Levi fixait les toiles abandonnées sur le petit bureau de la chambre de Naho, incapable de détourner le regard, ou même de se lever du lit qu'ils avaient quitté il y a de cela plusieurs longues minutes. Le brun s'y était assis, sans prendre le temps de replacer les draps correctement et rigoureusement, comme il avait l'habitude de l'apprendre à ses cadets. Il n'avait pas le cœur à mettre de l'ordre et de la discipline alors que tout le contraire se déroulait dans sa tête. Les couleurs que la brunette avait appliqué sur le lin lui paraissaient résolument plus ternes que tout à l'heure. Était-ce parce qu'elles étaient tournesols, et que Naho était un soleil ? Sa présence illuminait la chambre d'une douce aura. Levi s'en rendait compte, maintenant qu'elle n'était plus là.
Il ne savait plus quoi faire. Le Caporal se sentait d'ores et déjà paralysé par l'absence, par la violente blessure d'abandon que le départ de sa belle avait ranimé en lui. Levi était comme un corps inerte, le même qu'il était le jour où sa mère s'était éteinte. Immobile, silencieux. Une autre petite mort, comme il en avait déjà connues plein. Mais celle-ci résonnait différemment. Elle tapait plus fort, faisait peut-être même un peu plus mal. Naho n'était plus là. Naho n'était plus là, et il ne pourrait pas aller la chercher cette fois-ci, car il l'avait poussée à partir. Le jeune homme en vint à se demander d'où lui venait cette manie de constamment détruire ce qui se présentait à lui, et ce sans une once de considération pour lui-même.
Chaque jour, et chaque nouvelle épreuve lui rappelait qu'il ne méritait pas d'être heureux. Lui, ce gosse des Bas-Fonds repêché un peu par hasard parce qu'il savait se défendre. Ce gosse qui avait vu la surface, le ciel et son soleil pour la première fois à ses vingt ans passés. Ce gosse qui n'avait pas de père, et dont la mère l'avait quitté. Ce gosse effrayé à l'idée de s'engager sur une route semblable, à l'idée d'être l'Homme qui laisserait mourir une femme, à l'idée de devenir plus tard ce père qu'on ne connaissait pas. Ce gosse qui avait laissé mourir plus jeune que lui, qui avait éventré des familles entières au nom d'un idéal et de sa sainte Nation. Ce gosse qui avait laissé partir la femme qu'il aimait. Il ne valait pas mieux que son oncle, encore moins que son père.
Levi était un incapable. C'était l'insulte qui lui tournait en rond devant les yeux, tandis qu'il luttait pour éviter de mettre un coup de pied dans le mur. Malgré sa force et sa colère, l'édifice resterait intact, et sa douleur minime comparée à celle qu'il aimerait pouvoir soulager au creux de sa poitrine. Il était incapable car il n'avait pas su faire. Naho. Il n'avait pas su employer les mots qu'il avait préparé toute la nuit. Il n'avait pas su la retenir, l'attraper par la main alors qu'elle se retournait pour partir. Même ses étreintes étaient maladroites. L'heure était à présent aux regrets, ceux qu'il éprouvait en songeant qu'il y avait encore tant de choses qu'il aurait voulu lui confier avant qu'elle ne parte. Pourquoi était-ce si compliqué, lorsque la brune entrait dans l'équation ?
Sans qu'il ne s'en rende compte, les poings qu'il serrait l'un contre l'autre portaient les marques des ongles qu'il plantait dans sa peau. Son auto-mutilation était vaine, et ne ferait pas revenir le temps en arrière. En prenant conscience de l'état psychologique dans lequel il était en train de glisser, Levi fut pris d'une panique étrange. Cette-dernière prit possession de son corps, et ce fut comme si son âme le quittait pendant un instant, pour observer la scène. Il se vit se lever, se diriger vers le mur avec fureur, mur contre lequel il fracassa son poing. Une fois, deux fois, plusieurs fois. Ses coups voulaient dire tant de choses. Ce n'était pas un mur qu'il frappait. C'était ce type, là-haut, qui s'occupait d'écrire les destins. C'était aussi tous ceux qui avaient séjourné au côté de sa mère, pour une nuit ou moins. C'était son père, qu'il rêvait de retrouver, juste pour pouvoir lui crever les yeux de ses propres lames. C'était aussi Kenny, Isabel, Furlan, qui l'avaient abandonné. Son impuissance le rendrait malade. Il ne contrôlait pas les autres, ni leurs vies. Levi avait le sentiment que son existence ne pouvait concorder avec aucune autre, et cette pensée là lui donnait l'envie de frapper encore plus fort. Si seulement Naho était là, elle l'aurait empêché de s'ouvrir les mains. Mais le sang coulait, et c'était toutes ces larmes qu'il avait refoulées. Celles qu'il cachait en lui. Il préférait souffrir, car il ne savait plus comment pleurer. Il n'avait même jamais appris. Les hommes ne pleurent pas. Il fallait qu'il se reprenne. Au bout du cinquième coup, la douleur qui s'éveilla fut plus puissante que celle qu'il tentait d'évacuer.
VOUS LISEZ
Reviens-moi [Levi Ackerman x OC] [Double Jeu TOME 2]
Fanfiction« Levi...ça fait combien de temps que tu n'as pas dormi ? » [...] « Je ne peux pas dormir...Tu es partout. » /// Après avoir réussi à dissimuler sa véritable identité et s'être fait une place au cœur du QG du Bataillon d'Exploration, Naho voit son...
![Reviens-moi [Levi Ackerman x OC] [Double Jeu TOME 2]](https://img.wattpad.com/cover/284470924-64-k86231.jpg)