Chapitre 24 *

541 47 2
                                        

 Ils s'arrêtèrent sous une saillie rocheuse pour se reposer.

Axel se laissa glisser sur le sable froid et râpeux, puis soupira. Il n'aurait jamais cru que nager aussi longtemps, à l'aide de sa queue de poisson, allait se révéler aussi éreintant. Ses mains se posèrent sur le sac en tissus qu'il avait accroché autour de sa taille, qu'il dénoua quand il vit Lau plonger sa main dans sa propre besace. Ses yeux tombèrent sur des morceaux d'algues verdoyantes, coupées en lamelles de manière identique. Le jeune pêcheur entendit son ventre gargouiller.

Personne ne parlait. En fait, ils avaient traversé les quelques lieues qui les séparaient de la cité sous-marine dans un silence pesant. Axel mastiqua un morceau d'algue d'un air distrait. Lau faisait la même chose, tandis qu'Ozy surveillait les alentours, le trident brandi devant lui. Enfin, les yeux du jeune pêcheur se posèrent sur son ami.

Baptiste était assis à même le sol, les bras autour de sa queue de poisson recroquevillée devant lui. Fixant le vide depuis plusieurs minutes, parfaitement immobile, le pêcheur n'eut aucune réaction quand son confrère l'appela à plusieurs reprises. Axel lui tapota doucement l'épaule.

— Ça va ? lui demanda-t-il.

— Oui.

Baptiste se moquait souvent de ses talents de comédien inexistants, mais il mentait tout aussi mal que le jeune pêcheur. Axel retint un deuxième soupir de s'échapper de sa gorge.

— Tu n'as pas faim ? retenta-t-il en voyant le sac en tissus, contre sa hanche. Je te l'accorde, ça ne donne pas envie au premier abord, mais je t'assure que c'est plutôt bon, les algues.

— Non, maugréa l'autre pêcheur. Je mangerai plus tard.

— Nous ne nous arrêterons pas avant plusieurs heures, rétorqua ainsi Lau. Il vaut mieux que tu manges maintenant.

— Je n'ai pas faim, j'ai dit. Je suis assez grand pour me gérer tout seul, aux dernières nouvelles.

Ozy scruta une dernière fois les environs, avant de fixer le pêcheur. Il croisa le regard d'Axel, qui haussa les épaules, désemparé. Le triton rangea son trident, et croisa les bras.

Il les questionna alors :

— Je peux vous demander comment ça se fait que vous connaissez Anna ?

Baptiste le fusilla du regard, mais ne répondit pas. Axel se râcla la gorge.

— Nous ne savions pas qu'elle était une sirène, en fait, balbutia le jeune pêcheur. Elle vivait parmi nous, sur l'île... je la croisais quelques fois, quand j'allais en ville.

— Donc rarement, grommela son confrère.

— C'est plus Baptiste qui la connaissait, avoua-t-il.

— Je pensais la connaître, surtout. Ce n'est pas pareil.

Un autre silence. Tous les regards étaient braqués sur lui. Ozy ouvrit la bouche, mais Lau lui fit signe de se taire. Baptiste inspira profondément.

— Tu parlais de richesse, tout à l'heure, fit-il en regardant le triton.

— Anna est une marchande, expliqua Ozy. Elle ramenait divers objets pour les vendre... mais aussi parfois de l'or, directement. Elle ne disait jamais d'où tout cela venait.

— Évidemment, ricana Baptiste, d'un air mauvais. Tout cela venait de chez moi, en partie. Elle me rappelait souvent qu'elle croulait sous les dettes, qu'elle avait besoin d'argent au plus vite. Et je l'ai crue. Donc, je lui ai prêté toutes mes économies, car elle me promettait qu'elle allait me rembourser au plus vite. Là aussi, je l'ai crue. Autant vous dire que je n'ai jamais vu la couleur de toutes les pièces d'or qu'elle me devait. Et qu'Anna a disparu sans laisser de trace, sans prévenir personne, quelque temps après.

I am not a fish !Des histoires addictives. Découvrez maintenant