Kida traverse une période sombre, écrasée par la douleur d'avoir perdu deux amis précieux. Seule par choix, rongée par la culpabilité, elle porte un fardeau qu'elle pense mériter.
Mais lorsqu'elle découvre qu'ils sont toujours en vie, un nouvel espo...
— Je peux me presser, ajoute le garagiste en haussant les épaules, mais ça coûtera plus cher.
Je vois JJ lever les yeux au ciel avant de lâcher un soupir bruyant. Il s'éloigne, rejoint Kiara un peu plus loin, sans doute pour râler dans son coin. Moi, je reste là, plantée devant le garagiste et Pope. Même si je les garde du coin de l'œil, je préfère surveiller la discussion. JJ et Kiara s'amusent à faire des signes, puis je les vois chuchoter. JJ me désigne du doigt avec un petit sourire en coin, et Kiara tourne la tête vers nous avec ce regard malicieux qui veut tout dire. Je soupire intérieurement, à croire qu'ils croient que je vais m'énerver à chaque fois qu'ils respirent.
Je détourne le regard, décidant de me concentrer sur la conversation qui se joue devant moi. Le garagiste parle vite, enchaîne des termes mécaniques incompréhensibles, pendant que Pope hoche la tête sans comprendre la moitié. Quand il commence à se diriger vers l'intérieur du garage, je lui pose une main sur le torse pour le retenir.
— Non. Laisse-moi faire.
Il hésite, puis s'écarte légèrement. Je passe devant lui et suis le garagiste jusqu'au comptoir, dans un bureau qui sent la graisse et le café froid. Les trois autres Pogues finissent par nous rejoindre, visiblement curieux ou juste pour vérifier que je ne tue personne.
Le garagiste tape frénétiquement sur son clavier, imprime la facture et la fait glisser vers nous. Pope la saisit et son visage se décompose.
— Cinq cent dix dollars ? Sérieusement ?
— Eh ouais, répond le type sans broncher. Y a du boulot, et puis faut compter le déplacement, la main-d'œuvre, les pièces...
Pope se tourne vers moi, visiblement gêné.
— Tu es sûre que ça ne te dérange pas ?
Je croise les bras et lui rends un regard calme.
— Si ça me dérangeait, crois-moi, je me serais déjà tue.
Il reste un instant sans rien dire, puis baisse les yeux pendant que je sors ma carte bleue. Le lecteur bippe, le ticket s'imprime. Je récupère ma carte, remercie le garagiste d'un sourire qui n'a rien de sincère, puis ressors dans la chaleur étouffante. À peine dehors, Pope se met à me remercier au moins dix fois.
— Sérieusement, Kida, je te jure, je te rembourse dès que je peux.
— C'est bon, Pope, souffle-je en roulant des yeux. C'est pas la fin du monde.
— Non mais vraiment, je te jure—
— Pope.
Il s'arrête, surpris.
— Respire. Et arrête de t'excuser. C'est pas un crime d'avoir une bagnole en fin de vie.
JJ éclate de rire derrière nous.
— Ouais, enfin, cinq cent dix dollars, pour une soupape, c'est presque un meurtre.
Kiara lui donne un coup de coude et me lance un regard complice.
— Au moins, on repartira pas à pied, dit-elle.
Je souris malgré moi.
— Ouais. Et avec un radiateur tout neuf, s'il vous plaît.
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