Chapitre 10

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Je dévore ma assiette sans vraiment regarder, perdue dans mes pensées, quand une silhouette se plante sans bruit derrière moi : ma mère.

— Aïkida, à midi les Kolmer viennent manger, dit-elle, la voix calme mais précise.

Je relève la tête, surprise. 

— Je ne pourrai pas être là, réponds-je à l'aveugle, cherchant une bonne excuse.

Elle fronce les sourcils puis s'installe en face de moi, comme pour m'empêcher de fuir. 

— Et tu seras où, jeune fille ? demande-t-elle, l'œil perçant.

Je prends une seconde pour gagner du temps, mâchonnant une céréale. 

— À onze heures je dois y aller, je mens rapidement.

— Aller où ? s'agace-t-elle, une ride au coin du front.

— Je vais sauver des tortues, dis-je avec l'aplomb d'un agent de la SPA improvisé.

Elle ouvre légèrement la bouche, prête à répliquer, mais se ravise puis dit :

— Je n'ai pas vue d'affiche sur ça.

— Tu ne vois rien en ce qui concerne autre chose que toi maman.

Sa mâchoire se contracte, puis, contre toute attente, elle soupire et s'adoucit. 

— Tu as donc une heure pour sauver tes tortues.

Je cligne des yeux, incrédule.

— Tu me laisses vraiment sortir sans rien dire ? m'entends-je demander.

Elle croise les bras, l'air sévère mais étrangement protecteur.

— Bien que tu sois une petite impertinente, depuis que le tueur qui était ton ami est mort, je te sens sombrer et donc si tu peux faire quelque chose que tu aimes et qui peut te remonter le moral je ne vois pas pourquoi je ne te laisserais pas y aller.

Je la fixe, incapable de dissimuler ma stupeur. Qu'est-ce qu'ils ont fait de ma mère ? Où est passée la meute qui s'énervait à la moindre bêtise il y a trois ans ? Je repense à la femme qui m'aurait appelé pour me tirer les oreilles, pas à celle qui me donne carte blanche. Dans un coin de ma tête, une alarme sonne : prudence.

— Ne me regarde pas comme ça sinon je peux toujours changer d'avis, ajoute-t-elle, plus douce mais ferme.

— Ben... euh... alors... merci ? bredouille-je, prise entre soulagement et culpabilité.

La culpabilité me serre la poitrine. Je vais mentir, encore une fois. Mais c'est pour une bonne cause, me répète-je : je ne sauve peut-être pas des tortues, mais je peux peut-être sauver John B. Après tout, John B, c'est un peu comme une tortue sans défense, non ? fragile, coincé, facile à écraser si on ne bouge pas.

— Tu as vu l'heure ?

— Non, pourquoi ?

— Il est dix heures quarante-six.

Mon cœur rate un battement.

— Merde !

Je bondis de ma chaise, renversant presque mon bol de céréales. Le lait éclabousse la table mais je n'ai pas le temps de nettoyer. J'attrape mon sac d'une main, mon téléphone de l'autre, et je commence à tout ranger à la va-vite. Ma mère me lance un regard en coin depuis le salon, l'air de dire "je savais bien que tes tortues avaient un timing louche". Enfilant mes baskets à la hâte, je manque de tomber en sautant la dernière marche, puis je sors en claquant la porte.

Outer Banks - Tome 2Des histoires addictives. Découvrez maintenant