Bernard a mérité notre confiance. Il est talentueux. Et courageux. Il sait charmer les allemands pour les détourner de nous tout en poussant les habitants de notre jolie ville à se révolter, toujours par de petites actions invisibles. J'ignore s'il est en mesure d'imaginer l'ampleur du coup que nous avons préparé en parallèle de sa formation. Tout s'est déroulé il y a une heure à peine.
Tout d'abord, Mireille était chargée de faire diversion. Accompagnée de ses enfants, elle a simulé une chute de vélo, les cris de ses fils ont fait le reste. Très vite, un attroupement s'est formé et les soldats allemands se sont précipités pour le disperser. Maurice devait ensuite les retarder pour qu'ils ne puissent retourner à leur char. Pour cela, il a feint vouloir leur montrer une cave pouvant potentiellement accueillir des juifs. Sa vieillesse accompagnée d'une démarche lente et d'un fort bégaiement ont suffi à les retenir trois bonnes minutes avant que les boches, impatientés, ne l'envoient valser d'un coup de crosse. Pendant ce temps, il fallait poser la bombe. Henri a été recruté spécialement pour cette étape. Pendant que Daniel et moi imitions les baisers passionnés d'un jeune couple d'amoureux, masquant l'arrière du véhicule, il devait se faufiler pour installer un pain de plastic contre la paroi du moteur. C'est là que tient tout le génie de notre attaque. Cet explosif fonctionne comme avec une minuterie, mais il est silencieux. J'aimerais pouvoir en décrire le fonctionnement exact mais seul Maurice en connait tous les détails. Ce que je sais, c'est que dans exactement deux heures et vingt-huit minutes, à l'heure exacte où les allemands gareront leur char dans le vieil entrepôt dont le sol est recouvert de flaques d'essence, il explosera, entrainant une formidable réaction en chaine. La moindre goutte de gasoil présente par terre prendra feu, et les moteurs surchauffés des trente-neuf engins présents éclateront à leur tour. Le bâtiment implosera peut-être, à moins que la déflagration ne repousse ce souffle de mort vers l'extérieur. Ce qui est sûr c'est que l'incendie s'étendra très rapidement aux bâtiments alentour, et l'ensemble du camp allemand sera détruit. Certes, il y aura des morts, mais je n'arrive pas à m'en vouloir. Les boches ne peuvent pas être véritablement humains, alors il ne s'agit pas de meurtres. Et puis, ce n'est que justice. Ils paieront enfin pour tout ce qu'ils ont fait.
VOUS LISEZ
Journal d'une résistante
Historische RomaneMon frère est parti à Londres rejoindre le Général de Gaulle. Il m'a seulement laissé un carnet. Alors j'écris. Pour lui. Pour moi. Pour ne pas oublier. Ne pas oublier les joies, ni les peines. Car c'est tout ce qu'il me reste. C'est ça ma vie mai...
