— Dites‑moi si ça fait mal, dit Sarah d'une voix douce en tamponnant la plaie d'Heyward avec délicatesse.
— C'est parfait. Merci ma belle, merci.
Autour de nous, l'air sent encore le sel et la bière tiède ; le quai grince sous nos pas. Pope, le visage fermé, attrape la main de son père et le fixe comme si chaque seconde pouvait déclencher une nouvelle crise.
— Raconte‑moi tout, ordonne‑t‑il, la tension dans la voix.
Le père de Pope prend une respiration rauque, comme s'il rembobinait la scène en lui‑même.
— J'aurais dû faire attention... Il est entré juste au moment où je fermais. Il m'a surpris, m'a plaqué au sol, posé le genou sur la poitrine et m'a arraché la question : « Où est la clé du dessin ? » Je n'ai rien dit, je te jure. Rien.
Je suis assise à côté des filles et, sans que je comprenne vraiment pourquoi, mon genou se met à trembler. J'ai l'impression que mon cœur bat dans ma gorge.
— Alors ? Tu l'as trouvée ? insiste Kiara, l'air affolé.
L'intello ne répond pas tout de suite. Il sort lentement quelque chose de sa poche arrière et le pose sur la main de son père : une petite clé rouillée, toute simple.
— Oui, dans l'ancien appartement de Mémère, comme tu avais dit.
— Tu aurais dû me la filer tout de suite, grogne Hayward entre ses dents. Ça m'aurait évité d'être tabassé. Et puis... elle n'a aucune valeur, pourquoi ils la veulent tant ?
Je lève la tête et j'aperçois JJ adossé à la balustrade en bois, la casquette entre les mains, le regard perdu dans l'horizon.
— J'en sais rien, répond‑il enfin. D'abord la lettre qui nous envoie à Charleston, puis cette femme riche qui réclame une clé que personne ici ne connaissait... C'est tordu.
— Tout ça n'a aucun sens, renchérit Kiara en frappant dans ses mains par nervosité.
La voix du père de Pope fend le bruit du quai, posée et grave :
— Arrêtez de vous lamenter. Réglez‑le. Faites quelque chose.
Le ton ferme fait taire les murmures. Pope ouvre la bouche, prêt à répliquer, mais son père continue, plus autoritaire :
— Je ne t'ai pas élevé pour te défiler au moindre problème. Le coupe son père. Et tu sais quoi ? Je n'avais pas voulu me mêler de vos problème avant, je l'admets. Mais maintenant ? Montre-t-il sa blessure, ça me concerne aussi. Ils ont dit pourquoi ils la veulent ?
Il expose sa plaie comme pour signifier qu'il a pris parti. Ce geste simple et direct m'adoucit le ventre : enfin quelqu'un de responsable dans le bordel. Quelqu'un qui ne se contentera pas de parler. Quelqu'un qui va agir.
Un petit sourire traverse mes lèvres malgré tout : si au moins un adulte tient la barre, nos chances de ne pas crever bêtement augmentent.
— C'est un truc sur une vieille croix. Je pense que c'est un trésor perdu.
— Tu sais à qui tu devrais parler ? Ton arrière-grand-mère, Mémère.
— Tu es sûr ?
— Vas-y fiston, maintenant !
Je jette un coup d'œil aux Pogues pour voir s'ils bougent, mais tout le monde reste silencieux. Pope finit par se redresser, faisant quelques pas dans le sens opposé à nous, comme s'il voulait réfléchir à voix haute. Finalement, nous grimpons tous dans le van, et très vite, nous roulons pendant plusieurs minutes sans que personne ne dise un mot.
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Outer Banks - Tome 2
FanfictionKida traverse une période sombre, écrasée par la douleur d'avoir perdu deux amis précieux. Seule par choix, rongée par la culpabilité, elle porte un fardeau qu'elle pense mériter. Mais lorsqu'elle découvre qu'ils sont toujours en vie, un nouvel espo...
