Chapitre 29 *

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 Aucun garde du duc ne parvint à les arrêter : les cinq créatures débarquèrent en trombe dans le manoir troglodytique détruit. Dans le hall, tous les regards se tournèrent vers eux – les servantes blêmes et bouche bée, les soldats totalement effarés et impuissants.

— Nous demandons que monsieur Sik nous reçoive ! demanda autoritairement Lau, la tête haute. Nous avons sa fille.

Le cœur d'Axel cognait furieusement dans son torse.

S'il ne prenait pas de Miroir dans les minutes qui suivaient, c'en était fini pour Baptiste et pour lui.

Autour d'eux, personne n'osa faire le moindre mouvement. Le jeune pêcheur avait l'impression d'avoir pénétré dans une galerie remplie de statues. La sirène n'eut pas le temps de laisser exploser son courroux, rompue d'avoir traversé plusieurs lieues en quelques jours et d'avoir risqué sa vie pour sauver sa meilleure amie : ce fut Ozy qui cria, cette fois-ci.

— Vous avez entendu, ce que Laureline a dit ? Du nerf ! Nous exigeons une audience auprès du duc, immédiatement ! Prévenez-le de notre arrivée !

Les créatures marines partirent dans tous les sens, comme une nuée de mouches. Un silence tomba brutalement dans le vestibule. Heureusement pour eux, ils n'eurent pas à attendre longtemps : la silhouette imposante du duc se découpa dans l'une des nombreuses ouvertures, entourée d'autres tritons armés.

Une lueur scintilla dans les ténèbres de ses yeux. Ses traits durs s'adoucirent une fraction de seconde, tandis qu'il s'élança vers le groupe.

— Ma fille !

— Rebonjour, père, articula simplement Morgane d'une voix monotone.

Le duc s'arrêta juste devant eux. Il dévisagea sa fille un instant, comme si elle n'était pas réelle. Axel se mit à retenir son souffle. Puis, Morgane déglutit, en croisant les bras, mais son père la devança en tonitruant à ses serviteurs :

— Qu'on appelle tous les médecins de la cité ! Que ma fille soit auscultée tout de suite !

— Q-quoi ? s'étrangla-t-elle. Mais je vais parfaitement bien ! C'est du grand n'importe quoi !

— Monsieur le duc, tenta Ozy, mais sa voix se perdit dans la cacophonie des armures qui se mouvaient et des cris que les gardes se lançaient.

— Amenez-la à l'abri !

— Mais je vais bien ! s'insurgea-t-elle. Écoutez-moi, pour une fois !

Mais c'était parfaitement inutile. Des mains agrippèrent les épaules d'Axel et de ses compagnons, qui furent trainés en arrière. Le jeune pêcheur cria, puis leva son bras vers la sirène qui tenta d'attraper sa main.

Des gardes entraînèrent Morgane dans les méandres du manoir, malgré ses hurlements de protestation et ses coups de coude, de tête et de queue, répétés inlassablement. Axel se rua pour les poursuivre, mais des mains le maintinrent à sa place. Lau et Ozy tentèrent eux aussi de se défaire de l'emprise des gardes, en vain.

Seul Baptiste resta immobile. Il fixa stoïquement le duc de ses yeux bleu-gris, les traits fermés. Le père de Morgane les toisa froidement.

Des gardes les cernaient, leurs lances et leurs hallebardes tirés vers eux.

Lau prit une grande inspiration, les yeux brillants d'une colère explosive.

— Pourquoi nous traiter comme des étrangers, alors que nous venons de vous ramener votre fille, saine et sauve ?

— Laureline, l'avertit son confrère. Silence.

— Non ! Notre part du marché est rempli ! Ce qui se passe n'a aucun sens !

I am not a fish !Des histoires addictives. Découvrez maintenant