Ils n'avaient croisé personne dans les coursives sans vie de l'Infinité. Pas une machine, pas un être biologique sur les trois ponts parcourus, d'une monotonie de décor et dont les bifurcations prises par le guide mécanique étaient les seuls émancipatoires à l'ennui. Il n'y avait que le vide, la solitude et le sentiment d'avoir été lésé, abandonné aux affres du temps. Au fur et à mesure que Manon errait en compagnie de G8, celui-ci devenait de plus en plus muet. Il ne fanfaronnait plus, il grésillait plutôt des mots inintelligibles pour l'humaine. Parfois il paraissait tomber comme s'il venait de s'endormir et reprendre ses esprits avec stupeur. A ce moment précis il se ré-élevait dans les airs d'un coup de gaz sifflant.
- Tu vas bien robot ? questionna Manon.
- Je ... Me porte ... bien.
- Tu n'as pas l'air.
- Je dois rechaarrger ma pile à hydro... Elle est suuur la ... réserve. Nous devrions ... : disait G8 d'une voix lente et plus grave.
- Tu es loin d'une station ?
- Non ... A 650 mètres, nous devrions en trouver une. Nous y allons, je , je suis désooolé Humaine, nous devons nous y rendre... Cela permetraaa ... de vous reposer également.
- Nous sommes encore loin ?
- Non quelques minutes tout au plus de notre... point de passage.
- Vous ... Tu, tu ne veux toujours rien craché sur mon affectation ?
- Non Humaine. Les conditions. Ne sont pas respectées...
- C'est quoi au final çà encore ? commençait à s'énerver l'humaine.
- Atteindre. Atteindre. Affectation...
G8 se retourna dans le sens de la marche pour couper court, il n'avait plus l'énergie pour poursuivre la discussion, il économisait tout capteur, senseurs et composant superflu.
- Tu parles bizarre robot. Quoi ? Bon... tant mieux je n'aurais plus à t'écouter si tu ne souhaites plus rien dire.
Sur le chemin, l'unité mécanique manqua de se fracasser une fois de plus au sol. En rebondissant dans les airs, il faillit percuter le plafond. Il esquiva au dernier moment, maudissant la vétusté de ses capteurs sensorielles qui avaient certainement besoin d'une bonne révision. L'humaine pouffa de rire, visiblement satisfaite que cette aventure dans les méandres de l'Infinité soit aussi dure pour elle que pour cette machine.
A force, il arrivèrent devant une lourde porte qui protégeait son contenu précieux, et sonnait échos à l'humaine. C'était là que G8 devait se recharger, une autre section de stase comme les milliers que comptait le vaisseau. Mais celle-ci avait été laissée entrouverte et les deux compagnons de fortune se faufilèrent au travers et retrouvèrent l'environnement familier d'un hall d'enregistrement des plus classiques, de conception commune où chaque objet avait sa place. Une unité I7 trônait au centre et G8 se précipita non pas vers elle mais vers la borne de recharge, située dans un recoin du hall. Il laissa l'humaine plantée là sans aucune explication ou information sur la durée de sa charge. La solitude pesa encore plus fort sur elle qui se retrouvait seule, il n'y avait plus personne.
Manon chercha d'abord à manger en fouillant les bagages abandonnés, les distributeurs renversés, les déchets des poubelles et de sa récolte, dénicha qu'un maigre paquet de biscuits secs et deux sodas. Elle se posa sur une banquette et les dévora ardemment, cela faisait depuis son réveil qu'elle n'avait rien ingéré. Elle dormit ensuite quelques heures, recroquevillée sur la banquette à l'assise abimée.
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Le voyage vers Véga
FantascienzaLes systèmes stellaires de la Galaxie se meurent, s'effondrent, par la guerre, le manque de matières ou l'avidité de certaines corporations. Quand il fallut abandonner son foyer pour une autre planète hypothétique, à des centaines d'années lumières...