés dans la fosse des Dents ? Axel l'ignorait complètement.

Il ne pouvait même pas se repérer à ses rations d'algues pour essayer de calculer combien de jours étaient passés depuis leur épopée : le jeune pêcheur avait le ventre tellement noué que son appétit avait déserté depuis longtemps. Même avaler du Miroir lui donnait la nausée.

Axel n'aurait jamais imaginé que son île allait tant lui manquer un jour, qu'il aurait été prêt à tout pour retrouver sa cabane croulante et son chalutier à moitié rouillé.

Il jeta un regard anxieux à la fosse des Dents, à travers une fissure. Les créatures naviguaient de failles en failles, de grottes étroites en grottes étroites, pour éviter de se faire trop remarquer par les méduses. Les monstruosités erraient souvent dans la fosse, sans but précis, dans un silence glaçant. Axel avait profité de ces derniers jours pour les observer, pour mieux les comprendre – mais leur manière d'être lui échappait totalement.

Les méduses ne parlaient pas – elles ne se parlaient pas. Elles vagabondaient en groupe, de quatre ou cinq principalement. En réalité, le jeune pêcheur avait l'impression qu'elles ne s'accordaient aucune attention, mutuellement. Les méduses passaient leur journée à errer, et c'était à peu près tout. Pendant ces longues heures perdues à attendre – mais attendre quoi ? Attendre qui ? –, Axel les avait observées, avait tenté de les étudier. Mais il avait terminé avec plus de questions que de réponses, en fin de compte.

La tension était palpable entre eux. Axel avait remarqué que la peau de ses compagnons devenait de plus en plus livide, presque translucide. Tous se terraient dans le mutisme, et s'adressaient peu la parole. Les rares tentatives pour briser cette ambiance lourde s'étaient toutes soldées par des échecs cuisants : le jeune pêcheur avait rapidement renoncé à essayer de leur extirper un simple mot, un triste rire.

Axel avait l'impression d'être entouré de cadavres, et que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il n'en devînt un, à son tour.

Ce jour-là – ou cette nuit-là ? Le jeune pêcheur avait perdu la notion du temps, de toute façon –, tous les quatre exploraient la fosse, à la recherche du moindre indice qui leur crierait qu'ils n'avaient pas fait tout ça pour rien. Ils l'exploraient, comme hier, comme avant-hier, comme tous les autres jours qu'ils avaient passés dans ce cimetière aquatique, de fond en comble, ils se penchèrent dans chaque recoin avec une conviction inespérée qu'ils ne faisaient pas fausse route. Ils nagèrent au-dessus des ossements sans y prêter davantage attention. Lau ouvrait souvent la marche, plongée dans un état d'alerte constant, tandis qu'Ozy guettait leurs arrières, son trident à présent toujours dégainé. Tous se jetaient des regards méfiants, furibonds, épuisés.

Axel avait hâte que cela se terminât pour de bon.

Pour éviter de sombrer bel et bien dans la folie, le jeune pêcheur pensait à Morgane. Il ne pensait qu'à elle, tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes. Et cela marchait. Quand son visage se dessinait dans son esprit, Axel sentait le poids sur ses épaules se décharger. Ses pensées retrouvaient leurs couleurs, et une lueur désespérée d'espoir le traversait.

À chaque fois qu'il voulait abandonner, il se rappelait pourquoi il avait foncé tête baissée dans cette quête impossible.

Soudain, Lau s'immobilisa. Elle leur barra la route avec son bras, les doigts repliés sur le manche d'un de ses cimeterres.

— Regardez, fit-elle d'une voix enrouée. En face.

Elle pointa l'horizon du doigt. Les trois créatures s'approchèrent pour mieux voir ce qu'elle voulait leur montrer.

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