Chapitre 22 *

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 Si Axel avait été en capacité de transpirer, la sueur aurait coulé tout le long de sa colonne vertébrale.

Une vision d'horreur s'étendait devant lui, devant son impuissance. Les habitations et les parois de la cité étaient criblés de cratères de plusieurs pieds de diamètre, comme si des météorites s'étaient abattues six pieds sous la mer. Les parterres d'algues et de coraux avaient disparu, laissant place à des bancs de sable pâle. Même l'eau, tout autour de lui, semblait avoir une lueur grisâtre – la même teinte que le ciel pouvait prendre après un puissant orage qui n'avait pas encore dit son dernier mot. Aucun poisson ne vint foncer vers lui avant de l'esquiver au dernier moment. La cité était plongée dans un silence macabre.

Axel avait l'impression d'avoir pénétré un cimetière – un lieu maudit qu'il n'était pas censé fouler.

Lau et Ozy s'élancèrent vers la demeure troglodytique du duc, et les deux pêcheurs n'eurent pas d'autre choix que de les suivre. Sur le chemin, ils ne virent aucune autre créature sous-marine, ce qui accentua le mal-être d'Axel. Il tenta de croiser le regard de son ami, mais Baptiste avait les yeux braqués droit devant lui, le visage fermé et l'air sombre.

La demeure du duc semblait laissée à l'abandon. Aucun garde ne surveillait son impressionnante porte, grande ouverte. Le mécanisme d'ouverture paraissait cassé. Les créatures traversèrent le vestibule désert, en direction de la salle du trône. Plus ils avançaient, plus Lau et Ozy étaient tendus. Des pans entiers de paroi étaient tombés en mille morceaux, des fissures parcouraient les murs sur plusieurs pieds. Un silence fracassant les écrasait. Ils étaient seuls.

Ozy poussa lentement la porte à double battant qui menait à la salle du trône, à l'aide de son trident – Axel remarqua à cet instant qu'une dent manquait à l'arme. Le triton passa sa tête dans l'encadrement, avant de leur faire signe de s'avancer. Les quatre créatures pénétrèrent dans la vaste pièce, plongée dans la pénombre, vide. Le jeune pêcheur distingua brièvement devant lui l'imposant trône, ainsi que les colonnes retenant la voûte rocheuse au-dessus d'eux.

Ils n'eurent pas le temps de nager davantage.

Des épées, des lances, des tridents, et des objets divers et variés les encerclèrent, et les menacèrent. Les yeux de dizaines et de dizaines de gardes et de servantes les percèrent, de toute part.

— Qu'est-ce qui se passe ? glapit Lau, d'une voix haut perchée.

— Ce n'est que nous, poursuivit Ozy en levant les mains en l'air, les paumes bien ouvertes, son trident sagement coincé dans son fourreau de fortune.

— C'est bien ça, le problème.

Cette voix provenait de derrière le trône. Elle tétanisa Axel. L'effroi le dévora quand il vit le duc surgir de sa cachette, l'air froid et impassible. Sa main droite était refermée sur le manche d'une hallebarde, qu'il n'hésita pas la moindre seconde à utiliser pour menacer la gorge du jeune pêcheur, quand il fut assez proche des quatre créatures. Une moue courroucée fit trembler sa lèvre supérieure.

— Traître. Dis-moi où se trouve ma fille, tout de suite !

— Je ne...

— Je ne veux pas entendre de piètres excuses ! Et ne prends même pas la peine de croire que tu peux me berner ! Dis-moi immédiatement où est ma fille, et peut-être que je t'épargnerai !

— Monsieur le duc, je vous prie de m'écouter – encore une fois ! hurla Lau. Après, si vous le désirez, vous pourrez faire la sourde oreille à chaque fois que j'ouvre la bouche. Mais cette fois-ci, écoutez-moi !

Le duc concentra son attention sur elle, braquant son regard sévère sur la sirène tout en baissant petit à petit son arme. Axel la vit ravaler sa salive, et affronter les yeux emplis de ténèbres du triton.

I am not a fish !Des histoires addictives. Découvrez maintenant