Les deux opérateurs venaient d'actionner la séquence d'ouverture de la porte, qui dévoilerait bientôt si 115 disait vrai sur ce vaisseau venu de l'extérieur. Il a essuyait le feu des défenses de l'Infinité et les braver était quelque chose à la porté de peu de personnes. 116 ne l'avait pas vu, ni détecté sur ses instruments il y a quelques jours. Néanmoins, comme elle le disait, elle s'était faite agressée en première, avant que la communication externe ne soit réceptionnée par son homologue. Elle ne doutait pas de la parole de 115, mais elle restait septique, se demandant comment un vaisseau aurait pu rattraper ou suivre l'Infinité tout ce temps, sans être détecté.
La tentative d'assassinat avant que celui-ci n'arrive signifiait une seule chose, des agents hostiles étaient infiltrés à bord, depuis le départ vers Véga, ou bien avant de quitter l'espace connu. C'était quelque chose difficile à croire pour les deux opérateurs, la sécurité sur cette mission est par définition incommensurable, des personnes triées sur le volet, endoctriné, un personnel mécanique incorruptible, et surtout la conception de cette mission par des personnes sachant qu'elles seraient mortes avant de voir sa réalisation. Tous les risques de compromissions avaient été écartés et aucun humain ayant la chance de partir ne pariait sa place contre une quelconque faveur.Cependant, l'Infinité s'arrêta sur plusieurs planètes pour charger du matériel et des passagers avant de foncer vers sa destination finale. Il y avait eu beaucoup d'occasion au début du voyage pour une infiltration discrète parmi les centaines de navettes allant et sortant des hangars du vaisseau. Si ce n'est l'œuvre d'un agent-double, voire d'un espion qui fut engagé dans cette entreprise des dizaines d'années avant le grand départ. Ce n'était pas les menaces qui manquaient à l'époque.
Cela faisait trois jours qu'ils avaient fuis ce module, mais l'inquiétude était encore visible à voir leurs mouvements nerveux. Pourtant ils n'avaient pas rencontré une machine ou un humain en revenant vers ce sas. Que pouvait-il trouver derrière la porte ? L'assassin ? La sécurité ? Quelque chose d'autre ? Le binôme avait débattu longuement de ces éventualités, ils en virent à un consensus sur l'hypothèse la plus probable : de part les informations qu'ils détenaient, que ce vaisseau étranger était hostile et venait pour saborder notre navire, notre mission. Si c'était le cas, ils s'exposaient à de vrais dangers.
Beaucoup d'autres empires, il y a de cela 156 ans, cherchaient par tous les moyens à détruire ce projet. Le détruire, car il représentait un échappatoire pour les opprimés, hors d'atteinte des puissants d'alors. Les archives de l'Infinité précisaient que les hyperpuissances galactiques rivales, un conglomérat de pirates, méga-corporations, dictatures planétaires, régimes esclavagistes, raideurs, se partageaient la plus grande part de l'espace connu, imposant leur loi à leurs contemporains. Malgré leur puissance immense, ils se refusaient de croire leurs mondes perdues, ils se refusaient de croire au grand cataclysme qui venait. Le reconnaitre c'était pour eux, avouer qu'ils perdraient leur pouvoir, leur raison de d'être. Quand les premiers explorateurs hyper-spatiaux revirent des régions inconnus avec la certitude d'un havre de paix dans le secteur de Véga, ils ne firent rien pour initier la migration. Dans la lente agonie de la galaxie, ils se complaisaient à écraser les plus faibles, qui eux tenter de sauver leur peuple. Parmi tous ces vauriens, la TTC, méga-corporation tentaculaire qui réduisait chacun et chacune à une misérable impuissance, avait les moyens de mener une telle expédition pour saborder l'Infinité.
Quand la porte eut fini sa séquence d'ouverture, elle dévoila lentement un hall emplie de caisses et de matériels, laissés vides, ouvertes, parfois renversés, comme presque abandonné à la hâte. Au delà du bureau d'enregistrement où s'accumulait des piles de boitiers, conteneurs et autres malles métalliques de transports, la seconde partie du hall tout autant encombrée bloquait la vue sur la baie vitrée. De part celle-ci une masse de duracier se laissait apercevoir. 115 et 166 s'avançait pour mieux l'observer. A première vue, c'était un appareil d'une centaine de mètre de long, une vingtaine de diamètre, dont une petite section apparaissait au binôme. Il n'avait aucune couleur spécifique qui trahissait son affiliation. Il semblait néanmoins avoir subi des dégâts structurels sur sa coque, surement pendant son approche mouvementée. Sans aucuns hublots, on ne pouvait devenir ce qui se cachait à l'intérieur. Son sas avait été laissé ouvert par son équipage, qui devait se porter à quelques dizaines de personnes tout au plus, au vue du matériel débarqué. Ces personnes avaient vraisemblablement quitté la zone depuis au moins deux jours.- Tu avais raison, ce vaisseau est bel et bien ici. Comment est-ce possible ? s'exclama 116.
- On entre ? demanda peureux 115.
- Oui, nous serons fixés.
Les deux opérateurs pénétrèrent par le sas ouvert dans le vaisseau inconnu. Il entrèrent dans ce qui était un salle de stockage, vide. D'autres portes semblait mener aux différentes salles de l'astronef. Il prirent sur la droite, direction la proue pour accéder à la cabine de pilotage. Un long couloir abimé et presque pas éclairé donnait sur une étroite porte close. 116 demanda l'ouverture mais la porte se bloqua à mi-course, ne laissant qu'un espace étroit pour passer. De l'autre côté, le noir complet, illuminés par la lueur du couloir.
- On ne passera pas avec notre casque : dit 115 après avoir essayé.
- Bien laissons le là, de toute façon on a aucune connexion avec le réseau virtuel.
Le binôme ôta leur visière et ils purent, un à un, se glisser, non sans se tordre un peu entre les deux battants de la porte. Ils se retrouvèrent dans une pièce d'environ 15 mètres carré, possédant quatre fauteuils placées en forme de croix devant une verrière close. Les parois étaient recouvert d'instruments et d'écran éteins. Seul une console sur l'accoudoir d'un siège émettait un signal lumineux répétitif.
- C'est quoi : questionna 115.
- Appuis dessus, je crois que c'est en veille.
- Tu es sûr ? Dit-il en se retournant vers elle.
- Oui, oui fais le.
115 s'exécuta et tout d'un coup un son sortit de nul part. Une voix. La même que 115 avait entendu lors de la communication externe. C'était un journal audio :
- Ici Écho - 2.6.7. nous venons de nous amarrer à l'Infinité - l'expression de ce nom stupéfia les deux opérateurs attentifs.
- Au rapport : demanda une voix masculine.
- De gros dégâts structurelles, le vaisseau est quasi foutu, il a besoin de réparations importantes que l'on ne pourra pas effectuer ni repartir.
- Très bien, et les autres ?
- Aucunes nouvelles... Ici Echo 2.6.7, vous me recevez Echo 110, Echo 450 ? A vous.
Un grésillement se fit entendre sur la bande pendant cinq secondes. La voix féminine reprit : Je crois qu'on pourra pas les contacter, il y a peut-être un brouillage.
- D'accord, veillez à éteindre tout, on débarque. On les rejoindra à pied.
- Très bien chef.
Des pas métalliques se firent entendre avant de disparaitre. La voix reprit : C'est fou on a réussi. Pourquoi nous ? J'espère que d'autres...
fin de l'enregistrement.
115 rappuya dessus pour le réécouter. Quand le nom du vaisseau fut dit à nouveau il coupa l'enregistrement en pressant le bouton puis s'adressa à 116 : Ils connaissent le nom du vaisseau. C'est pas n'importe qui.
- Ils ont pu glaner cette information facilement, cela veut rien dire. Le nom n'est pas secret.
- Oui mais sa façon de le dire. C'était comme... comme si ce nom lui était familier.
- Je sais pas. Peut-être. Mais on pourrait...
Soudain un bruit ce fit entendre, un objet qui venait de tomber au sol. Cela venait du couloir. 115 et 116 se pressèrent de se cacher, accroupis derrière les sièges de pilotage, sans prononcer un seul mot.

VOUS LISEZ
Le voyage vers Véga
Ficțiune științifico-fantasticăLes systèmes stellaires de la Galaxie se meurent, s'effondrent, par la guerre, le manque de matières ou l'avidité de certaines corporations. Quand il fallut abandonner son foyer pour une autre planète hypothétique, à des centaines d'années lumières...