Assise, les bras croisés, la tête posée sur mes avant-bras, j'entends à quelques mètres Pope hacher l'arbre avec force, tandis que JJ utilise son chalumeau, faisant rougir son matériel dans un crépitement métallique qui résonne dans le silence. Chaque bruit, chaque éclat de métal me semble insupportablement concret, comme si le monde continuait autour de moi alors que je me sens suspendue dans le temps.
Quand enfin ils terminent, Kiara approche doucement et pose une main sur mon épaule. Un simple geste, mais suffisant pour me donner la force de me lever. Je m'avance vers eux, et je les trouve près de l'arbre. JJ vient de terminer de brûler le « E » de « Pogue » sur le tronc, et il recule légèrement pour se placer à mes côtés. Ses yeux rencontrent les miens, et dans ce silence, je sens un mélange de tristesse et de complicité.
Il prend délicatement la fiole que je tiens encore et la lève en l'air.
— À John B, dit-il d'une voix grave, presque chuchotée.
— Et à Sarah, ajoute Kiara en resserrant doucement sa prise sur ma main.
JJ porte le goulot à ses lèvres et boit quelques gorgées. Pope suit avec sa canette. Je sens mon cœur se serrer alors que je bois à mon tour, le goût âcre de l'alcool me rappelant l'amertume de cette absence.
Nous restons un moment devant l'arbre, silencieux, comme si chaque respiration était une offrande à leur mémoire. Puis nous nous dirigeons vers le trou creusé juste en dessous, où repose une boîte. Kiara dépose délicatement une fleur blanche, symbole fragile de ce que nous n'avons plus. Moi, je me contente d'un baiser soufflé de la main, un geste qui semble dérisoire face à l'immensité du vide. Ensemble, nous recouvrons la boîte de terre, et une larme solitaire s'échappe, roulant le long de ma joue. Je l'essuie rapidement du dos de ma main, refusant que quiconque voie ma faiblesse.
Une fois le trou rebouché, personne n'ose parler. Le silence est lourd, presque oppressant. Je me redresse lentement et me dirige vers le porche du château. La cuisine ou je frotte mes mains sous l'eau froide, essayant de retirer la terre, mais surtout, de chasser cette culpabilité qui me ronge.
John B est-ce de ma faute ?
Je frotte encore et encore, mais la terre ne part pas. Elle s'incruste dans ma peau, comme si elle voulait rester avec moi pour me rappeler mon impuissance. Et la culpabilité... elle reste là, collée, pesante, impossible à déloger.
Est-ce que j'aurais du vous dire de revenir ?
— Kida ? Kida... C'est bon... Tu vas t'abîmer les mains.
Je relève la tête, sortant enfin de ma torpeur, et mes yeux croisent ceux de Kiara. Son regard, doux et inquiet, me transperce. Elle a cette expression de chien battu, comme si elle souffrait de me voir souffrir autant. Elle tend la main vers mon visage, pour essuyer mes larmes.
Fait chier... je chiale encore.
Je recule instinctivement, refusant son geste, et prends une profonde inspiration avant d'essuyer moi-même mes joues, en silence. Je déteste cette fragilité qui me submerge.
— Je... je dois y aller... dis-je d'une voix tremblante, mais décidée.
— Aïkida... tu sais que tu peux compter sur nous, pas vrai ? Nous traversons la même période...
À peu de choses près, oui. Mais ce n'est pas pareil. La douleur de Kiara, aussi grande soit-elle, ne peut pas remplir le vide que je ressens. Je secoue légèrement la tête, incapable de trouver les mots pour lui expliquer cette absence.
— Excuse-moi Kie, je dois aller à l'enterrement de Peterkin.
Sans attendre de réponse, je lui passe doucement devant et sors de la maison. L'air frais me frappe le visage, mais il ne parvient pas à calmer le tourbillon de pensées qui m'assaille. Je traverse le jardin, le cœur lourd, chaque pas me rapprochant de ce qui me terrifie et m'attriste à la fois.
VOUS LISEZ
Outer Banks - Tome 2
FanficKida traverse une période sombre, écrasée par la douleur d'avoir perdu deux amis précieux. Seule par choix, rongée par la culpabilité, elle porte un fardeau qu'elle pense mériter. Mais lorsqu'elle découvre qu'ils sont toujours en vie, un nouvel espo...
