Au milieu des rangées alignées de caisson cryogéniques, aux vitres embuées, luisant d'une teinte froide dans l'immense salle obscure où ils étaient stockés, se trouvait un corps encore enchevêtré dans des dizaines de câbles et tuyaux souples. Cette étrange forme semblait essayer de se démêler comme pour ne pas être happé de nouveau dans le monde sans rêve du caisson ouvert d'où elle provenait. Dans l'air glacé, son souffle haletant crachait une fumée intermittente. Suivant quelque minutes d'efforts, la personne qui se dégageait de son amoncellement de câbles semblait fatiguée et ne bougeait presque plus. Elle resta au milieu de l'allée, à contempler le plafond sur lequel les reflets des lumières des caissons projetaient des halos turquoises virevoltants. Ces formes dansantes et reposantes avait calmé l'éveillée, qui pu alors mieux se défaire de ses liens de sommeil. Elle se leva, essaya d'apercevoir le bout de la salle de chaque côté de son allée interminable, mais la pénombre devenait trop obscure au loin. Le froid la gagnait, elle tremblait, sa tenue de stase légère mouillée n'était qu'un maigre maillot parsemé de trous. Elle décida d'avancer d'un côté, ne sachant pas où aller, sans aide d'une quelconque unité mécanique de réveil pour la guider après un très long sommeil. Elle marchait, titubant parfois, grelotant, se frottant les bras avec ses mains pour générer un peu de chaleur par friction. Elle continuait, passant les innombrables caissons, sur lesquels elle lisait un à un les numéros d'identification : P35 S26 C112 ; P35 S26 C111 ...
Le visage de l'occupant était imperceptible à chaque fois qu'elle s'arrêtait devant un caisson de stase, car un givre léger recouvrait la vitre. Dix minutes plus tard elle aperçut la fin de la section une lourde double porte de plusieurs mètres de haut et de large, dans un acier mât transpercé par des verrous surdimensionnés. En se rapprochant elle quitta sa rangée pour un espace libre devant la porte. De là, on pouvait rejoindre n'importe quelle rangée de la section. La personne ne décida pas d'en parcourir d'autres. Elle vit sur sa droite la console de commande de la porte, alignée avec la rangée centrale et le mastodonte d'acier. En se rapprochant, la console s'illumina, on pouvait y lire plusieurs instructions dont un message d'avertissement. En appuyant dessus à l'aide de son doigt, plusieurs informations s'affichèrent détaillant la situation :
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Attention !
VERROUILLAGE D'URGENCE en cours....
Bouclage du secteur jusqu'à nouvel ordre.
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...
Temps depuis bouclage : 1 an, 4 mois et 4 heures standard.
...
...
Veuillez-vous adresser au chef de section pour plus d'information sur le protocole à appliquer.
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Elle ferma le message, puis essaya d'appuyer sur la commande d'ouverture de la porte en vain. Cela refusait de s'ouvrir, malgré son acharnement énervé sur le bouton numérique. Le chef de section devrait avoir les accès, pensa-t-elle surement car elle chercha son emplacement dans le registre des endormis accessible via la console. En recherchant par mot clef, elle obtint vite son information. En effet le chef de section était présent dans une des capsules : M. J. Paleos, P35 S26 C002. C'était sur la première rangée d'après le plan affiché. Elle quitta le piédestal pour suivre le chemin balisé par des loupiottes au sol vers le caisson qui l'intéressait. Elle passait les caisson : C100, C090, C080 ... C000, puis bifurqua dans l'allée coincée entre la paroi de la section et la première rangée de chambre de stase. Cette zone était encore plus froide qu'au milieu de la pièce, elle y sentait de la main le métal dégageant une glaçante sensation de chaleur. Elle retira la main aussitôt pour s'arrêter devant le caisson du chef de section. Elle frotta la vitre pour enlever la légère pellicule de givre et ainsi entrevoir le visage de l'occupant. C'était une femme aux cheveux noir, mais blanchis par le froid, au teint clair et au visage fin. Elle décida de la réveiller et enclencha la commande d'ouverture d'urgence, manette rouge à tirer et placée sur l'arrière de la machine. Le processus prenait 15 minutes pour réveiller l'endormi, en réchauffant de manière accéléré. D'habitude, il fallait presque deux heures pour correctement éveiller quelqu'un. D'ailleurs, on préférait souvent rallonger ce temps, pourtant recommandé par le constructeur de l'appareil. On avait constaté sur le sujet, une difficulté croissante des corps à supporter la stase. Prendre plus de temps pour endormir et réveiller servait à compenser ce problème biologique. Ce temps incompressible augmentait rapidement pendant le voyage, d'une journée il faudrait à la longue presque une semaine complète pour ce processus aux plus fréquents utilisateurs. Ceux, qui étaient éveillés entre des périodes longues de sommeil, s'accoutumaient mieux, et le temps fixé par le constructeur HyperSonge était respecté.
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Le voyage vers Véga
Science FictionLes systèmes stellaires de la Galaxie se meurent, s'effondrent, par la guerre, le manque de matières ou l'avidité de certaines corporations. Quand il fallut abandonner son foyer pour une autre planète hypothétique, à des centaines d'années lumières...