- Dis moi papa, les gens ils sont tous au ciel maintenant? Demanda naïvement la gamine.
- Oui, absolument tous. Ce sont eux qui nous envoient de la nourriture lorsque j'en recherche dehors.
- Si c'est très dangereux, alors pourquoi tu sors? Tu pourrais rester avec nous plus longtemps. Tu pars trop longtemps dehors.
- Mais si je n'y vais pas la nourriture ne viendra pas à nous. Je sais que tu as peur, mais je reviendrais tout les jours avant que le soir n'arrive. Je ferais très attention, c'est promis.
- Ils sont gentil quand même. Tu crois que toi aussi tu ira au ciel?
- Ne t'en fais pas pour ça, j'en suis absolument certains. Aller, va rejoindre ta sœur.
La petite embrassa la joue de son père et parti dans la chambre. Il regarda sa chevelure magnifique, de la couleur d'un joyeux soleil, qui lui faisait tant penser à leurs mère. Assis sur la couverture bleue aux motifs réguliers, s'enfonçant entre les coussinets du canapé. Sur la table de bois, il observa les clés, sous son nez, qui lui permettait d'utiliser les équipements du local de police de la ville. Son long fusil à lunette noir mat trônait à côté de six boites de munitions et de quelques produits d'entretien. Comme tout les soirs, lorsqu'il se retrouvait seul, il aspergea un peu d'huile dans la culasse brillante et remplis deux de ses trois chargeurs, utilisés au matin même, de douilles rutilantes. Avec cet arme, il avait récupéré assez de nourriture pour ne pas voir la famine de ses filles.
Il repensait parfois à certains d'entre eux, certains visages qu'il avait vu, lorsqu'il s'en approchait dans le but de mettre rapidement fin à leurs souffrances. Parfois, même, ce qu'il ressentait en s'apprêtant à arracher une vie rendait ses tirs imprécis. Il se devait de rester discret, d'éviter certains risques pour sa progéniture. Il voyait souvent d'autre survivants, posté derrière le rideau d'une fenêtre ou sur un toit. Il revoyait parfois certaines personnes, parvenus à lui échapper quelques jours auparavant. Pour lui, il y avait un groupement de survivant, abrité quelque part en ville. En dépit de la menace qu'il représentait, il ne comprenait pas pourquoi ils se trouvaient encore si proche.
Il rangea les restes du repas familial dans un sac poubelle et passa le fil autour avant le le resserrer. En la jetant dans un hall étroit, à coté de la forte porte d'entrée, il vérifia la fermeture d'un robuste verrou sur lequel il comptait pour assurer la protection du reste de sa famille. Après avoir quelque peu observer les sombres rues du haut de sa fenêtre d'appartement, il retourna sur le canapé et s'y allongea, face à la porte du hall. Il pressa le bouton de sa lampe, plongeant la pièce dans l'obscurité. Il profita de sa solitude pour siffler une bouteille de son mauvais whisky, oublier un peu tout ce qui était autour de lui. Il observa longuement l'entrée, repassant dans sa tête tout ce qu'il avait vécu, ce qu'il avait fait. Il patienta, conscient qu'il ne trouverait pas, comme à son habitude, le sommeil avant plusieurs heures.
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Misérable rédemption
Science FictionL'existence passagère de l'être humain se clôture. Les sociétés bâties prennent fin. Son évolution se conclue et ses traces disparaîtront. Les derniers hommes se meurent, subsistent, tentant désespérément de survivre dans la crasse, l'affliction, l...