Chapitre 5 : Les champs de l'Anathème

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Seul et éperdu, Aidan évoluait le long d'une route fantômatique, ou plus aucune voitures ne passaient. Elle se perdait devant lui au loin. Pas de ville aux alentours, mais de gigantesques champs qui bordait son chemin, s'étendant à perte de vue jusqu'aux quelques bourgades ancrées dans l'horizon.

Il avait quitté les rues dégénérées et les coupes-gorges, les boutiques pillées et les troupeaux de véhicules accidentés pour continuer à travers ces paysages plats et agricoles.

Le berceau mélancolique du crépuscule s'élevait déjà depuis quelque temps dans les nuages célestes. Bien qu'il lui restait encore quelques heures, Aidan accélérait le pas , car il lui fallait trouver un endroit pour la nuit. Il marchait contre ces chemins irréguliers de terre et de cailloux, entre les agricultures mortes et pourries qui formaient d'infinis couloirs. Cette nature intrusive, altérée et corrompue s'était fragilisée, et n'offrait plus rien de ses précieuses souffrances. Tout ce blé et ce maïs, auparavant, poussaient vigoureusement sans peine, mais son délaissement par l'activité humaine faisait de ces cultures altérées une immense nature absurde qui pourrissait et n'avaient plus aucune raison d'exister. Elle reverrait cependant le jour sous une forme plus saine, après une extinction longue et complète de toute cette imposture. Elle faisait le bonheur des insectes et des oiseaux qu'on pouvait entendre entre les plants. Les reflets orange et assassins du ciel recouvraient les couleurs ternies de cette végétation indésirable, à la manière d'une mère fermant les yeux de sa progéniture bâtarde qu'elle ne pouvait laisser vivre.

Une toux soudaine assaillit soudainement Aidan. Elle le força à se stopper d'abord, pour récuperer sa respiration qui s'écourtait, puis à courber gravement l'échine en suffoquant. Perdant l'équilibre, le corps, dont il perdit le controle, se projeta sans pitié contre la terre. À quatre pattes, ses muscles fermements contractés l'empêchait de se redresser. C'est complétement recourbé qu'il renifla la poussière émanant de la terre dans son souffle assommant. Ses membres se bloquèrent tous dans la paralysie, avant de se sentir partir peu à peu. Il leva la tête en direction d'une maison qu'il avait reperé, ésseulée au milieu d'un chemin de terre, au bout d'un champs en jachère. Miteuse, elle s'apparentait fortement à une cabane, montée avec quelques planches de bois superposées. Il utilisa ses dernières force pour l'atteindre, avec l'espoir de ne pas passer la nuit dehors. Il se redressa sur ses jambes lâches et puisa dans ses dernières forces pour marcher. Il ne pensait plus, ne réfléchissait plus. Il se contentait de trainer ses jambes qui s'alourdissaient et flanchaient régulièrement. Un corbeau placide, perché sur le toit, observait de loin et de haut cet être dans un état pitoyable. Son oeil pétillant dégustait ce spectacle unique qui se jouait de plus en plus rarement. Aidan, après plusieurs chutes, resta encore loin de la porte. Après quelques pas supplémentaires, toutes ses sensations, tous ses sens, toute sa vie le quitta. Il tomba inconscient, sans avoir réussi à effectuer la moitié du chemin.

Quelques gouttes gelées éclatèrent sur sa joue humide et piquèrent ses mains. Une nouvelle sensation de froid le recouvrait intégralement. Il discerna une fine pluie s'écraser et gratta du bout de ses doigts ce qui lui paraissait être de la terre mouillée. Le sac qu'il portait habituellement n'écrasait plus son dos, comme envolé. Ses poches ne contenaient plus rien. Il ouvrit les yeux, mais ne voyait rien. Il resta immobile, sans comprendre où il gisait. Son incompréhension était totale. Il pensa, l'espace d'un instant, avoir enfin perdu la vie. Son corps était pourtant dehors, alors que la nuit tombée depuis longtemps le laissait à la merci de tous les dangers. Il percu son entourage qu'après quelques minutes sous cette pluie agressive. En s'appuyant sur ses quatre membres, il se traîna une nouvelle fois. Ses genoux frottèrent d'abord la terre qui se changeait en boue, ses mains se plaquèrent sur elle, puis se relevèrent. Il retrouva la silhouette encore imprécise de la maison, perdue dans l'obscurité. Il regagna la maison après ce second essai, transi de froid, de fatigue, et perdu. Il enfonça la porte d'entrée dans un fracas venu déstabiliser le silence établi, sans prêter attention à ce qu'il pourrait y trouver. Sans ses couvertures pour passer la nuit, il se glissa sous un vieux tapis, centré au milieu de la pièce principale, seule chose lui permettant de se prémunir contre le froid agressif. Il ferma enfin les yeux, prêt à récupérer tout son épuisement.

Misérable rédemptionOù les histoires vivent. Découvrez maintenant