Baptiste ne s'était pas gêné pour lui dire qu'il avait encore plus mauvaise mine que la veille. Axel n'avait même pas pris la peine de relever.
Les deux pêcheurs voguaient sur le chalutier du plus jeune, comme à leur habitude. L'atmosphère était terriblement lourde, à cause des forts orages qui s'étaient abattus sur l'île et ses alentours, mais aussi en raison du silence qui les étouffait. Axel se mit à bâiller : ses yeux le picotaient. Il avait l'esprit ailleurs. Il jeta un coup d'œil en arrière, pour s'assurer qu'il avait bien baisser son filet dans l'eau, cette fois-ci.
Quant à Baptiste, il était concentré sur la ligne qu'il avait jetée à la mer, assis à la gauche du jeune pêcheur. Un poisson reposait déjà dans son sceau, à côté de lui, inerte. Les mouettes pialaient, comme toujours, au-dessus d'eux.
Et Axel attendait qu'un poisson mordît à l'hameçon. Encore.
Encore et toujours.
Depuis combien de temps s'infligeait-il cela ? Combien d'années avait-il perdues, combien en avait-il sacrifiées, en se levant bien avant l'aube pratiquement tous les jours ? Et pour quoi faire, finalement ? Pour permettre aux habitants de vivre – de survivre ? Mais à quel prix ? Qu'avaient-ils fait en retour, pour lui ? Pas grand-chose, en réalité, hormis lui faire ressentir cette sensation étrange et désagréable – cette sensation de ne pas appartenir à ce monde. Axel soupira avec amertume. Ses jambes lui étaient encore douloureuses, comme si on l'avait violemment battu à cet endroit-là pendant des heures, tout en faisant bien attention de ne pas lui briser les os.
Le jeune pêcheur ne cessait de s'imaginer une autre vie, s'il avait connu l'existence des sirènes bien avant.
Cela aurait-il été si différent que ça, au final ?
Soudain, Baptiste demanda :
— Tu es sûr que ça va ?
Axel haussa les épaules.
— Je dors mal, en ce moment. Rien de grave.
— Tu aurais dû me le dire. On ne serait pas partis en mer.
— Et comment je mange, dans tout ça ? grommela le jeune pêcheur. Et la poissonnerie ?
— Tu n'es pas seul, rétorqua son aîné. On se serait débrouillés le temps que tu ailles mieux. On est plusieurs pêcheurs ici, je te rappelle. On est censés se serrer les coudes : on t'aurait dépanné le temps que tu retrouves des forces.
— Déjà que j'ai la réputation d'être un ermite, je n'ai pas envie d'avoir celle d'un opportuniste en plus. Puis ça va, Baptiste. Je t'assure.
L'autre pêcheur ne répondit pas, se contentant de le dévisager en plissant les yeux, les sourcils froncés. Axel l'entendit soupirer. Le jeune pêcheur leva les yeux au ciel.
Le Soleil gravissait doucement la voûte céleste.
Axel devait encore attendre une journée entière. Le temps le torturait avec lenteur.
Pourquoi avait-il l'impression qu'il avait passé l'intégralité de sa vie à attendre – à attendre que sa vie eût enfin une raison d'être ? Pourquoi avait-il la sensation qu'un voile opaque s'était formé tout autour de lui, et le retenait de courir vers ce qui pouvait enfin donner un sens à son existence ?
Pourquoi souhaitait-il du plus profond de lui apercevoir du mouvement dans le flot ennuyant des vagues – pourquoi souhaitait-il discerner des queues de poisson disproportionnées surgir et battre le rythme du ressac ?
L'espoir le forçait à ne pas quitter l'océan des yeux.
Mais il n'en fut rien – bien évidemment. Rien ne se produisit.
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I am not a fish !
ParanormalRÉÉCRITURE TERMINÉE LE 12/07/2025 Axel est un pêcheur. Sa vie est rythmée par les voyages en mer : chargé de trouver de quoi nourrir les habitants de son île isolé, son quotidien n'a rien d'exceptionnel. Jusqu'au jour où ses filets attrapent une si...
