16 septembre 1940

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Aujourd'hui avec Hannah nous sommes allées nous promener au parc.
Quand nous étions petites nous avions l'habitude de donner du pain aux nombreux canards qui peuplent l'étang, mais... Nous n'avons plus de pain. Étrangement, la vue de ces oiseaux rachitiques m'a fait beaucoup de peine, car j'ai réalisé que nous n'étions hélas pas en meilleur état qu'eux. Nous sommes tous affamés, amaigris, méconnaissables. Les privations et le dur labeur imposés par les Allemands nous ont tous changés.

Mais, contrairement aux canards, nous n'avons pas d'ailes pour nous envoler très loin, là où la liberté réchauffe les cœurs et où la faim ne tord pas les ventres.

Je me demande si Jean saura nous reconnaitre quand il rentrera. Il y a certains jours où je ne me reconnais pas moi-même dans le miroir. Même sa jolie fiancée a perdu de sa beauté. Elle est toujours sublime, mais... Non, je ne veux pas m'attarder à ces dégradations physiques, elle mérite mieux que ça. Malgré les privations, malgré la peur, malgré tout, elle a toujours ce je-ne-sais quoi en plus qui la rend si exceptionnelle. Sa bonne humeur perpétuelle et sa gentillesse à toute épreuve font resplendir ses traits, mêmes s'ils sont déformés par la faim et la fatigue. Plus jeune, je jalousais l'attention que lui portaient les garçons aux bals. Mais c'est grâce à elle que j'ai compris pourquoi ma mère me répète sans cesse que le plus beau bijou d'une femme est son sourire. Enfin, me répétais. Quand elle savait encore parler. Cela fait si longtemps qu'elle ne m'a pas adressé la parole, ni même un regard, que je commence à douter qu'elle sorte de sa torpeur un jour.



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