Les trois compagnons marchaient promptement à un rythme régulier, au milieu des édifices. Camouflés dans le silence absolu, où tout bruitages paraissaient avoir été consummés, ils ne s'adressèrent pas un mot, pas un chuchotement, pas un son qui risquerait de rompre cette continuité. Lexi menait la marche, suivi de Terry et d'Aidan. Depuis qu'ils avaient accéléré le pas, elle vérifiait à chaque coin de rue ce qui les attendait.
Les yeux de Terry exprimaient une inquiétude forte depuis que ce groupe de monstres étaient passés devant eux sans les voir. Depuis, il ne pensait qu'à sortir de cette ville, dont ils s'étaient aperçu trop tard qu'elle était en fait un véritable guêpier. Tous redoutaient la présence d'autres groupes, dont il voulait même éviter un simple contact visuel. Transi de peur, il regardait tout autour de lui, vers les fenêtres et le moindre tas de débris. La présence d'autres humains à ses côtés ne suffisait plus à le rassurer.
Il regrettait ce choix irrationnel de ne pas avoir pris d'armes à feu, par peur de se trouver dans l'obligation de s'en servir. Dans l'urgence, il ne pourrait protéger sa vie qu'avec de simples coups de pied-de-biche? Ses mains tremblaient. Ses doigts laissèrent lâchement tomber l'objet métallique qui cogna le bitume avec un son lourd et fracassant. Immédiatement, Lexi se retourna:
- Putain! Injuria-t-elle d'une voix basse.
Il se baissa craintivement pour ramasser son objet contondant et le serra avec plus de poigne, entre ses doigts suintants l'inquiétude et l'angoisse.
Un hurlement de rage les surpris. Un homme, acharné, traversa la vitrine d'un magasin de tout son corps. Des milliers d'éclats de verre, brillants au soleil, voletaient et tournoyaient autour de lui. Il se perdit au sol, roulant sur le verre avant de se relever, les yeux déterminés et pleins de haine. Déconcerté, Terry recula, tandis qu'Aidan s'empressa de retirer son couteau. Voyant qu'elle était la cible de la charge, Lexi saisi vivement son fusil à deux mains et fit barrage.
Elle le repoussa lorsqu'il arriva sur elle, s'accrochant tout deux à l'arme. Les deux individus se tenaient l'un en face de l'autre, à quelques centimètres d'écart, forçant de chaque côté sur l'objet qui les séparait. En dépit de ses muscles crispés, elle sentait une force nettement supérieure à la sienne. Il ballota et balança le fusil comme une vulgaire planche de bois flotté, laissant la femme sans défense. Il lui porta deux douloureux et saignants coups de griffes au visage. Il repoussa Aidan qui s'approcha, tentant de le poignarder. Celui-ci se recula pour ne pas se retrouver acculé contre le sol, mais fut rapidement emporté contre la portière d'un taxi.
Tout ces mouvements étaient trop rapides pour lui. En pleine confusion, il avait laissé échapper sa lame, tentant d'écarter cet être vigoureux en empoignant son cou. Les dix doigts qui s'enfourchaient à ses épaules serraient, perçaient et déchiraient la peau à travers les vêtements usés. Il ouvrit soudainement sa mâchoire, les dents résolues à arracher la peau de son avant-bras. Son crâne fut traversé d'un bout à l'autre par le passage fulgurant et soudain d'une détonation, tirée à seulement quelques mètres de là. Terry senti alors les regards se braquer sur lui. Lexi fut hors d'elle:
- Pourquoi t'as fais ça, t'es complètement con ou t'es limité?!
- Mais il allait le tuer si on ne faisait rien!
Elle sentait ses doigts crispés, le poing disposé à cogner:
- Il suffisait de le poignarder! T'as envie d'en voir d'autres débarquer? Pour le son d'une balle tu en fais venir dix comme celui-là!
Lexi empoigna et reprit son arme de force, qu'elle garda d'une main. Après cette erreur grossière qui pourrait bien leurs coûter la vie, ils s'enfuirent sans tarder, sans prendre le temps de reprendre leurs souffles. Sillonnant les interminables passages étroits, s'engouffrant dans des brèches comme d'immondes rats pourchassés, ils se sentaient poursuivis, traqués par les créatures de leurs perversions.
Ils s'engouffrèrent dans une petite allée, discrète et recluse, au bout de laquelle se trouvait une antique porte rouillée à la peinture arrachée et abstraite. Elle était verrouillée, mais ils n'avaient que peu de temps avant d'être retrouvé entre ces quelques murs grossiers.
Lexi jeta son arme au sol et prit le pied-de-biche de Terry. Elle introduit d'un coup peu hésitant son extrémité entre la brique et la serrure pour entreprendre l'ouverture. La porte résistait. Elle ne se décolla du mur que de quelques centimètres et semblait bien plus robuste que ses pauvres bras, mais elle n'abandonne pas, en dépit de ses muscles de mortels. Elle tira de longs instants, toujours plus fort:
- On y arrivera pas c'est trop solide! On doit trouver un autre chemin. Paniqua Terry.
Pour eux, il n'était pas question de repartir. Dans les rues voisines s'agglutinaient probablement leurs prédateurs, à la recherche de leurs proies. Les éternelles minutes passées dans l'inquiétude, aussi proche du danger paraissaient sans fin. La porte semblait vouloir leur faire perdre tout espoir de fuite. Ils patientaient la peur au ventre, statique et condamné. Terry était adossé contre le mur, surveillait craintif et tremblant la rue. Lorsque Aidan s'apprêta à reprendre le pied-de-biche, un autre chasseur apparut soudainement devant ce guet-apens. Attéré, Terry recula prestement par un réflexe lâche et pusillanime. Aidan s'empressa vers eux, entrainant une lutte hargneuse. Finalement, la détermination humaine eut raison de l'adversité, rompant le solide mécanisme rongé par le temps. Elle retira l'objet et appela ses compagnons. Aidan poignarda son adversaire pendant que Terry l'immobilisait, terrifié.
Ils se précipitèrent dans l'infrastructure, se dérobant entre de nombreuses étagères où s'accumulaient d'étranges pièces métalliques. Les quelques rayons de lumière provenaient d'authentiques fenêtres jaunies, abordant le plafond et incrusté dans la brique. Lexi entendait leurs poursuivants passer la porte avec une rapidité horrifique. Elle brisa, armé d'une cruelle violence, le genou droit de Terry. Ses os éclatèrent au contact sauvage du fer. Il cria toute sa rage, son amertume, sa haine et sa douleur. Aidan n'y prêta aucune attention, poursuivant sa course vers la sortie.
Terry braillait, pleurait, râlait, criait, s'égosillait, mais personne ne l'écoutait. Il s'était soudainement retrouvé seul, avec sa peur et sa souffrance. Il rampait péniblement, humilié et plein d'amertume. Il voyait la porte de sortie, mais savait qu'il ne l'attendrait jamais. L'arrivée de ces abominations était imminentes. Ses cris s'aggravèrent, s'intensifièrent soudainement. C'était pour lui la fin. Ceux qui l'accompagnaient continuèrent sans se retourner, Il parvinrent à s'échapper dans la salle voisine. Lexi ferma définitivement la porte, constituée de larges tiges d'acier rouillée.
Elle ordonna à Aidan de verrouiller la porte avec un cadenas. Il n'avait pas le temps de réfléchir. Avec leurs poursuivants qui arrivaient de l'autre côté de la cloison, il s'exécuta et boucla solidement la porte, pendant que les abois d'agonie s'accentuèrent considérablement.
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Misérable rédemption
Science FictionL'existence passagère de l'être humain se clôture. Les sociétés bâties prennent fin. Son évolution se conclue et ses traces disparaîtront. Les derniers hommes se meurent, subsistent, tentant désespérément de survivre dans la crasse, l'affliction, l...