Il était enfin arrivé au sas qu'il percuta par maladresse ne pouvant ralentir en zéro gravité. Il agrippa les barres extérieures avant d'être projeté trop loin par son rebond sur la paroi du vaisseau. Le sas n'était pas le même que celui qu'il avait emprunté pour sortir de son secteur. C'était une vulgaire porte blindée, sans aucun hublot. Aucune autre ouverture et coursive se n'était visible. Une partie du vaisseau peu accueillante à première vue.
Il fallut fournir un effort supplémentaire pour arriver devant le sas. Il se détacha du treuil, appuya sur le bouton d'ouverture et fit traverser son équipement dans le sas. Il se retourna, contemplant le chemin parcouru. Au loin des débris et ce qu'il identifiait, malgré la buée qui avait revêtu l'intérieur de son casque, comme des corps qui se dirigeaient vers lui lentement. Il entra dans le sas, poussant au fond, de la main, l'équipement qui flottait au centre.
Il jeta un dernier coup d'œil dehors : sur sa gauche l'immense vide spatial parsemé d'étoiles. A sa droite, une falaise de fer, la froideur du vaisseau et toutes les aspérités de la coque, telles des gargouilles maudissant un prisonnier qui s'était échappé des enfers. Personne n'avait foulé cette endroit du vide avant lui. Plus globalement, ils étaient à bords les premiers êtres humains à explorer ce système, et peut-être surement les premier êtres vivants. Il finit par rentrer et referma derrière lui, se plongeant momentanément dans le noir complet. Il finit par enclencher la séquence de pressurisation, un gyrophare jaunâtre éclaira le sas, qui se fermait lentement. Pour peu qu'il entendît les sifflements de l'air remplissant le sas, il ouvrit sa visière pour respirer un air moins précieux. Côté vaisseau, un vestiaire vétuste, d'autres gyrophares orangés et une alarme en fond. Des écrans flashaient les informations suivantes : « Zone protégée » ; « Présence non désirée détectée ». Il ne voyait pas son amie d'un jour ni même son équipement. Il dé-clipsa les attaches de son casque. Il put le retirer et y voir un peu mieux.
Il le posa sur un banc et s'avança dans la pièce. Il se retrouvait seul, encore une fois. La cosmonaute avait disparu. Elle l'avait abandonné ou peut être s'était faite capturée. Dans les deux cas, il était livré à lui-même, sans personne sur qui compter.
Il quitta rapidement le vestiaire du sas de sortie extra-véhiculaire en poussant de son poids la lourde porte qui était entrouverte. Cela menait à un couloir en forme de T. Des bruits venaient de la gauche, il se dirigea sur la droite. Son instinct de survie avait repris le dessus. Peu importe ce qu'il était arrivé à la femme, il avait déjà pris trop de risques en l'aidant. Elle était une fugitive se disait-il, et dans cette boite de conserve, les fugitives ne pouvaient pas courir bien longtemps. Il n'y avait pas d'échappatoire possible, pas avant la fin du grand voyage. Certes, grâce à cette femme, il avait pu quitter son secteur, un zone aux ressources épuisées, sans rien à manger, à fouiller... Mais qui dit que cela n'était pas pire ici ? Le secteur est peut-être plus petit, avec plus de réfugiés ? Qui sait ?
Il continuait donc à marcher à un rythme soutenu pour mettre un maximum de temps et de distance entre lui et le sas. Il essayait de se dépêcher de manière discrète mais la combinaison spatiale l'empêchait de bouger délicatement. Le couloir semblait encore long. De part et d'autres des portes closes qu'il ne prenait pas la peine d'essayer d'ouvrir. Il était encore trop près car en tournant la tête, il pouvait apercevoir les gyrophares orangés éclairer depuis le vestiaire. Il accéléra donc le pas, dans la mesure du possible puisque son équipement et sa combinaison pesaient presque son poids. Il n'avait pas eu le temps de la retirer. La fatigue. La fatigue commençait à se faire sentir, dans un souffle accélérant, des pieds enflés et les épaules lacérées par les bretelles de son sac. Tout cela le faisait ralentir encore un peu. Quand il n'aperçut plus les lumières derrière lui, il s'arrêta net. Il posa son sac au sol en veillant à ne pas le lâcher brusquement , ce qui pourrait alerter quelqu'un. Il s'adossa un mur pour se laisser glisser au sol, en haletant et fermant les yeux. Quand il les rouvrit, il s'essuya le front du dos de son gant, le corps presque gelé, de la sueur refroidie abondant dans sa combinaison. Il scruta autour de lui, en commençant vers la direction du sas. Rien. Les lumières n'était plus. La pénombre du couloir commençait à reprendre le dessus dans un silence glaçant de terreur. Combien de temps il s'était assoupi ? De l'autre côté, la coursive continuait, mais il ne voyait pas le bout dans le noir. Seuls quelques plafonniers flashaient par intermittence des sections de ce long tube vide, qui devait parcourir la bordure du secteur. En face de lui, une porte close : la pièce A66, qui suivait la A65 quelques mètres avant et qui précédait la A67, de son côté du couloir.
Après encore quelques minutes de repos, il se leva pour atteindre la porte A66, et il passa la main devant le détecteur d'ouverture. Aucune réaction. Il fit de même pour les portes alentours donnant le même échec. Il retourna à son sac pour le récupérer et reprendre son chemin. Cette foi-ci aucun danger imminent, il pouvait relâcher sa vigilance, même si l'atmosphère sombre et calme du lieu le forçait à garder une certaine méfiance.
Il poursuivait donc sa remontée dans la coursive mal éclairée. Des flashs constants de luminaires qui essayaient de fonctionner, venaient perturber la quiétude de sa marche. A force de rencontrer ces lumières folles, il s'aperçut que ce n'était pas non seulement une section qui venait à s'éclairer, mais plutôt toute la section à être alimenter en courant. Cela voulait dire, qu'il pourrait peut être ouvrir une porte. Cependant pas de porte au niveau de la lumière où il se trouvait. Il continua pour atteindre une autre dont une porte se trouvait au même niveau. Il se positionna la main prête à passer devant le capteur d'ouverture. Au flash, il baissa sa main sur le capteur. Trop tard. Pas assez rapide car cela n'avait pas marcher. Au prochain flash, idem. Il se mit donc à agiter sa main de haut en bas de manière constante et au moment du flash lumineux, le voyant de l'appareil passa au vert et la porte fut déverrouillée. Pièce A85. Il poussa la porte du pied pour entrevoir l'intérieur. Il n'y avait pas d'éclairage. Il aperçut néanmoins à chaque flash répété un peu plus l'intérieur. Il y discernait une structure au centre reliée à des centaines de câbles qui venaient de plusieurs centaines de machines autour. Il pénétra dans la pièce sans pouvoir voir le détecteur de présence, qui lors de la remise succincte de courant eut le temps de déclencher une alarme. Le bruit ne dura qu'une demi-seconde. Mais il sut pourtant qu'il s'était fait avoir. Puis le même son encore une demi-seconde. Il ne savait pas si le courant tenait assez longtemps pour avertir un quelconque gardien. Il n'allait pas attendre pour le savoir. Il rebroussa chemin et sortit de la pièce A85. Au même moment, toute la coursive s'éclaira et l'alarme enraillée devint bien plus vocale.
Le bruit assourdissant couvrait les pas ordonnés des gardes de sécurité qui courraient pour l'arrêter. Il se mit aussi à courir toujours dans la direction opposé au sas. Mais son sac et sa combinaison entravaient sa course. Soudain une porte s'ouvrit et deux personnes déboulèrent. Quand il s'aperçut de leur arrivé, il fut paralysé par un coup de pistolet énergétique et ne put réagir, ni même voir correctement ses agresseurs. Il tomba et fut ramassé par les gardiens de cette section. La section 87...
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Le voyage vers Véga
Science FictionLes systèmes stellaires de la Galaxie se meurent, s'effondrent, par la guerre, le manque de matières ou l'avidité de certaines corporations. Quand il fallut abandonner son foyer pour une autre planète hypothétique, à des centaines d'années lumières...