Chapitre 20 *

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 Il toussa bruyamment. De la poussière s'était engouffrée dans sa bouche et dans sa gorge, et lui brûlait la rétine.

Le son étouffé d'une détonation le fit sursauter, fit vibrer ses os. Des bouts de roche dégringolèrent et rebondirent sur ses épaules. Le regard d'Axel se braqua immédiatement sur Morgane, à moitié recroquevillée sur la coquille Saint-Jacques, abasourdie.

Des cris confus fusèrent à l'extérieur de la grotte.

Sans réfléchir une seconde de trop, Axel se rua sur la sirène et l'attrapa par le poignet, avant de l'entraîner à l'extérieur de sa chambre. Son dos éraflé et ensanglanté geignait de douleur. Dans le corridor, c'était le tumulte : des servantes et des gardes nageaient dans tous les sens, en se hurlant des ordres mutuellement. Puis, Morgane arrêta une servante dans sa course, en refermant avec brutalité sa main sur son avant-bras. Ses ongles se plantèrent dans l'épiderme fine de la malheureuse.

— Qu'est-ce qui se passe ? demanda la sirène, avec une autorité froide.

— Elles sont là, couina la servante. Elles prennent en assaut la cité !

— « Elles » ? se permit de demander le jeune pêcheur.

— Les méduses.

Le sang d'Axel se frigorifia. Morgane se concentra de nouveau sur la servante :

— Quelles sont les directives de mon père ?

— Monsieur le duc a demandé à tous les gardes d'assurer la sécurité de la cité, répondit l'autre sirène d'une voix qui se faisait de plus en plus aigüe. Quant à nous, nous avons l'ordre de trouver de quoi nous défendre, de nous calfeutrer dans la demeure de votre père et de nous tenir prêtes si les méduses parviennent jusqu'à ici !

— Et Lau et Ozy ? Où sont-ils ?

— Ils gardent le manoir, Madame ! Et vous, Madame, vous devez vous cacher ! Impérativement ! Nous ne savons pas ce que nous veulent les méduses !

— Comptez sur moi pour ça, grogna Morgane en la lâchant enfin. Enfin un domaine où je réussis à tous les coups !

La sirène s'élança à contre-courant, traînant le jeune pêcheur avec elle. Quand il parvint à se calquer sur son rythme, Axel nagea de plus en plus vite, arrivant presque à son niveau.

— Où tu nous amènes ? lui dit-il en criant, pour se faire entendre malgré la cohue.

— Ne t'épuise pas à parler, et nage ! Tu vas vite le savoir. On n'a pas de temps à perdre : les méduses peuvent nous tomber dessus à tout moment !

Une autre secousse traversa la demeure du duc. Axel se demanda, malgré tout, où se trouvait le père de Morgane à l'instant. Était-il en train de défendre vaillamment sa cité, ou était-il tassé dans son manoir à attendre que cela passât, priant pour sa survie, comme tous ces rois lâches qui n'avaient pas eu le courage de sauver leur patrie au moment le plus critique et le plus important de son histoire ?

Les servantes et les gardes se bousculaient en hurlant. Derrière les ouvertures qui faisaient office de fenêtres, le jeune pêcheur remarquait, de temps en temps, des rayons de lumière surgir de nulle part. Morgane se dirigea vers le fond de la demeure troglodytique, où elle l'avait amené la première fois qu'il avait bravé les fonds marins : tous les deux s'enfoncèrent de nouveau dans les boyaux obscurs et inexplorés.

Ils émergèrent sur le maigre banc de sable humide. Axel respira à pleins poumons, comme pour reprendre sa respiration après un important effort – un réflexe qui était plus ridicule qu'autre chose, ici. Même terrés dans les méandres du labyrinthe, ils ressentaient les secousses qui ébranlaient la cité sous-marine.

I am not a fish !Des histoires addictives. Découvrez maintenant