Chapitre 23

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Mélina

« Non, je crois que tu n'as pas vraiment compris ce que je viens de t'expliquer. La mairie s'apprête à suspendre vos subventions. Et quand je dis suspendre, je veux bien dire suspendre. C'est fini la pompe à fric. Du genre fini. Plus rien. Zob. Nada. »

A ces mots, le garçon ouvrit de grands yeux. Sa peau pâlissait à vue d'œil. L'incompréhension et l'inquiétude se lisait clairement sur son visage. Fronçant les sourcils, il battit nerveusement des paupières, la bouche entrouverte, semblant chercher ses mots.

-    Je... balbutia-t-il d'une voix étranglée, attends je, je ne comprends pas... Comment ça elle s'apprête à suspendre nos subventions ? Pourquoi ? Comment ? Pourquoi j'étais pas au courant ? Pourquoi elle ne nous subventionne plus ? Je... enfin.. Merde, comment ça ?

D'impressionnantes cernes sombre creusaient ses grands yeux clairs. Je le fixai avec peine.

-    Vos locaux ne sont plus aux normes, expliquai-je sur un ton qui se voulait neutre, surtout au niveau de la sécurité. Rien n'est adapté pour une évacuation d'urgence en cas de danger, le système électrique présente de failles inquiétantes ainsi que des risques d'échauffements, il n'y a aucun accès handicapé, les structures et fondations du bâtiment sont beaucoup trop datées, et le toit présente de nombreuses fuites... Je passe les consignes d'hygiène et propreté. Le fait est que la mairie ne veut plus vous subventionner, et si elle ordonne une visite de contrôle dans les jours qui suivent, je peux vous assurer à 2000% que votre théâtre sera fermé.

L'espèce de dinde à lunettes qui se tenait à mes côtés laissa échapper un petit cri horrifié. J'haussai un sourcil vers elle. Ma super copine Louise-au-chignon-immonde avait plaqué sa main devant sa bouche. Ben tiens, elle ne m'avait pas manquée celle-là.

Face à moi, mon nouveau compagnon d'infortune passa nerveusement ses doigts dans ses cheveux sombres, ruminant des injures. Il semblait effaré, complétement dépassé par les évènements. De toute évidence, rien de ce que je venais de lui dire ne l'avait inquiété jusqu'à présent. A moins qu'il n'ait jamais été au courant de ces problèmes... Il ne m'avait pourtant pas fallut plus d'une heure pour me rendre compte de l'ampleur des dégâts.

Avant de partir pour la Corée, Papa m'avait laissé sa mallette ainsi qu'une clé d'accès à l'ensemble du dossier sur le site de sa boite. Des décennies de paperasse et de chiffres à étudier et à analyser... Un véritable bonheur. J'y avais passé deux jours, nuits comprises, la tête plongée dans ces fichus dossiers et le cerveau carburant au café. Mon esprit était allé de consternation en consternation : ce n'était pas la faillite qui touchait ce théâtre, mais la ruine, le désespoir. La débâcle totale. Rien n'allait.

Le système de sécurité était tout simplement mort. Alarmes incendie, caméras, capteurs, contrôle du système électrique... Ce pathétique tas de bois menaçait de prendre flamme à tout bout de champ. Sans parler du risque de voir le plafond nous tomber sur la tête d'une seconde à l'autre... Depuis l'inondation, il y a deux ans, les murs étaient gorgés d'eau, les poutres rongées par la moisissure, et la toiture complétement fracassées. Le constat des dégâts aurait découragé n'importe quel couvreur ou menuisier, si tant est que quelqu'un ait essayé d'en contacter un. Sans compter l'état du sol, complétement pourri. Et ce n'était qu'une infime partie du problème.

-    Merde de merde de merde, ruminait le garçon en continuant à agripper ses mèches noires.

J'eu une mine désolée. Il se tourna vers moi, libérant ses cheveux pour venir harceler le pan de son sweat.

-    Et donc c'est à cause de ça que le théâtre va être vendu ?

J'eu un mouvement d'épaule maladroit.

ApparencesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant