Chapitre 6.2.b - La fuite

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Les pas étaient légers mais résonnaient dans tout le module. Ils se rapprochaient de la cuisine. Tous scrutaient ardemment l'entrée laissée ouverte, se tenant rigide sur leur chaise pour certains, pour d'autres anxieusement ne gardaient pas leur jambe sans repos, quelques mains se préparaient au pire. N'osant quitter des yeux la porte, ils se jetaient furtivement un coup d'œil pour semble-t-il voir s'ils tenaient bon.

Quand soudainement elle rentra dans la pièce, 114 s'arrêta brusquement, seule, se figeant. Les trois invités mirent quelques secondes à réagir avant de reprendre leur repas, comme s'ils ne supposaient rien à la nature mécanique de l'opératrice. L'un d'eux demanda si 113 venait également.

114 s'assit à la table et répondit que l'opérateur était occupé avec des objets hostiles en approche de la section.

- Vous semblez étonné Marco, quelque chose ne va pas ? remarqua-t-elle.

- Non... non, je me demandais ce que sont ces objets ?

- Oh, eh bien, des astéroïdes, des débris qui menacent de percuter la coque.

- D'accord et vous les éliminez tous ? Pour protéger le vaisseau ?

- Oui c'est çà, nous tirons des missiles. C'est notre travail comme à 115 et 116, qui ont dû vous expliquer.

114 les regarda puis continua : d'ailleurs vous deux, pensez-vous retrouver votre secteur intact à votre retour.

- Euh...

- Eh bien, coupa 116, il a été gravement endommagé et nous attendons les réparations du personnel mécanique.

- Je pense qu'il ne devrait pas tarder, ils sont rapides. D'ailleurs, j'ai fait raccourcir la prochaine maintenance de mon module. Sait-on jamais, mieux vaut prévoir que guérir quand je vois ce qui est arrivé au votre. J'ai d'ailleurs quelques problèmes de tuyauterie, il faut que je purge le système. Cela vous est déjà arrivé ?

115 et 116 se regardaient, s'interrogeant, mais c'est Marco qui reprit la parole.

- Oui, oui, je connais c'est de la maintenance prédictive. Tu sais je suis ingénieur, nous devions faire... mon boulot c'était de fabriquer des tuyauteries. Concevoir plutôt, c'est le mot. Dans la conception il fallait prévoir l'installation, le montage et la maintenance... Quel est ton problème ?

- Étonnant cela, un ingénieur qui s'occupe du vaisseau à notre niveau. Je peux vous montrer de quoi il en ressort pendant que les deux opérateurs attendent 113, si vous le voulez bien ?

- Oui... c'est avec plaisir.

- Très bien allons y alors, je n'ai pas faim de toute façon. 115, 116, à tout à l'heure, bon repas.

113 se leva, imitée par Marco et quittèrent la pièce sous le regard circonspect de 115 et 116. L'opératrice robotique commençait à décrire son problème à Marco dans le couloir quand celui-ci l'interrompit pour lui signaler qu'il avait oublié ses lunettes. Il retourna donc dans le module sans 113. Il fit signe aux deux opérateurs et repartit voir sa guide. Les deux humains attentèrent un moment le temps de ne plus détecter un son venant de Marco et 113. Ils se levèrent, sortir de la cuisine et prirent la direction opposée.

Cela les menait à une longue coursive plongée dans la pénombre car les fenêtres donnant sur l'extérieur de la coque étaient closes. Au bout une porte close également.

- Tu penses que Marco ne risque rien ?

- Je ne sais pas, mais il nous laisse du temps. C'est certainement la sortie du module de 114 : pointa du doigt 116. S'il est fait comme nous... on devrait pouvoir continuer notre route.

Les deux opérateurs atteignirent le sas de sortie et voulu l'ouvrir.

- Verrouillée, surement par elle : dit 115 dépité.

- Il doit avoir un moyen de forcer son ouverture. On est du bon côté. Regarde 115 ! Un boitier de commande au mur.

116 s'approcha et remarqua qu'il fallait un code pour ouvrir la porte.

- Rah... un code. On peut essayer le code d'urgence de notre module.

Le système émit un son de désapprobation.

- Je pense qu'elle doit avoir le code quelque part pour s'en rappeler. Moi je l'ai noté dans mon environnement virtuel, caché dans un tiroir : expliqua 115.

- Oui mais son casque elle le porte sur la tête on ne peut pas prendre le risque de l'attaquer. 113 va arriver en plus. Tu as une autre idée ?

- Oui, le casque de secours, non ? Il me semble que le manuel de formation précisait qu'on en avait un en stock par personne et par module. Il doit être surement dans la chambre de stase. Allons voir.

Les deux opérateurs reprirent le chemin inverse, repassèrent devant la cuisine, laissée allumée, passèrent un couloir sur leur droite, puis arrivèrent devant la porte du module de stase de 114. Au fond encore, le bureau de 114, laissé ouvert. Il n'y avait aucun hublot qui donnait sur l'extérieur car leur section n'avait pas de hangar d'accostage. La porte du module de stase refusait de s'ouvrir encore une fois. 115 avait déjà eu affaire à une panne qui provoquait un refus d'ouverture de la porte. Il savait qu'il existait un système de contournement pour forcer l'ouverture. En effet aucun opérateur ne devait passer du temps non optimisé. Leur vie devait être régulée sur toute la durée du voyage. Perdre du temps était la pire des erreurs possibles. L'accès au caisson de stase était une priorité. Aucune menace interne au vaisseau ne fut envisagée, c'est pourquoi le système de contournement ne possédait pas de réelles sécurités. 115 partit donc dans le bureau à proximité, sous une console, il se mit sur le dos pour deviser un petit boitier fixé. Dedans, un système d'ouverture très rustique, à savoir, une clef. Cette dernière était insérable dans la porte et la débloquait.

Une fois à l'intérieur, les deux opérateurs s'apercevaient que la pièce était abandonnée depuis un moment, tout était recouvert de draps, de poussière et d'humidité.

115 glissa le verre de réalité augmenté sur la visière de casque et put se connecter au réseau de 114.

- Tu vois quoi ? demanda 116 impatiente, guettant au niveau du cadre de la porte si personne ne revenait.

- Euh... cela charge, cela se connecte, une petite minute : décrivait 115, tournant déjà la tête dans tous les sens pour apercevoir une note virtuelle. C'est bon ! Je vois des choses. Un message, je te le lis :

« A qui trouveras ce message, c'est l'opératrice 114 qui vous écrit.
Des hommes sont venus dans mon module et m'ont sorti de stase, une vingtaine, cherchant un moyen de rejoindre le prochain hangar. Ils portaient des uniformes de membre d'équipage. Ils m'ont expliqué qu'ils venaient de l'extérieur du vaisseau et avaient subis des tirs de missiles. Beaucoup d'entre eux sont morts. Ils ne m'ont pas expliqué pourquoi ils étaient sortis et n'ayant pas reçu de message, je ne comprenais pas pourquoi ils venaient aussi proche de la coque. Ils n'ont pas voulu répondre à mes questions, me disant qu'il fallait que je m'attende à ne plus recevoir de message de quiconque des niveaux inférieurs.
Cependant ils m'ont dit de stopper les interceptions et ont déconnecté le système hydraulique de la trappe à missile. Ces missiles ont détruit deux de leurs vaisseaux. C'est insensé d'oser croire que nous visions nos propres forces.
Je n'ai pas osé leur dire que 113 et moi avions abattu ces dernières semaines 7 autres objets hostiles. Je n'ose pas penser que c'était eux...

Ils sont partis. Je suis seule. Je n'ai plus de mission désormais. Je n'ai plus de raison d'être éveillée. Je me suis mise en stase comme 113 pour la fin du voyage.

Avant de dormir, je leur ai donné le code d'accès pour sortir, je vous le donne aussi, vous qui lisez mon message. C'est 1 7 8 9 5 5 0 A.

Ne me réveillez que si nous arrivons. Au revoir. »

Le voyage vers VégaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant