Le soleil était à son plus haut point et avait réchauffé les rues encore froides quelques heures plus tôt. Dans une discrète petite résidence, les pillards fouillaient chaque pièce auparavant habitée. Leurs traces sur le parquet, comme incrustés, était une trace définitive de leur passage dans la poussière. Oubliant le soin qu'on apportait autrefois à ces pièces, les tiroirs avaient été enlevés de leurs meubles et jetés par terre, éparpillant par-dessus les retombées du temps perdu les objets insignifiants. Tout l'ameublement était grand ouvert, leurs contenus balancés sans scrupules, et traineront là, à partir de maintenant pour une éternité. Ce qui pouvait être utile, comme la nourriture ou les médicaments, furent les objets d'une convoitise immédiate. Ce qui avait une grande valeur monétaire, ne recevait pas la moindre attention de ceux qui passait à proximité. Les souvenirs de famille, perdus dans le désordre ambiant, n'avaient guère plus de valeurs que le reste.
Terry trouva dans le fond d'une armoire une longue bouteille de verre. Elle gardait un liquide quelque peu trouble, d'une chaude et agréable couleur orange clair. L'étiquette encore intacte indiquait la marque du spiritueux. Aidan, qui fouillait avec les autres, reposa ce qu'il avait en main lorsque son attention se tourna par hasard vers la fenêtre. Lexi remarqua son arrêt soudain, intriguée:
- Je me demande si tous ces gens qu'on a vus partir ce matin vont s'en sortir?
- Pas pour la majorité d'entre eux...
- Comment tu peux en être aussi sûr? Se gaussa Aidan, arborant un rictus stupide et ignorant.
- Tu as bien remarqué leurs airs ahuris Aidan? Ils étaient dans l'incapacité de réagir dès que quelque chose était susceptible de changer leur quotidien. Ils ne prêtaient même pas attention à ceux qu'ils ont perdus et se contentaient de se complaire dans leur confort. La plupart se cachaient là-bas depuis le début. Ils n'ont que très peu connut l'extérieur. En restant avec eux on se mettait en danger. Maintenant c'est trop tard. Ils ne pourront pas s'adapter. Je ne leur donne pas plus de quelques jours.
Terry les écoutait, sans prononcer un mot. Il se sentait complètement perdu depuis qu'il avait commencé à arpenter les rues en leur compagnie, et c'était bien pour cette raison qu'il avait décidé de suivre ces deux amis qui semblaient différents de ceux avec lesquels il partageait son ennui profond.
- Tu dois avoir raison. J'imagine que de toute façon, ce qui compte maintenant c'est nous. Conclut Aidan.
Depuis qu'il les suivait, une question trottait dans sa tête. Il n'osait demander, par peur de signifier tout ce temps passé, donnant raison à cette femme si sûre d'elle. Mais il avait besoin de savoir, avant qu'il ne soit trop tard:
- Si on tombe sur une de ces... abominations, qu'est-ce qu'on doit faire pour s'en sortir? Questionna-t-il, piteusement.
Lexi répondit. Bien que cette question était stupide, elle ne laissait rien transparaitre:
- Tu tires dessus... Et surtout tu oublies ce qu'ils ont été auparavant.
Terry sourit, avec ce même regards toujours timide et triste à la fois:
- J'ai l'impression que tu te moques de moi. Tu crois que j'en serais incapable? C'est ça? Je pourrais le faire sans hésiter. Retorqua-t-il, peu convaincant.
- Et pourtant ça risque d'être le cas. J'ai pas mal reconnu ce genre de sous-entendu... Notamment au début, quand il y avait encore beaucoup de ceux qui n'ont pas su s'adapter.
Le sourire de Terry reparti, aussi rapidement qu'il était venu:
- Il n'y avait aucun sous-entendu!
- Tu as toujours réussi à éviter de te retrouver dans la merde, je me trompe?
Il baissa les yeux, se pliant devant le fait que Lexi avait vu juste:
- Et si on n'a pas d'armes?
- Alors tu t'enfuis, C'est ce qu'on fait quand on n'a pas le choix, mais c'est comme ça qu'on ne s'en sort pas généralement.
Aidan, dos tourné face à la table, lui lança un regard, comme un appel. Terry fut sans réactions apparentes. Il avait déplié sur la table sa carte de la région tout entière. Elle se colla devant la table et observerent tout deux, la tête baissée, dans un silence complet, devant Terry qui s'interrogeait.
C'est sous un ciel redevenu gris, dans les réguliers souffles de vent, que les trois compagnons traversèrent un parc. L'herbe, d'un vert vif, enveloppait les appuis des petits toboggans, des jeux à ressorts et des structures suspendues humides qui s'enfonçaient dans la terre fertile. La diversité de leurs couleurs s'était légèrement ternie. Le parc, désertique, avait perdu cet éclat joyeux et enfantin. Les jouets favoris des plus jeunes étaient abandonnés dans la végétation.
Aidan se stoppa un instant. Il respira l'air froid et mouillé, couvert par la chaude capuche de sa parka. Cet endroit lui paraissait si inexpressif, mort et désolé.
L'absence des enfants était en ce lieu si cruel, un contraste idéal pour rappeler tout ce qui avait été perdu. Les rires n'étaient plus. Les jeux n'étaient plus. Il s'évoquait les parents assis sur les bancs, face à leur progéniture amusée. L'avenir n'était plus, parti aussi loin que le sable des aires de jeux vide.
Les insectes avaient pris la place de tout êtres à l'intérieur de ces petites maisons vertes pâles, dans lesquelles les enfants aimaient tant s'abriter. Les balançoires se poussaient sous la force du vent, comme habité par des défunts qui s'y amusaient encore.
Un corbeau gouailleur, arrivé depuis les airs, y posa ses pates et replia ses ailes. Aidan leva la tête. Ils se fixèrent alors longuement comme deux rivaux:
- Aidan, y a un problème? Cria Lexi.
Absorbé, il n'avait pas remarqué qu'il s'était mis en retrait. Il reprit sa marche, précipité, sous l'oeil de l'oiseau narquois.
Lexi avançait seule, tandis que Terry et Aidan suivaient, plus loin derrière:
- Vous aviez l'air concentré tout à l'heure, devant la carte. Où vous voulez aller?
- C'est si important? Tu ne te contente pas de survivre? Je vais jusqu'au Kentucky.
- Qu'est-ce qui vaut bien le coup de faire autant de chemin? Tu penses-y trouver quoi là-bas? ça fait longtemps que vous marchez?
- On fait route depuis suffisamment longtemps pour avoir vu de nous-même que la situation est la même partout. Quant à ce que je dois y trouver, je le saurais quand j'y serais.
- Et elle? Dit-il en désignant Lexi devant eux.
- Elle ne fait que me suivre.
Terry se tut. Tout cela lui semblait flou, difficile à comprendre. Il espérait, plus tard, obtenir quelques réponses. Pour l'heure, l'important pour lui concernait le danger permanent qui l'environnait. Vainement, il avait tenté depuis le début de la journée de dissimuler aux yeux de ses protecteurs son manque de pusillanisme et de connaissances. Les deux hommes se contentèrent de suivre Lexi qui marchait en direction de la route sans interruption, regardant droit devant elle, le visage fermé et les traits sévères.
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Misérable rédemption
Science FictionL'existence passagère de l'être humain se clôture. Les sociétés bâties prennent fin. Son évolution se conclue et ses traces disparaîtront. Les derniers hommes se meurent, subsistent, tentant désespérément de survivre dans la crasse, l'affliction, l...