Chapitre 6 : Nous payerons notre ignominie

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- N'approchez pas! lui ordonna-t-il. Sa voix laissait paraître une certaine panique. Sa main empoignait fermement le poignard nerveux prêt à faire face à toutes éventualités. Impossible de savoir ce qu'il allait faire. Il tremblait d'inquiétude face à ce qui pouvait arriver.

Étonnamment, l'homme de l'autre côté de la rue ne semblait prêter attention ni à la lame fine, ni à l'avertissement qu'il lui avait été lancé, comme si cela ne représentait aucune menace pour lui. Après l'avoir observé sans dédaigner le moindre mouvement, son sprint fut inattendu. Il accouru vers lui en criant. Sa proie ne savait que faire. Elle restait immobile, effarée, sans même avoir le réflexe de brandir le couteau tremblotant.

La bête sauta sur le capot du 4x4 en atterrissant sur ses quatre membres et, de cette hauteur, se lança sur sa pauvre victime en fendant les airs. Plaquée au sol, elle se débattait dans tous les sens sous les cris de terreur les plus fous. Ses mains pointues commencèrent à le déchiqueter de toute part, des griffes a se former sur son visage, jusqu'à ce que, sans hésiter, il planta net la lame sous sa mâchoire, sentant pendant une fraction de seconde ses tissus se rompre sous la fine pression exercée. Sous les hurlements qui n'en finissaient pas, il le repoussa contre le bitume en poussant sur le manche. À genoux sur lui, il retira le couteau d'un coup sec et le replanta dans son crâne. Les bras qui tentaient de le réagripper étaient retombées aussitôt. Le regard tourné vers ce qui voulait l'agresser. Encore enfoncé, seul le manche humide de l'objet noir mat ressortait. Il expira et inspira à cadence rapide en criant, choqué. Il se leva et fit quelques pas en arrière. Ses cris laissaient transparaitre des pleurs qui voulaient absolument ressortir. Impossible pour lui de lâcher du regard ce qu'il venait de faire. Son corps et son âme tombèrent au sol comme alourdi par un sentiment de vide qui s'était jeté sur lui, venu l'écraser.

Il sanglotait. Toutes sortes de questions venaient à lui. Il n'a vu personne depuis le début, seulement des bêtes qui n'avaient d'humain que l'apparence. Tout n'était plus que désolation et silence morbide tout autour de lui. Il se demanda où il se trouvait, si ces choses qui en avaient après lui ont été des humains auparavant. Tout lui semblait n'être qu'une vision d'un autre monde froid et hostile. C'est pourtant bien là qu'il se trouvait, mais dans ce cas quel avenir pour lui? Et pourquoi avoir été épargné par cette malédiction? En fait, avait-il été vraiment épargné? C'était finalement peut-être bien lui la victime. Il se sentait vide, aussi vide que le sens de tout ceci. Il resta prostré au sol, inerte, mais pas inconscient.

Les heures passèrent, mais seuls les nuages qui avaient défilés dans le ciel rendaient compte de l'avancement du temps. La nuit commença à dévorer les derniers rayons du crépuscule et le temps à se refroidir. Sentant l'air froid sur sa peau, l'homme leva la tête au ciel. Son gris profond l'avait surpris. Il n'avait pas remarqué la clarté du jour, dernier élément de sureté infime, laisser place à la nuit menaçante. il n'avait pas intérêt à rester ici.

Dans un magasin quelconque, l'homme s'était recroquevillé par terre, derrière l'ombre de la caisse. Assis contre le bois sec, abimé, son regard fixait le mur qui lui faisait face. Ses jambes allongées le touchait presque. Ses bras trainaient. Comme si ils n'avaient déjà presque plus d'utilité, sa lampe était posée vers lui et son couteau sur ses genoux, le touchant du regard. Ils reflétaient tout deux d'une petite lueur. Il était comme déjà mort et en même temps emprunt de réflexion. Son visage observa la lame sous toutes ses formes. Sa lueur disparut. Lentement, il ramena le tranchant sur son poignet. Il appuya de plus en plus fort. La peau s'enfonça sous la pression. La mort collé sur sa vie, il n'avait plus qu'à tirer un trait sur elle. Ses yeux furent tournés vers le contact de la lame sur ses veines qui se videraient en un court instant.

Si court.

Ces quelques secondes, il ne les verrait pas défiler.

Il jeta violemment dans le coin de la pièce cet instrument de mort. Un infime espoir brillait encore en lui dans un voile sombre.

Après plusieurs heures, la lumière avait commencé à se réveiller en même temps que lui. Il avait tenté de s'endormir à même le sol. Des cernes se formaient déjà au-dessus de ses pommettes. Sa recherche inquiète et constante du moindre son alentour lui avait volée de précieuses heures de sommeil et l'inconfort de l'endroit refusait de le laisser tranquille. Mais la nuit était passée et ne reviendrait pas avant un long moment. Il picora un sachet de cacahuètes pris dans la boutique abandonnée à son réveil. Il lui fallait maintenant partir, mais où? Et que faire ensuite? Marcher, seulement marcher. Il allait marcher car il ne pouvait rien faire d'autre. Rien n'avait bougé dans ces rues inexpressives, comme perdue dans une sorte de néant. La brume matinale était lourde et dense. Depuis cette nuit, il reflechissait à cette similitude qu'il semblait y avoir entre ces êtres étrange et bestials. A ce lien qu'il pouvait avoir avec eux. Malgré tout, il avait peur de comprendre. Étaient-ils les fossoyeurs de leur existence? Tout cela lui paraissait évident, mais il ne comprenait pas. Chaque coin de rue furent scruté de ses yeux attentifs, toutes les ombres qui traversaient le voile épais de brume fut scrupuleusement repérées. A travers les restes de vitres des devantures, il regardait l'intérieur des boutiques. Le moindre doute le déviait de son chemin. Le brouillard le rassurait quelque peu, il s'y sentait comme caché malgré sa vision obstruée.

Au bout d'une demi-heure, la brume s'était quelque peu dissipée. À force de déambuler illogiquement, il croisa le chemin d'une curieuse et incertaine forme imprécise, au loin. Il semblait se déplacer hâtivement, en alerte. Sa posture en course basse, tel un fugitif, montrait un certain désir de rester discret. Il fallait le suivre. Sans réfléchir, il couru à son tour pour le rattraper. Il était éloigné, et le risque de perdre sa trace était grand. Cette silhouette sortait régulièrement de son champ de vision, dans les angles des rues. Ses appels, ses cris étaient insistants. Mais la course s'intensifia. C'est une poursuite effrenée et desesperée qu'Aidan amorca. Les bâtiments, les voitures abandonnées, tout défilait à une vitesse folle autour de lui, sans prêter une quelconque attention à l'endroit où il se trouvait. Sa respiration se faisait haletante, une fois de plus. Cette course n'eue tout a coup plus aucun sens. Ils repassèrent dans des zones déjà traversées, déjà vue. Le pauvre poursuivant ne comprenait plus, mais il resta tenace. Ils entrèrent dans un entrepôt, petit et mal éclairé, où des objets en fer aux formes géométriques s'entreposaient partout, sur le sol comme sur d'immenses étagères rouges vieillissantes. les deux personnages commencèrent sérieusement à se distancer. Dans sa course, sa jambe percuta un morceau de ferraille sorti d'une de ces quelques grandes étagères. Tailladé, déchiré, sa jambe le fit tomber dans des cris de douleur aussi surprise que soudaine.

- Attendez ! Cria-t-il dans sa solitude éperdue.

La plaie saignait au travers de son pantalon éventré. La douleur était vive. Il n'y avait que lui-même pour s'observer se débattre. Il supplia une dernière fois, voyant son seul espoir qu'il avait s'échapper de la même manière que son sang. Incapable de se relever, il se tortilla comme un ver écrasé en se cramponnant à sa plaie ouverte. Il prononca un juron, pleurnichard et larmoyant. Les secondes qui s'écoulèrent semblèrent longues et ses mains se couvraient de rouge. Les traces avaient commencés à salir le sol de la substance cramoisi. Les bords du morceau de fer étaient couvert de sang. Que pouvait-il faire maintenant, blessé si bêtement ? Incapable de se déplacer sur ses deux jambes, sans défenses avec une plaie dont le débit sanguin laisser présager une profondeur qu'il ne pouvait négliger. Il entendit un son, un "clic" singulier et proche, vers lequel il tourna son regard effrayé et quelque peu hébété. Une entité, essoufflée, sortit de l'ombre d'un pas lent et prudent avec une arme de poing fermement pointé vers lui. Il avait un sac en bandoulière noir qui pendait à sa gauche. Un petit foulard rose décoloré était accroché sur la bretelle et une fermeture le long du sac était entrouverte. Âgé d'une trentaine d'années, il pesait sur son visage des traits très forts. Sur ses cheveux courts et noirs étaient déposées quelques particules sales. Sa barbiche sous sa lèvre inférieure montrait un manque d'entretien. Ses sourcils froncés formaient un trait régulier au-dessus de son regard déterminé. Ses bras nus découvraient quelques traces de griffes récentes.

Misérable rédemptionOù les histoires vivent. Découvrez maintenant