15. Tatou

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Il fallut une petite semaine au pasteur pour réunir toutes les informations dont il avait besoin pour que Sal puisse invoquer Brandon en toute sécurité. Ils avaient dû réfléchir au meilleur endroit pour le faire avant que Lucas ne propose une solution : tracer le pentacle sur un tapis facile à déplacer. C'est ainsi qu'ils s'étaient retrouvés tous les trois dans la pièce vide et poussiéreuse du presbytère pour tenter le coup. Sal s'était attendu à devoir convaincre Armando d'accepter la présence de Lucas mais le pasteur avait paru s'y attendre et s'était contenté de les inviter tous les deux à l'étage.

À présent que le moment était enfin arrivé, Sal avait le cœur qui battait à tout rompre alors qu'il dessinait très soigneusement le cercle modifié par Armando. Il plaça ensuite les bougies, les alluma, et déposa le sceau au milieu. D'une main tremblante, il craqua une nouvelle allumette et, en espérant très fort ne pas foutre le feu à tout le bâtiment, il la fit tomber au milieu du cercle, sur le sceau de Brandon.

Comme au crématorium, l'allumette flamboya dans un crépitement et les bougies brûlèrent subitement très droit. Mais cette fois, pas de claquement de porte ou de bruit terrible, la flamme de l'allumette se mit seulement à grandir, encore et encore, jusqu'à dessiner une silhouette qui se précisa peu à peu. À peine conscient de la présence du pasteur et du hoquet de stupeur de Lucas, Sal riva ses yeux dessus et frissonna lorsque les flammes disparurent, comme des ailes que l'on replie. Un bref instant, Brandon croisa son regard et lui adressa un clin d'œil rougeoyant de braises, puis sa peau perdit son aspect volcanique et il prit l'apparence de ce garçon noir aux yeux doux que Sal trouvait absolument craquant.

— Bah ça alors, murmura Lucas.

— Hum... bonjour ? tenta Brandon.

Sans hésiter, Sal franchit le cercle pour lui tendre la main, soulagé de sentir des doigts bien solides et chauds se mêler aux siens.

— Bonjour, souffla-t-il en retour. J'espère que je ne t'ai pas enlevé, cette fois.

— Non, non, je ne faisais rien d'aussi intéressant que ça. À vrai dire, hum... je t'attendais un peu. Je commençais à craindre que tu ne m'appellerais jamais.

— Je suis désolé, je ne savais juste pas comment le faire correctement. J'ai dû demander un peu d'aide... Je te présente Lucas, continua-t-il en le désignant, et le pasteur Armando qui m'a expliqué comment faire.

Il avait un peu craint que Brandon ne s'effraie de ce dernier mais le démon ouvrit des yeux ronds, comme s'il se trouvait face à une célébrité. Puis il fit quelque chose de complètement imprévu : la main sur le cœur, il inclina la tête.

— Padre Armando, c'est un honneur.

— Sois le bienvenu, Brandon. Sal était impatient de te revoir.

Rougissant jusqu'aux oreilles, ce dernier soutint bravement le regard de Brandon, même si son petit sourire lui renversa le cœur, et plus encore le baiser qu'il déposa sur sa joue. Puis le démon se tourna vers Lucas et lui tendit la main sans hésiter.

— Sal m'a parlé de toi, l'autre soir. Je suis heureux de faire ta connaissance.

— Pareil, répondit Lucas en lui serrant la main. J'étais même très impatient de te rencontrer.

À son expression, Sal eut soudain l'impression que son ami risquait de lui faire le coup du « je-m'assure-que-tu-mérites-de-sortir-avec-mon-pote » et il dut étouffer un petit rire. Il se sentait mieux que jamais d'un seul coup, ce qui s'améliora encore lorsque le pasteur prit le temps de leur expliquer qu'ils pourraient reconduire l'invocation quand ils voulaient sans aide.

— Et maintenant, conclut Armando, filez de chez moi ! Vous avez sûrement mieux à faire que traîner ici, et j'ai du travail.

En un rien de temps, ils soufflèrent et rangèrent les bougies, puis le tapis, et se hâtèrent de quitter le presbytère. Sal devinait que Lucas mourait d'impatience de les interroger, alors il n'hésita pas à les entraîner directement chez lui pour y être au calme. Une fois dans la tranquillité de sa chambre, Lucas put laisser libre cours à sa curiosité, ce qui dériva très vite en une sorte de jeu de questions-réponses.

Assis contre son lit, appuyé sur Brandon, Sal avait mal aux joues à force de sourire, simplement heureux d'être avec des gens qu'il appréciait et à qui il faisait confiance. Lucas et Brandon s'entendaient bien, et le démon se révélait encore plus craquant que dans son souvenir, beau comme un jour et d'une adorable gentillesse.

— Tu devrais lui demander son vrai nom, se moqua Lucas. Il sera ra-vi de te répondre.

— Parce que Sal est un diminutif ?

Face au regard de braise que Brandon posait sur lui, Sal fut incapable de lui refuser ça, même s'il marmonna sa réponse du bout des lèvres.

— Mon nom complet est Absalom. Mais je le déteste. Il est trop... vieux.

— Je l'aime bien, contra Brandon. Même si je préfère Sal.

Et petit à petit, avec ce charme inconscient et cette douceur inhabituelle, il parvint à les faire parler tous les deux. Au fur et à mesure, Sal se lova un peu plus contre lui, alors qu'il évoquait avec Lucas leurs ennuis de l'année précédente et tout le mal que Rory leur avait fait sans qu'ils s'en rendent compte. Comment il avait profité de leur naïveté pour les entraîner dans des combines sans cesse plus dangereuses, alors que Sal se pensait fou amoureux de lui et que Lucas était son ami.

— C'est Sal qui a été le plus courageux de nous deux, affirma ce dernier. Il a été le premier à comprendre à quel point ce mec était dangereux et à nous arracher tous les deux à son emprise.

Un peu rougissant, Sal évita son regard en évitant de préciser qu'à la suite de ça, il avait développé des sentiments aussi forts qu'éphémères pour Lucas, qui avait partagé son infortune, jusqu'à se rendre compte qu'ils faisaient de bien meilleurs amis qu'un couple. Il n'aimait pas parler de Rory, parce qu'il se sentait toujours sali par ce qu'il avait ressenti pour lui, mais cette fois il y avait la chaleur de Brandon contre lui, et son bras autour de ses épaules, et c'était vraiment réconfortant.

— Je peux voir à quel point il vous a fait du mal rien qu'en vous regardant, remarqua le démon avec une grimace. Lucas est raide comme un piquet alors que Sal se referme sur lui-même comme... comme un tatou dans sa carapace.

— Nous avons eu de la chance de nous en tirer, confirma Lucas. Et à présent tu es là, et si tu veux bien rester un peu dans les parages, je suis prêt à parier que tu seras vraiment bénéfique à Sal. N'est-ce pas ?

Écarlate, ce dernier ne put que hocher la tête alors que Brandon laissait échapper un petit souffle amusé en l'embrassant sur la joue.

— Je serai vraiment heureux de pouvoir rester un peu.

Une Nuit d'EnferDes histoires addictives. Découvrez maintenant