La porte massive en duracier aux deux larges battants se mettait en mouvement dans un grondement, un vrombissement suivi d'un grincement mal huilé de ses charnières hors normes. Pendant les premières secondes, on ne distinguait aucune ouverture, rien qui ne laissait entrevoir l'autre côté. Puis un souffle parcourut la pièce chassant poussière et air frais, aspirés vers cette autre lieu plus chaud derrière. La porte s'ouvrait lentement.
Les deux jeunes femmes n'attendirent pas la fin de la séquence pour pénétrer au travers d'une fente exiguë, dans ce qu'était ensuite un couloir ridiculement court par rapport à ses autres dimensions. Il donnait sur une immense pièce circulaire en forme de coupole, soutenue par 12 piliers, partant du sommet, qui disparaissaient dans les parois cerclant six autres portes toutes aussi impressionnantes que celle qu'elles venaient d'ouvrir. Cela donnait l'étendue de cette section d'un pont du vaisseau dédié à la stase. Il y avait des dizaines de centaines de passagers endormis qui attendaient leur réveil à l'arrivée de ce grand périple spatial vers les contrées stellaires de Véga. Le regard des éveillées descendit et se recentra pour considérer un bureau au milieu du lieu, un hall d'attente où de nombreux sièges, banquettes et tables étaient disséminés aléatoirement, où un androïde avachi reposait dessus.
La cheffe de section se dirigea directement vers la machine au repos, ou alors morte à son poste de travail. Manon quant à elle, parcourait l'espace à la recherche d'indices sur son réveil imprévu et sur la situation du navire. Elle longeait le bord de la salle pour passer devant les sections de stases aux portes closes, elle vérifiait les zones d'attente, ilots de tables et chaises et bancs où restait quelques affaires sans importances laissées là par des endormis. Était-ce de peur ou de panique que les bagages avaient été abandonnés par leurs propriétaires ? En tout cas personne n'y avait touché jusqu'alors.
- Manon ! lança soudainement la cheffe de section Paléos. Viens voir çà !
- Oui j'arrive : répondit-elle en quittant sa fouille d'une valise.
- Regarde çà : répéta-t-elle quand Manon arriva à son niveau.
Elle montrait du doigt les différents câbles qui partaient du sol, d'une trappe et qui venaient se connecter sous la cage thoracique de l'androïde. Ce terme paraissait un peu inadapté désormais car les traits de cette unité mécanique épousaient vaguement celle d'un être humain, ici une femelle, et aucune chair synthétique ne recouvrait le corps de métal gris, légèrement brun, voire ocre à certains recoins de sa carcasse. La machine n'avait pas de membres inférieurs, elle était boulonnée à son poste. Manon reprit :
- Oui et alors ? J'ai jamais vu ce genre de chose auparavant.
- Ce n'est pas normal.
- Je me doutais de çà.
- Non mais... la plupart de ces câbles sont des transmetteurs de communications : répondit-elle en montrantles sigles imprimés sur leurs gaines. Autrement dit, quelqu'un a branché ça pour contrôler ce robot à distance. Normalement il devrait être activé à notre arrivé. Là il est comme éteint.
- D'accord mais a quoi sert-il ?
- A quoi sert-elle ! Ce genre d'androïde à une personnalité féminine. Bref. C'est elle qui réveille les gens et tous les éveillé, encore plus les passagers, doivent passer s'enregistrer à son bureau. Cette androïde gère toutes les actions qui en découlent : attribution de quartier ; poste ; unité d'accueil ; augmentation de la production de la nourriture car de nouvelles personne sont ...
- C'est une secrétaire : abrégea Manon.
- Oui ... on peut dire çà. Mais c'est les seules à faire ça. C'est particulier. Je ne vais pas entrer dans les détails, vu que...
- Vu que ?
- Bref. Je ne pense pas que c'est la passerelle qui nous a réveillé.
- C'est celui derrière ces câbles.
- Oui surement.
- On peut les débrancher ?
- Je vais essayer.
L'officier Paléos passa derrière la machine inanimée pour atteindre la trappe de maintenance ou sortaient tous les câbles. Elle la souleva et vit qu'ils s'enfonçaient profondément dans les entrailles de l'infinité, dans un conduit où il était presque impossible de passer un humain. Malheureusement pour elle, ils étaient trop épais pour être sectionnés. De toute manière elles ne possédaient aucun outil pour cela.
La cheffe de section se mit donc à chercher du côté de l'androïde, là où tous ces fils imposants étaient connectés. Des attaches vissées tenaient simplement les câbles. Manon l'aida a retirer un à un les sept câbles qui la reliaient à leur mystérieux opérateur. A peine avaient-elles fini; qu'une alarme retentit, les lumières se tamisèrent et les gyrophares vinrent éclairer de manière abrupte les lieux.
- Merde ! fit Manon. Le gars nous a sûrement vues déconnecter.
- Ou bien il y avait un sécurité sur la connexion : ajouta Paléos. Planquons-nous ! Vite !
Manon suivit la cheffe de section qui se cacha derrière une banquette dédiée aux passagers en attente d'enregistrement. Le son et lumière continua encore deux minutes, plongeant les deux éveillées dans une torpeur mélangeant la crainte et la peur, avant qu'une lourde porte ne commençe à donner vie dans un vacarme fouillis. Les deux femmes se mirent face au sol pour essayer d'apercevoir la porte du dessous de la banquette surélevée par quatre pieds de dix centimètre. En face d'elles, ce qui était l'unique sortie et entrée de cette zone de stase s'ouvrait lentement. Manon était la seule à pouvoir voir les possibles forces de sécurité. Paléos se redressa pour se mettre assise de sorte à ne pas dépasser du dossier du meuble.
Elle chuchota : Que vois-tu ?
- Attends je me décale pour voir un peu mieux, le bureau gène...
- Doucement, qu'il ne nous entende pas.
- Oh ! lâcha Manon surprise par l'arrêt soudain des sirènes qui plongea la pièce dans le calme d'avant.
- Chut ! Tu vois quoi ?
- Rien, personne.
C'est impossible, la porte s'est ouverte, l'alarme... Tu as dû les louper.
- Non, rien ! cria-t-elle avec le moins de son possible.
- Laisse-moi regarder : ordonna la cheffe de section en se mettant également à plat ventre.
- Je te dis que rien n'est passé, bon sang. Chut ! C'est à cause de toi qu'ils vont nous entendre : dit Manon en laissant du regard la porte pour se tourner vers Paléos.
- Saluton !
Les deux femmes poussèrent de concert un cri d'effarement et de stupéfaction, de peur et d'incompréhension profonde à cette voix robotique qui venait de les surprendre. Elles se redressèrent aussitôt pour tomber nez à nez avec une sphère volante grise au visage articulé numériquement.

VOUS LISEZ
Le voyage vers Véga
Bilim KurguLes systèmes stellaires de la Galaxie se meurent, s'effondrent, par la guerre, le manque de matières ou l'avidité de certaines corporations. Quand il fallut abandonner son foyer pour une autre planète hypothétique, à des centaines d'années lumières...