Chapitre 23: L'incertitude sera notre guide

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Penchée vers les folles flammes dansantes, Lexi contemplait seule le feu de camp crépitant improvisé dans les derniers étages du vieil immeuble. Les matériaux qui le constituait lui avait permis de profiter d'un tel réjouissement. Sa chaleur était la bienvenue en ces froides nuits. Son regard restait fixe, perdu dans le bois incandescent. Elle savait que cette ardeur durerait aussi longtemps qu'elle le voudrait, découpant au fur et à mesure les quelques meubles qui l'entourait. Pour garder une grande discrétion, la seule fenêtre de la petite pièce avait été généreusement obturée. La couleur orange projetée sur les murs se nuançait de façon irrégulière. L'inventaire de son sac était fait, comptant une demi-douzaine de chargeurs, beaucoup de nourriture et d'eau. Malgré ce calme et cette sérénité rare, le sommeil n'était toujours pas présent à cette heure tardive, en témoignait les rues plongée dans la profondeur de la nuit. Elle attrapa une cigarette située dans son paquet, contre son fusil et la mit au bec, avant d'y rapprocher son briquet.

Depuis une pièce voisine, Aidan arriva derrière le flanboiement et s'immobilisa. Lexi leva les yeux. Il avait en main son arme qu'il leva en sa direction. L'air grave et adroit, sa conviction l'emplissait d'une certaine sérénité, forte et infaillible:

- Hé tu fous quoi là? Tu m'expliques?

Il se tenait là, devant elle, prêt à pousser la détente:

- Pourquoi t'as fait tuer Terry ce matin?

Elle resta alors longuement sans réponse. Il s'énerva:

- Tu peux me dire pourquoi t'as fait ça?!

- Pour qu'on puisse s'en sortir. Si j'avais pas fait ça ils nous auraient rattrapés avant qu'on sorte.

- Tu t'en es servi comme appât!

- Il avait passé trop de temps dans sa cachette. Il n'a pas suffisamment connu l'extérieur pour savoir ce qu'il fallait faire et ce qu'il fallait éviter de faire. Il aurait fini par nous faire tuer un jour de toutes façons.

Un silence s'installa, tandis que le feu continuait à crépiter, à l'ombre de l'arme d'Aidan qui commençait à trembler. Elle reprit:

- Sans nous il n'aurait jamais pu continuer. Il avalait notre nourriture et ne nous aurait apporté que des ennuis dans un même temps. C'était un poids dont on devait se débarrasser si on voulait s'en sortir. Tu veux t'en sortir non?

- Tu ne l'as pas assez connu pour le savoir. Il n'est resté avec nous que quelques jours.

- C'est triste, mais sans être confronté à la même chose que nous il était trop faible. Tu as bien vu comment étaient tous ces gens? Les seuls qui avaient l'air malin étaient ceux qui sortaient et ramenaient les provisions. Peut-être qu'ils avaient justement compris ça. Cet endroit, c'était un piège. Il les aurait fait disparaitre une fois la marchandise consommée, parcequ'ils n'étaient plus capable de faire autrement.

- Qu'est-ce qui me fait croire que tu ne feras pas la même chose avec moi quand tu en auras besoin?

- Je l'aurais déjà fait pour bien des occasions.

La main tendue d'Aidan trembla d'avantages. Ses yeux étaient rapidement devenus humides.

- Tu vas vraiment tirer? Demanda Lexi. Au fond de toi, je suis certaine que tu est d'accord avec ça. Aider les gens n'est pas un choix qu'on peut toujours se permettre, sinon ça devient dangereux.

La dure réalité lui avait craché au visage. Il savait que son amie avait raison, et, parfois, ne pas aider les autres voulait aussi dire devoir s'y confronter. Pour garder la vie, en laisser d'autres derrière eux était nécessaire, même si les conséquences pour celles-ci seraient fatales. Son bras se baissa. Son visage tomba. Il sanglota. Il savait bien que cette femme était la seule personne en qui il pouvait avoir confiance. Ainsi, il fit trois pas en arrière, s'adossa contre le mur et s'assit mollement, empli de faiblesse:

- Alors on abandonne les plus faibles à une mort certaine. Alors si ils ne sont pas de notre côté, est-ce que ca fait d'eux des ennemis?

Lexi leva les yeux, interrogatrice et muette. Aidan continua:

- Non, bien sur que non. Mais quand on aura tous faim alors?

Le bois, craquant sous les flammes, était le seul son qui s'échappait dans la pièce. Les deux amis restèrent silencieux. Il reprit:

- Tu crois qu'on est faible nous?

- Je préfère ne pas trop y réfléchir. Répondit-t-elle.

De son sac, elle tira une bouteille de vin qu'elle fit rouler jusqu'à Aidan. Il observa le contenu au travers des flammes avant de prendre une gorgée avide de la boisson salvatrice:

- Pouquoi on fait tout ça... Est-ce qu'on peut vraiment considérer que tout ce qu'on vit est une chance? Qu'est-ce qu'on fait encore là? J'ai l'impression que si on est encore en vie, c'est simplement parce qu'on a peur de mourir. Souvent, je me dis qu'un jour... Peut-être qu'un jour... on sera sauvé de tout ça.

- De quelle façon? L'issue qui semble être la seule, c'est d'y passer.

- Tu me parles d'une issue tragique, mais ce n'est pas de ma vie que j'ai envi de m'échapper. On a peut-être encore des chances de s'en sortir. Et puis, ça serait trop lâche.

- Trop lâche? Faut abandonner ce genre d'idées. ça ne mènera nulle part. C'est fini maintenant, terminé les principes. Faut s'en tenir à ce qui nous permettra de survivre. Il n'y a plus rien de tout ça qui soit encore valable. Ca ne l'est plus au même titre que l'espoir de retrouver une situation similaire à celle qu'on avait avant. Ca aussi ça n'existe plus. Tout ce qu'on traverse n'est plus que champ de ruines, des briques posés les unes sur les autres qui finiront par tomber avec le temps. Tu veux avancer alors que tu ne vois aucune sortie. Voilà ce qui est tragique, parce qu'il n'y en a pas.

- Ca n'a rien de tragique. C'est pas parce qu'elle n'est pas visible qu'elle n'est pas là. Qu'est-ce qu'il nous reste d'autres de toute façon? Autant y croire, c'est ça qui nous permet d'avancer. On ne pourra de toute façon pas tomber plus bas. Si on a encore peur, et qu'on croit encore, ça veut dire qu'on est encore vivant.

Lexi se pencha, et pris dans la poche de son pantalon cet objet qui renfermait pour elle un concentré d'espoir. Elle le montra à Aidan, coincé entre son majeur et son index. Il s'agissait d'une cartouche de son fusil, refletant sur sa couleur dorée le fretillement du feu. Elle la gardait toujours à part:

- Je te conseil de toujours garder quelque chose comme ça sur toi, peu importe ce que tu peux croire. Si la situation tourne trop mal, utilise la pour toi. Fais le assez rapidement pour ne pas commencer à douter. Tu te rendras un grand service.

- Je veux pouvoir croire jusqu'au bout, peu importe les conséquences.

- Tu risque de regretter un jour d'avoir cru de cette façon, tu le sais ça? Tu pourrais t'infliger une souffrance inutile. Ne te laisse pas aveugler par ce que tu ne peux pas voir.

- Tant que je croirais encore, ça ne sera pas inutile. Tu n'a pas peur de devoir l'utiliser un jour?

Un modeste sourire éclaira son visage:

- Non. Elle est rassurante. Je sais qu'elle m'évitera probablement davantage de mal, un jour. Je me prépare depuis longtemps à l'utiliser. J'ai décidé de toujours avoir une munition prête dans ma poche depuis que j'ai vu ce que certains ont enduré contre ces choses, juste avant d'être tués sauvagement sans même avoir pu prendre l'avantage.

- Tu n'attends pas seulement de te retrouver dans une mauvaise passe...

- Peut-être bien. C'est peut-être la préparation elle-même que j'attends.

Misérable rédemptionOù les histoires vivent. Découvrez maintenant