La pauvre Mireille est épuisée. Elle ne pourra plus venir chez moi le soir pour taper les tracts. Je me retrouve seule avec ma machine à écrire. Son petit dernier fait ses dents, et il passe ses nuits à pleurer. Il passe aussi beaucoup de temps à crier. Je ne sais pas comment cette mère de trente-quatre ans, seule, arrive à s'occuper de deux enfants, d'un bébé, de la cuisine, du ménage et de son travail de secrétaire tout en participant à la résistance. Elle m'impressionne réellement. Sans mon Daniel je serais trop épuisée, je ne pourrais pas être à la fois employée, résistante, mère et fille. Mes parents se font vieux, le deuil leur a multiplié leur âge sans prévenir. Papa fait de son mieux pour que Maman vive encore, mais elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Je n'ai même pas pu lui présenter Simon, elle a tellement refusé de le voir que je ne tente même plus de la convaincre. Selon elle, aimer un nouvel enfant reviendrait à trahir Martine. Elle a ajouté que Jean lui présenterait son fils lui-même à son retour d'Angleterre. A ce moment-là, emportée par ma propre souffrance j'ai failli lui dire la vérité, que j'étais sa seule enfant encore vivante, que mon frère ne reviendrai pas et que tout notre amour n'avait pas suffit à le sauver. Bien sûr je me suis tue. Je l'ai embrassée sur le front et je suis partie sur la plage hurler avec les goélands. J'ignore si je devrais un jour lui révéler la vérité. Surtout, j'ignore si elle y survivrait.
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Journal d'une résistante
Ficción históricaMon frère est parti à Londres rejoindre le Général de Gaulle. Il m'a seulement laissé un carnet. Alors j'écris. Pour lui. Pour moi. Pour ne pas oublier. Ne pas oublier les joies, ni les peines. Car c'est tout ce qu'il me reste. C'est ça ma vie mai...
