Chapitre 4.7.b - l'expérience sociale

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Manon et G8 étaient saufs. L'immense porte hermétique se refermait sur eux qui se reposaient de l'autre côté, à la fois sauvés et piégés dans la salle de stase le temps de la maitrise de l'incident.  L'humaine expulsait de moins en moins vite une buée fournie, allongée au sol par la fatigue et le stress de cette expérience.  Quant à l'unité mécanique, il reprenait ses esprits tout en inspectant la porte le long la jointure avec le mur,  il déclara :

- C'est bon, tout semble hermétique, nous ... nous n'avons qu'à attendre les secours. Il devrait arrivé mais ils vont d'abord nettoyer et réparer les dégâts avant de remettre l'air. Cela devrait prendre plus de temps et nous allons rester encore tout les deux ...

- çà va être long ? coupa Manon encore essoufflée.

- Euh... Eh bien humaine, comment définissez-vous long ? G8 revenait virevolter d'enthousiaste autour d'elle.

- Heure ? Jour ?  L'humaine se releva pour aller s'assoir sur la table de commande de la salle à deux pas de la porte.

- Je dirais à première vue, des heures, ou du moins cela dépendra de la disponibilité des équipes mécaniques, de leur distance entre leur position et le hall d'enregistrement, des autres priorités, incidents, réparations et maintenances en cours dans tout le vaisseau - oui il y en a plein, comme les canalisations amenant eaux et air - l'air s'est essentiel à vous autres êtres...

- Par pité stop.

- Pardon, je m'emportais, c'est l'émotion, comme vous disais... J'estime d'après mes dernières données reçues que cela devrait prendre entre 2 heures et  3 heures 30 avant que nous puissions sortir, soulagé de la salle de stase. Toutefois, l'estimation devrait s'affiner avec le temps, ce n'est pas un nombre figé il est évolutif et ...

- Je vois, j'ai encore du temps : résuma -t-elle.

- Nous devons prendre notre mal en patience comme dirait ...

- J'en ai déjà marre de toi robot. C'était mieux quand tu étais branché.

- Je suis déçu de votre manque de considération humaine.

L'humaine se remit debout et fit face à la table de commande. Elle cherchait, pour passer le temps, dans le catalogue des personnes en stase. Rien que dans cette pièce c'était des centaines de passagers endormis. Grâce aux filtres disponibles, elle rechercha des métiers, compétences comme " sécurité, médecine, secours, soldat" et une liste plus réduite apparut sur l'écran. Elle les sélectionna toutes pour les passer en revue.

- Que cherchez-vous Humaine ? demanda curieux un G8 ennuyé.

- Je regarde des profils, qui pourront m'aider.

- Vous aider ? J'ai peur de comprendre vos propos.

- Je souhaites réveiller d'autres personnes, tu peux m'aider ?

- Non, c'est impossible, nous n'avons pas le droit de réveiller des passagers avant la fin du voyage.

- Tu m'as bien réveillé toi : dit Manon d'un ton accusateur.

- Non, c'était un dysfonctionnement regrettable qui a amené à votre éveil. J'en suis encore désolé... Mais cependant, réveiller d'autres personnes c'est courir un risque de ne pas pouvoir les alimenter en nourriture, eau, oxygène et ne pas pouvoir leur trouver un quartier d'habitat adéquat et une tâche à effectuer à bord de l'Infinité.

- Une tâche inexistante tu veux dire. Tu m'as trimballer dans ton maudit vaisseau pour rien, pour rien au final ! Il se passe des choses étrange ici, et je veux savoir ce qu'il en est. Je vais réveiller des gens qui vont m'aider à éclaircir cela.

- Je ne peux rien pour vous à par regretter ce choix. Soyez certaine que je vous donnerais aucun code pour activer les caissons de stases.

- Je n'ai pas besoin de çà.

L'humaine releva le caisson d'une personne de sa liste et partit la chercher parmi toutes les rangées de stase. Elle marchait d'un pas décidé sans prêter attention à G8 qui la suivait virevoltante de colère et menaçant l'humaine des répercussions réelles que cela impliquerait.

- Il y a des règles, des lois, des codes humaine ! Vous ne pouvez les violer à votre bon grès.

Elle continuait de marcher dans la longue allée réfrigérée.  L'unité passait devant elle mais elle l'esquivait. 105, 106, 107, 108 c'était le bon. Elle se baissa pour attraper la manette d'ouverture d'urgence. G8 se mit une dernière fois en travers de sa route, il reprit : Voyez comment il est difficile de vivre à bord, souhaiteriez-vous la même chose à cette personne ? Elle doit s'imaginer le plus beau des mondes possibles à Véga, rêver de son futur, voudriez-vous lui enlever çà.

- Il n'y a pas de rêves quand on dort. Pousses-toi de là.

Elle poussa la boule métallique qui ne retenta pas de s'opposer.

- Vous regreterez cet acte. Le personnel mécanique ne pourra le laisser impuni. Vous condamnez tous ces gens humaine ! Soyez en consciente.

- De quoi tu parles ? : dit Manon la main sur la poignée d'arrêt d'urgence, tournant la tête vers l'unité.  Est-ce une menace ? Les robots ne font jamais aucun mal aux humains.

- Non c'est vrai. Mais il y a d'autres punitions possibles pour vous autres. Nous sommes loin de notre point d'arrivé et une vie humaine aussi longue qu'elle soit humaine, ne suffira pas.

- Je prends le risque. C'est de toute façon mieux que ces cercueils de glaces.

Manon tira le levier et la réveil d'urgence s'opéra. La personne endormie se réchauffait et la vitre protectrice perdait son givre de manière ruisselante.  Elle ne patienta pas le temps de la procédure, elle partait réveiller quelqu'un d'autre. Puis une autre personne, et encore une. Un autre passager malgré les objections de G8. C'était 10 personnes au total qu'elle venait d'extirper du sommeil cryogénique.


Le voyage vers VégaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant