22 septembre 1940

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En zone nord, la légion Française des combattants et la création de nouvelles associations sont interdites. Les Allemands ont réagi trop tard, notre réseau de résistance est déjà en place. C'est à notre tour de les détruire.

Quand nous sommes dans la rue, sous leurs yeux, nous sommes bêtes et innocents. Je suis une jeune femme insouciante qui s'occupe de ses vieux parents, qui aime faire des balades avec ses amies ou flirter avec le beau Daniel. Mais la nuit, nous sommes des machines de guerre. Je tape des tracts sur ma belle machine à écrire, tout comme Hannah, Mireille et peut être d'autres femmes. Daniel et les gars les distribuent dans les boites aux lettres, cachés dans des enveloppes bas de gamme ne risquant pas d'attirer l'attention. Isabelle dirige l'ensemble des opérations. Elle est le cerveau, elle seule connait tous les membres du réseau. Bientôt, nous pourrons nous en prendre aux chars ennemis, mais il est encore trop tôt. Nous ne sommes pas prêts. Un coup d'éclat précipité nous serait fatal.

J'ai parlé de Daniel, de nos prétendus échanges romantiques. Mais notre relation est ''professionnelle''. J'ignore s'il ressent la même attirance que moi. En fait, j'en doute fortement. J'aurais eu la certitude absolue que ce n'était pas le cas s'il n'avait pas replacé une mèche de cheveux derrière mon oreille, l'autre matin. Ce geste délicat, presque insignifiant, m'a chamboulée. Il semblait contenir tant de tendresse ! Ou peut-être en ai-je rêvé ? Je suis perdue, j'étais résignée à l'oublier, à ne plus jamais penser à lui, mais chaque jour il passe me voir, récupérer les tracts que j'ai tapé dans la nuit, et tous les matins je reste figée devant ce sourire qui me rend euphorique jusqu'au soir. Dois-je réellement l'oublier ? Ou dois-je écouter mon cœur ?


Journal d'une résistanteOù les histoires vivent. Découvrez maintenant