— Et il t'a virée ? Valencia... qu'est-ce que t'as encore fabriqué ?
J'attrapai les deux verres de vin posés sur le comptoir et rejoignis ma tante sur le canapé, ce vieux canapé blanc que nous continuions de traiter comme un trésor national. Je lui tendis son verre sans un mot.
— Je me suis juste fait virer, soufflai-je, en m'installant à côté d'elle. J'étendis mes jambes et croisai les chevilles avec une fausse nonchalance.
Laureen me lança ce regard inquiet qu'elle réservait aux catastrophes domestiques et aux drames sentimentaux. Elle porta son verre à ses lèvres, but une gorgée et soupira.
Je bus une gorgée, silencieuse. Le vin avait un goût fruité, un peu trop sucré pour moi, mais je n'en fis aucune remarque. Laureen me regardait avec tendresse, un sourire un peu rêveur aux lèvres.
— Ça te ferait du bien aussi, tu sais. Londres. Un peu de fraîcheur, une ambiance différente. On reprendrait à zéro, toi et moi. Pas besoin de comptes à rendre à personne. Juste... respirer.
J'avalai de travers et posai mon verre sur la table basse.
— Justement, murmurai-je.
Elle haussa un sourcil interrogateur.
— Justement quoi ?
Je passai une main dans mes cheveux et laissai un long silence s'installer, comme si les mots allaient s'échapper d'eux-mêmes. Mais ils ne venaient pas. Alors je les arrachai d'un coup.
— J'peux pas venir à Londres, j'y ai réfléchi toute la journée.
Son sourire se fana immédiatement.
— Quoi ? Mais... tu l'as proposé toi-même. Je croyais que...
— Je sais. Je l'ai dit comme ça, pour plaisanter, ou pour m'en convaincre, je ne sais pas. J'aurais adoré, vraiment. Avec toi, recommencer ailleurs, tu n'imagines pas comme ça me tente. Mais je peux pas. Pas maintenant.
Elle posa son verre à son tour.
— Tu ne peux pas, ou tu ne veux pas ?
Je la regardai, le cœur un peu lourd de culpabilité.
— Je ne veux pas.
Elle hocha lentement la tête, le visage grave.
— Pourquoi, Valencia ? Pourquoi pas ?
Je pris une grande inspiration.
— Parce que j'ai besoin de faire mes trucs. À moi. Pas ceux qu'on m'impose, pas ceux qui m'attendent à Londres ou ailleurs. Les miens. Et ce n'est pas à Londres que je vais les trouver. Tu le sais. Tu es comme moi : dès qu'on t'enferme dans une case, tu as juste envie de la faire exploser.
Elle sourit doucement, les yeux un peu brillants.
— Et tu as l'impression que je t'enfermerais dans une case ?
— Pas toi, non. Mais... si je pars avec toi, je ne vais pas avoir le courage de me débrouiller seule. Je vais me reposer sur toi, je vais me laisser porter, et ce sera confortable, trop confortable. Et puis... ça fera encore une fuite. Et j'en ai marre de fuir.
Elle me regardait en silence. Son visage n'exprimait rien de précis, mais je la connaissais assez pour savoir qu'elle analysait chaque mot, chaque soupir.
— Tu es sûre de toi ?
— Non, tranchai-je sans hésiter. Mais j'ai plus envie d'attendre d'être sûre.
Mon téléphone vibra sur la table basse. Une fois. Deux fois. Puis il se mit à sonner. Je le fixai sans le prendre.
— C'est encore eux ? demanda doucement Laureen.
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Willing To Lose
RomantizmUne alliance stratégique. Un faux couple. Deux héritiers sous les projecteurs. Valencia Fox n'a rien d'une fille modèle. Elle a grandi dans l'ombre d'un nom trop lourd à porter : celui de Paul Fox, son père. Quand Carlos Lux, héritier charismatique...
