Chapitre 13: Nous ne sommes que des hommes...

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La puanteur des uns et des autres agressaient les odorats. Les plus fraîchement arrivés ne purent encore s'y habituer, et supportaient avec dégout cette odeur de chair macérée qui ne faisait qu'un. La lumière du jour constante était remplacée par une bougie ou une lampe à piles ramenée de l'extérieur. Parfois, certains, dont Lexi, s'écartèrent du groupe pour brûler une rassurante cigarette au nom de ces conditions indigne. Elle profitait ainsi de la clarté du ciel qu'elle entrevoyait dans un coin de la porte. Elle voyait avec lucidité la faiblesse de ces gens, déjà perdus, que rien ne pourrait sauver. Leurs inaptitudes à faire face aux conditions de survie avaient préalablement condamné la plupart d'entre eux. Elle visionnait une triste fin pour ces quelques enfants, que leurs conditions ne permettraient pas de poursuivre ainsi, hors de ces cloisons métalliques. Elle se demandait la raison pour laquelle leurs membres ne s'attrophiaient pas avec aussi peu de mouvements. Parfois, une conversation autour de cet être qu'ils craignaient débutait, sans se terminer clairement. Franck observait la carte depuis plusieurs minutes avec Shanon, mémorisant chaque point qui s'y trouvait, perdu dans ses pensées.

Le vieux Jared, qui avait fini par se retrouver aux côtés d'Aidan, se pencha pour lui glisser discrètement quelques mots. Après deux jours à dévisager son air débonnaire, il se lança:

- Si tu compte rester, je te conseil de te méfier de la plupart des gens qui sont ici. Surtout, ne leur accorde pas ta confiance.

Aidan, interloqué, tourna la tête vers lui. Par peur, il n'osait lui demander les raisons:

- Hé, cette fille, tu la connaissait déjà d'avant?

- On s'est rencontré il y a pas si longtemps.

- Alors tu ne la connaît pas encore très bien. Et, est-ce qu'elle a déjà fait quelque chose qui mérite ta confiance?

- Pas vraiment non, mais elle m'a déjà beaucoup aidé.

- Si tu veux mon avis, elle est pas nette. Elle est peut-être même dangereuse. Je l'ai surprise en train de piquer dans la marchandise. Si tu veux pouvoir rester ici, tu devrais l'emmener dehors, là où personne ne pourra être témoin. Tu te débarrassera d'elle sans problème. Tu verra, personne ne te posera de questions. T'es arrivé avec elle, alors si elle magouille, ils considéreront que vous êtes dans le même sac. Autrement, vous êtes pas en sécurité ici.

Il se sentit pris d'une colère soudaine, sentant une certaine ambiguité dans ses propos. Son regard se transforma, noir de rage et tremblant de haine. Sans chercher à contrôler sa force, il l'attrapa par le col et le souleva, l'écrasant contre la cloison devant tous les autres:

- Ce genre de conseils tu peux te les garder. Dit-il, enragé. C'est toi que je vais finir par abattre dehors si tu veut tenter l'experience.

Franck et Shanon se levèrent immédiatement, sentant qu'une catastrophe pouvait survenir. Aidan se senti tiré en arrière, sous les yeux ébahis et inquiets des autres observateurs:

- Il a essayé d'me tuer, dénonca le vieux, hagard.

- Toi, tu la fermes. Rétorqua Franck avec un doigt inquisiteur.

Emmené à l'écart avec Franck, derrière les empilages de marchandises, il s'entretint discrètement avec lui, à l'abris des regards:

- J'ai pas envi que la panique commence à arriver ici, alors si tu pouvais éviter de recommencer à l'avenir ça m'arrangerait.

Après un long silence, il continua:

- Moi et Shanon on a prevu d'aller faire quelques fouilles de l'autre côté de la ville, et on aimerait que tu vienne avec nous. Tu marche?

Misérable rédemptionOù les histoires vivent. Découvrez maintenant