Chapitre 5

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— On t'a laissé en paix parce que tu ne disais rien mais maintenant tu l'ouvres un peu trop à mon goût. Quelque chose à dire ?

Il retire sa main de ma bouche pour la poser, froide et lourde, sur ma gorge, m'empêchant de m'agiter. L'air revient en râles saccadés dans mes poumons, mais chaque inspiration semble une victoire trop coûteuse.

— Rafe... s'il te plaît...

Sa mâchoire se contracte, les yeux durs comme une lame.

— Je lui avais dit qu'on devait se débarrasser des Pogues. Malheureusement, tu seras la première.

Mon visage se tord ; la terreur et l'incompréhension se heurtent entre elles.

— Rafe attend... Tu ne peux pas faire sa...

Il ricane, comme on savoure une plaisanterie privée.

— Oh si que je peux. Mais dis-moi plutôt, pourquoi tu souriais autant, hein ? Ils sont morts à cause de toi, non ?

Le mot « morts » tombe comme un pavé. Mon estomac se noue, un froid me traverse la colonne vertébrale.

— Ferme-la, grognai-je, les dents serrées.

Il sourit, lentement, comme si ce son me faisait un cadeau.

— C'est toi qui va la fermer et une bonne fois pour toute. Dit adieu Aïkida, ta vie va s'envoler parce que tu ne sais pas fermer t'a grande gueule.

Un frisson violent me parcourt de la nuque aux talons. Mes doigts cherchent un appui, une prise, quelque chose à quoi m'accrocher. La main sur ma gorge ne lâche pas : il appuie juste assez pour m'enfoncer dans l'impuissance.

— Aller dit un dernier mot.

La colère remplace la peur, brûlante et brutale. Je n'ai rien d'autre sous la main que mon corps, mon instinct.

— Fils de pute.

Sa réaction est instantanée : un sourire carnassier.

— Ça en fait trois ma jolie.

Sans prévenir, sa paume se rabat sur ma bouche. L'air me manque. Le monde se réduit à un pouls qui tambourine à mes tempes et à le goût métallique du stress dans ma gorge. Je me débats, muscles tendus, mais il me maintient trop bien, chaque mouvement retourné contre moi.

La peur devient action : mes dents trouvent sa main. J'y plante toute ma rage, crispant la mâchoire, mordant jusqu'à sentir la résistance de la peau se déchirer. Il grogne, un son entre surprise et douleur, mais sa prise ne cède pas.

Un goût salé envahit ma bouche. Le sang chaud me réveille encore plus. Je donne un coup d'épaule, roulais sur le côté du mieux que je peux dans ce petit espace, cherchant l'angle qui lui ferait lâcher prise. Mes ongles griffent, je gratte, je pianote sur ses doigts pour trouver une faiblesse.

Il serre les dents, crache une insulte, mais pour la première fois depuis qu'il est là, je sens un flottement : un léger recul, un jeu d'équilibre qu'il doit reprendre. C'est mince, c'est dangereux, mais c'est une porte.

Mon cœur tambourine un plan sans structure : fuir vers la lumière, m'échapper, hurler. Mes jambes se replient, je donne un coup de talon sur une planche pour la déloger, tout ce qui peut créer du bruit, du mouvement, de l'attention. Chaque seconde compte, chaque souffle volé est une revanche.

— Aller laisse toi faire... J'ai pas le choix Kida... Tu vas me mettre des bâtons dans les roues... Craque-t-il soudainement.

Je gratte sa main, je donne tout ce que j'ai pour qu'il me lâche, mais rien n'y fait : il est trop fort. Il attrape mes deux poignets de sa grande main et, de l'autre, replie son geste pour m'obstruer le nez et la bouche. On bascule ; à force de gigoter, on finit roulés sur le sol du cabanon, ses jambes barrées entre les miennes, mon dos plaqué contre son torse. L'air devient rare, chaque inspiration un piège.

Outer Banks - Tome 2Des histoires addictives. Découvrez maintenant