Chapitre 30 *

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 Axel eut l'impression que le temps venait de s'arrêter.

Il n'arrivait pas à se retenir de dévorer la sirène des yeux. Une bouffée de chaleur le heurta de plein fouet, tandis qu'il repensa aux mots qui s'étaient extirpés de ses cordes vocales, quelques minutes plus tôt. Son visage vira au rouge instantanément. Sa langue resta plaquée au fin fond de sa bouche – impossible pour lui d'articuler quoi que ce fût.

Furieuse, Morgane nagea à toute vitesse vers eux, avant de se planter juste devant son père. Soudain, elle se tourna en arrière, et hurla à l'attention des intrus, à pleins poumons :

— Dégagez, sinon je vous trucide tous autant que vous êtes ! Je vais vous balancer aux requins !

Les tritons eurent un moment d'hésitation, qui courrouça davantage la sirène : ses yeux s'arrondirent, et ses dents se serrèrent. Au moment où Morgane s'apprêta à crier de nouveau, tous décampèrent en une fraction de seconde.

La porte se referma lourdement derrière eux. Le silence revint.

— Ma fille, souffla le duc.

Morgane lui lança un regard furibond.

— Pour la première fois dans votre illustre vie, vous allez m'écouter – je me suis bien fait comprendre ?

Son père devint livide. Elle ne fit pas attention aux mines médusés de ses confrères. Morgane pointa le duc d'un doigt accusateur, avant de reprendre :

— J'ai tout entendu – de A à Z ! Depuis le début, vous nous avez menti – vous avez menti à tout le monde, à moi comme à tous nos concitoyens ! C'est inacceptable ! Comment pouvez-vous encore vous regarder dans une glace, après tout ce que vous avez fait ?

— Comment oses-tu...

— Silence ! tonitrua-t-elle si fort qu'Axel en tressauta. Pourquoi ne m'avoir rien dit, sur Kim ? Pourquoi m'avez caché ça ? Pourquoi l'avoir caché à absolument tout le monde, alors que si nous le savions, on aurait pu mieux agir quand il décidait de s'en prendre à nous, du jour au lendemain ? Si vous aviez assumé, Laureline, Ozymandias, Baptiste et Axel n'auraient pas risqué leur vie à s'engouffrer dans la fosse des Dents pour venir me chercher ! C'est irresponsable de votre part !

La sirène inspira bruyamment. Tout son corps tremblait de colère. Son père l'observait, ahuri et totalement dépassé par ce qui se passait devant lui. Enfin, Morgane poursuivit, d'une voix plus calme – mais aussi plus sombre :

— Mais maintenant, je comprends. Je comprends pourquoi vous vous comportiez ainsi, quand on vous demandait pourquoi vous ne preniez jamais l'attaque des méduses au sérieux. Vous n'étiez pas lâche, père. Vous vouliez juste ne pas faire davantage de mal à votre fils, que vous aimez malgré tout – même si, bon, d'après moi, dans tous cas, Kim souffrait. Vous vous êtes mis dans une situation sacrément délicate, n'est-ce pas ?

Les lèvres du duc se mirent à trembler. Axel n'arrivait pas à croire ce qu'il voyait : il lança des coups d'œil tout autour de lui, mais le constat resta le même.

Tout le monde était subjugué par la scène qui se déroulait devant eux.

— Mais vous savez quoi, père ? Je ne vous en veux pas plus que ça, déclara Morgane. Vous m'avez caché l'existence d'un demi-frère – soit, c'est un fait. Ce même demi-frère m'a enlevée un jour tout à fait au hasard et, dans le but d'assouvir sa vengeance, il aurait bien pu me tuer. Non, père. Je ne vous en veux pas de ne m'avoir rien dit par rapport à Kim. Par contre...

Le soulagement qui commençait à polir les traits du visage du duc disparut aussi vite qu'il était apparu. La sirène grinça des dents.

— M'avoir retenue depuis mon enfance à vivre la vie que je voulais, sous le prétexte que vous aviez peur que je fasse la même erreur que vous – ça, je vous ne le pardonnerai jamais, vous m'entendez ?

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