Chapitre 18 *

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 Axel sentait son déjeuner remonter le long de son œsophage.

Il faisait chaud – trop chaud – malgré le préau qui les préservait du Soleil. Les habitants commençaient déjà à s'entasser devant le comptoir de la poissonnerie. Le jeune pêcheur inspira profondément. Il jeta un coup d'œil à Baptiste, sur sa droite, qui époussetait son tablier recouvert de tâches couleur rouille. Puis, ses yeux se posèrent sur le comptoir.

Sur les habitants, qui parlaient, qui criaient, qui riaient.

Sur les poissons frais, conservés grâce à de la glace pilée.

La nausée lui retourna l'estomac.

Sans qu'Axel ne le réalisât, les premiers échanges se conclurent. Les poissons furent arrachés par des mains avides, dans la cohue. Un coup de coude dans ses côtes le fit sursauter : sans un mot, son confrère lui jeta un regard noir, les doigts repliés sur la queue d'un bar.

Axel allait vomir – il en était convaincu.

Avec réticence, il attrapa le poisson et le plaça sur son établi. Quand le jeune pêcheur voulut tirer son couteau de cuisine, Axel remarqua que sa main tremblait. Un choc électrique le traversa quand ses doigts embrasèrent le manche.

Ses paupières se fermèrent automatiquement quand son couteau se dirigea inexorablement vers la tête du bar. Sa sclère lui picota quand il vida sa victime de ses entrailles. Quand il eut le courage de regarder le poisson, Axel ne vit pas un bar maladroitement préparé, mais une sirène sauvagement mutilée, et son sang coloriant ses doigts.

Il n'eut pas le temps d'hurler d'épouvante que la vision s'évapora, dans un battement de cil.

— Tu fais un travail de cochon, grogna Baptiste en regardant furtivement, dans son dos.

Le jeune pêcheur déglutit. Ses vêtements lui collaient à la peau à cause de la sueur.

Il allait vomir.

Il ne fallait pas qu'il vomît.

Les cris. La foule.

Le bruit étouffé de l'océan, au loin.

Sans croiser le regard de quiconque, Axel déposa brutalement le bar sur le comptoir. Il ignora les coups d'œil intrigués qu'on lui lançait, et se concentra sur sa nouvelle victime, qui venait d'apparaitre comme par magie sur son établi. Le jeune pêcheur avait beau tout tenter, son esprit restait concentré sur les écailles et le sang qui se répandaient sur ses mains, comme une seconde peau malsaine.

Le goût des algues lui incendia la langue.

Axel eut un haut-le-cœur quand il cisela le poisson au niveau de son ventre.

Néanmoins, il parvint à finir son travail avant déguerpir avec précipitation.

— Je dois aller me soulager, mentit-il d'une voix blanche, face à tous ces regards interrogateurs qui le perçaient.

Quand il contourna enfin le cabanon, le jeune pêcheur s'arqua en avant et rejeta le contenu entier de son estomac.

Heureusement pour lui, il y avait tellement de bruit que personne ne l'entendit vomir. Quand Axel se redressa enfin, le corps traversé de tremblements incontrôlables et la gorge brûlée à cause de l'acide gastrique, il cracha pour essayer de se débarrasser du goût immonde qui ravageait sa bouche. Il soupira en essuyant ses yeux larmoyants, avant de se retourner.

Et de tomber nez-à-nez avec Baptiste.

Son confrère l'observait, une épaule contre la planche en bois qui faisait office de l'un des murs du cabanon, les bras croisés. Baptiste soupira profondément, comme excédé de la situation.

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