Chapitre 19 *

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Morgane l'attendait sagement dans sa chambre. Un détail qui ne manqua pas d'abasourdir Lau et Ozy.

La sirène aux cheveux couleur nuit leur lança un dernier regard méfiant, puis disparut derrière le rideau d'algues. Axel nagea vers l'énorme coquille Saint-Jacques, où Morgane était allongée, sur le flanc : elle s'étira en grommelant, avant de se redresser en un instant.

— Tu en as pris, du temps.

— Toutes mes excuses, madame la duchesse, il y avait des bouchons sur la route qui relie votre monde au mien.

— « Des bouchons » ? souleva Morgane, les yeux plissés. Ce que vous mettez sur les bouteilles ? Depuis quand ça peut se déplacer seuls, ça ?

— Non, enfin... c'est une longue histoire. C'est une expression humaine, entre autres.

Morgane lui fit signe de s'asseoir. Le jeune pêcheur prit place à l'autre bout de l'immense coquillage. Même s'il désirait plus que tout au monde s'approcher d'elle, son corps refusait de lui obéir. La sirène lui lança un léger sourire.

— Comment c'était, ta journée d'humain ?

— Pas réellement passionnant, répondit Axel en haussant les épaules. On a vendu des poissons et... voilà. C'est tout.

— C'est bien différent de ce que tu as pu raconter la dernière fois, devant les invités de mon père ! J'ignorais que tu étais un si bon comédien.

— Lau et Ozy m'ont sacrément aidé, se défendit-il en se sentant rougir.

— Pas de fausse modestie, ici. Tu as bien improvisé – j'y aurais presque cru si ce n'était pas moi qui t'avais pêché à la surface.

— C'est toi, qui t'es retrouvée enchevêtrée dans mon filet. Pas l'inverse.

— Je ne vois pas de quoi tu parles.

Axel leva les yeux au plafond, alors que Morgane ricana. Le jeune pêcheur se concentra néanmoins sur elle, une nouvelle fois.

— Qu'as-tu pensé des algues ? demanda alors la sirène, en croisant les bras. De ce que j'avais compris, ce n'est pas ce que tu manges le plus, chez toi.

— C'était étonnamment bon, avoua Axel. C'était même succulent, en fait. Je ne m'y attendais pas.

— Qu'est-ce que tu crois ? Nous avons le palais raffiné, nous, les sirènes et les tritons. Nous ne sommes pas des barbares, contrairement aux humains qui trouvent réjouissant de tuer des autres êtres humains pour se nourrir.

Le ventre d'Axel se contracta quand il repensa aux écailles froides qui s'étaient collées à ses doigts et à sa lame de couteau, ainsi qu'à l'odeur du sang omniprésente qui avait anesthésié son odorat toute la matinée. Le jeune pêcheur ravala péniblement sa salive, en feignit un air décontracté et flegmatique.

En voyant Morgane froncer les sourcils, Axel comprit que c'était tout simplement un échec cuisant. Il soupira amèrement.

— Oui, bon. Les humains ne sont pas parfaits, ça se saurait. Et puis, si nous étions parfaits, je suis sûr qu'on ne serait pas super intéressants à étudier.

— Je ne suis pas d'accord, dit Morgane. Je suis persuadée qu'étudier les sirènes et les tritons doit être quelque chose de génial, pour un humain. Alors que tout le monde est au courant que notre race est parfaite.

— Qu'est-ce que tu disais, tout à l'heure ? Ah, oui : « pas de fausse modestie ». Ça te correspond bien, tiens.

À son tour, elle roula les yeux au plafond, tout en haussant les épaules.

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