Aidan et Lexi furent conduits dans une des rues de la ville. Devant eux, un camion sauvage laissé à l'abandon pourrissait en travers de la sinistre chaussée. D'une taille monstrueuse, et d'un poids conséquent, il présentait à l'arrière des chiffres sur des plaques aux couleurs distinctes, des inscriptions qui ne faisaient plus sens. Les couleurs grises de sa remorque étaient à l'effigie insensée d'une grande compagnie, antérieurement spécialisée dans la livraison. Ce n'était rien d'autre qu'une immense boite en métal dont la température variait en fonction du temps. Le moteur, sous le long capot, n'était plus que de simples composants mécaniques encrassés. Et les énormes pneus qui le soutenaient étaient à plat depuis longtemps. Des déchets, notamment de vieux journaux, se décomposaient dans les restes de la dernière averse, devant les portes de la remorque. Cette insanité abérrante et dénaturée cachait de son ombre l'étroite ruelle, taillée entre deux magasins cafardeux.
Les trois impassibles personnages baissèrent leurs armes. Celui qui s'apparentait à un informaticien s'avança devant les hautes portes et frappa trois fois le fer sur un rythme reconnaissable. Ses coups retentirent à l'intérieur de la remorque, dans un écho jusqu'en son fond lointain. L'attente ne fut pas longue. La porte de gauche s'ouvrit, révélant à la lumière une femme qui les observait depuis ses quelques mètres de hauteur. Les uns après les autres, ils agrippèrent le rebord et se hissèrent dans ce lieu qu'ils semblaient connaître:
- Dépêchez-vous! Dit le dernier des trois.
La porte, derrière eux, se referma. Guidés par quelques lumières artificielles en bout de file, ils passèrent entre des marchandises empilées jusqu'au plafond, constitués d'innombrables lourds cartons de denrées alimentaires. Lexi ne les voyait pas atteindre le bout au-dessus de sa tête, tant tout ce stockage s'élevait au-dessus de sa tête dans une obscurité prononcée. En avançant entre ces énormes paquets, le chemin vers le fond de la bête se découvrait peu à peu pour elle. Tout le groupe se joignit à une quinzaine de miséreux, accolés contre les parois d'un espace dégagé. D'insignifiantes progénitures à l'avenir anéanti se complaisaient dans l'ennui. Seule une minorité avait des sacs ou une simple sacoche avec eux, mais tous gardaient contre le corps frèles une ou plusieurs couvertures pour les nuits les plus froides. Visiblement, ils gardaient les mêmes habits, tachés et troués, depuis longtemps:
- Tiens, vous avez ramené des nouveaux? fit l'un d'entre eux.
Certains d'entre eux relevèrent leurs visages mornes, et fixèrent alors ces gens encore inconnus:
- Ils se sont fait attaquer par notre homme, au niveau de la place. Il s'attendait pas à nous voir cette fois. On a profité de l'effet de surprise pour essayer de le toucher, mais il s'est vite échappé. On auras au moins réussi à aider deux personnes. Répondit l'homme à lunettes.
- La prochaine fois tu éviteras de les ramener ici. Faudra que tu m'expliques pourquoi tu fais venir tous ceux que tu croises. Grogna un autre dans sa barbe rousse.
La femme, qui s'était assise à son tour, le réprimanda:
- Ta gueule Jared. Si tu manges à ta faim c'est parce qu'on t'a ramené ici de la même manière non?
- Bandes d'abrutis. Vous comprendrez quand vous vous serez empiffré de toute la bouffe qu'il y a dans ce camion.
L'homme qui les accompagnait se tourna alors vers les deux survivants:
- Je m'appel Franck, et celle qui nous a ouvert les portes c'est Shanon. Faites pas attention à Jared. Il est toujours comme ça. Ce vieillard finira bien un jour par ravaler sa fierté. Si vous avez faim, servez-vous. Mais j'imagine que vous comprendrez si je vous demande de vous rationner. La nuit vous pourrez dormir tranquillement, la porte est bloquée de l'intérieur. Elle est solide et si quelqu'un tente d'entrer, on l'entend. Évitez simplement de faire du bruit, il en va de notre sécurité à tous.
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Misérable rédemption
Science FictionL'existence passagère de l'être humain se clôture. Les sociétés bâties prennent fin. Son évolution se conclue et ses traces disparaîtront. Les derniers hommes se meurent, subsistent, tentant désespérément de survivre dans la crasse, l'affliction, l...