Révocation

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Le temps que le pasteur et ses compagnons arrivent, ils s'étaient tous installés sur les matelas ou les lits, à essayer de comprendre qui avait pu invoquer Charly et pourquoi. Les cauchemars étaient toujours prisonniers de la couverture, mais ils s'étaient rapprochés du croquemitaine qui les caressait distraitement à travers le tissu, comme on le ferait d'un chat. Et ils n'étaient pas plus avancés, ni les uns, ni les autres. Jayden et Zeke bâillaient de plus en plus, clairement épuisés, alors que la nervosité de Charly était palpable.

— Tu n'as vraiment rien à craindre du pasteur, lui promit Brandon. Il va simplement te ramener chez toi avec tes cauchemars.

— Ça n'est pas... douloureux, un exorcisme ?

— Déjà, ça dépend. Et ensuite... ce n'est pas ce qui t'attend, parce que tu n'es pas en train de posséder quelqu'un.

Avant qu'il puisse développer, un bref coup donné contre la fenêtre fit sursauter tout le monde. Sal fut le premier à se lever pour aller voir, hésitant clairement à ouvrir le volet, puis son téléphone sonna, annonçant l'arrivée d'un message. L'air soudain plus détendu, il ouvrit la fenêtre pour révéler le pasteur et son assistant.

— Nous ne voulions pas réveiller tout le quartier, expliqua celui-ci. Bonsoir les garçons, et bonsoir à toi là-bas.

Le sourire qu'il adressait à Charly était agréable et rassurant, sans la moindre trace de désapprobation, et Brandon sourit de voir un sourire éclairer son visage en réponse.

— Quelqu'un a invoqué Charly avec deux cauchemars pour effrayer des ados du coin, expliqua Sal.

— Mais je ne veux pas faire ça, et je ne sais même pas si je pourrais en être capable de toute façon, précisa leur hôte. Je veux seulement... rentrer chez moi.

— Ce sera fait en un rien de temps, assura Rodrigue. Les cauchemars vont t'accompagner par contre, ils n'ont pas leur place ici.

— Je m'en occuperai, promit Charly. Je vous présente toutes mes excuses pour avoir dérangé votre nuit.

— C'est notre travail, répondit gentiment Armando. Nous sommes là pour veiller à ce que les invocations se passent le mieux possible et éviter les abus. L'un d'entre nous est toujours disponible pour parer à une urgence.

— Même si nous aurions été un chouïa embêtés si vous aviez appelé il y a deux heures, ajouta Rodrigue avec malice. Là nous étions occupés, tous les trois.

Son sourire ainsi que le coup de coude qu'il reçut de la part de son compagnon assurèrent à Brandon qu'il avait correctement interprété le ton gouailleur de sa voix, juste assez subtil pour que les plus jeunes passent à côté, et il reçut un clin d'oeil de Rodrigue qui le fit ricaner silencieusement.

— Tu vas pouvoir rentrer chez toi, reprit Armando en regardant Charly. Je te promets que ce ne sera pas douloureux, seulement un peu bizarre mais c'est normal si tu n'as pas l'habitude de venir sur ce plan.

— Comment allez-vous faire ? interrogea timidement Jayden.

— En ouvrant simplement un portail à l'aide du miroir de l'armoire. Il me suffira ensuite de le refermer et le tour sera joué, il n'y aura aucun résidu dans la chambre, la porte aura entièrement disparu et rien ne pourra la franchir à nouveau.

Sa manière simple d'expliquer, répondant à toutes les questions y compris celles que l'on ne posait pas, calma efficacement les dernières peurs des adolescents.

— Avant de partir... déclara doucement Charly. J'aimerais, euh... faire quelque chose pour m'excuser. Vous avez été très gentils avec moi, alors que j'avais pour ordre de vous terrifier, et vous n'avez même pas fait de mal aux cauchemars. Laissez-moi juste...

D'une poche de sa veste fut sorti un petit coffret, à l'intérieur duquel se trouvaient des sortes de babioles reliées ensemble.

— Ce sont des répulsifs à cauchemars, expliqua Charly. Vous pouvez les accrocher au-dessus de votre lit et vous serez tranquilles. Si besoin, vous pouvez également fabriquer un spray à base d'huiles essentielles de lavande et d'orange, c'est terriblement efficace. Contre les chats aussi, d'ailleurs. Et surtout... limitez les écrans avant de dormir, cela rend assez vulnérable.

Avec amusement, Brandon nota l'émerveillement sur les visages de Jayden et Zeke alors que Charly leur donnait à chacun un petit objet à suspendre, fait de pierres et de métal, joliment brillant. Puis il fut temps d'ouvrir le portail vers le Royaume des Esprits. Ce fut Rodrigue qui s'en chargea, en murmurant une incantation qui fit onduler la surface du miroir jusqu'à ce qu'il ne reflète plus la chambre mais semble plutôt s'ouvrir sur un ciel étoilé.

— Bon retour chez toi, déclara Sal avec un sourire amical. C'était quand même chouette de faire ta connaissance, n'hésite pas à repasser nous voir si l'envie t'en prend. Juste... viens un peu plus tôt.

En souriant, Charly promit de le faire puis se détourna pour entrer dans le miroir comme on franchit une porte. Les cauchemars partirent à sa suite, trop vite pour que les humains les voient, et soudain le miroir redevint un simple reflet.

— Et voilà, conclut Armando. Vous allez pouvoir retourner dormir, vous ne risquez plus rien. Quant à nous, nous allons nous pencher sur la personne qui a invoqué Charly, parce que j'ai quelques petites questions à lui poser. Toutefois, cela peut attendre demain. Bonne nuit les jeunes.

Aussi rapidement qu'ils étaient arrivés, ils repartirent dans la nuit et Brandon sourit d'entendre peu après le bruit lointain d'un gros moteur qui s'éloignait. Il souhaitait bien du courage à Armando pour identifier l'invocateur que même Charly n'avait pas su décrire, mais d'un autre côté, le pasteur et ses compagnons avaient plus d'une corde à leur arc. Dans tous les cas, le danger avait été écarté et c'était le principal. D'autant qu'il ne restait plus aucune trace de peur dans la chambre.

— C'était trop cool ! s'exclama Jayden. Des démons et un genre d'exorcisme dans ma chambre ! Le truc de fou.

— Sal fait ça tout le temps ! se vanta Zeke, faisant rougir son grand frère. Il n'a peur de rien, et Brandon non plus.

— C'est faux, protesta Sal. J'ai peur d'une chose : vous deux avec seulement trois heures de sommeil au compteur. Alors on va installer les amulettes de Charly, ou quoi que soient ces jolies pendeloques, puis nous allons retourner nous coucher et tâcher de dormir un peu.

Brandon était certain qu'il y aurait eu plus de protestation si Zeke n'avait pas eu la parole coupée par un énorme bâillement, et il sourit de voir les deux garçons obéir sagement à Sal.

Moins dix minutes plus tard, toutes les veilleuses étaient éteintes et le sommeil reprenait ses droits sur la chambre. Tourné vers Sal sur leur petit matelas gonflable, Brandon se pencha vers lui pour déposer un baiser sur son front.

— J'espère qu'on reverra Charly, marmonna Sal. Je crois que je l'aime bien.

— C'est quelqu'un de timide mais nos chemins se recroiseront sûrement un jour, je n'en doute pas un instant. Allez, dors.

Sur un adorable sourire très doux, Sal déposa un baiser au bout de son nez avant de se blottir contre lui . L'instant d'après, il dormait à poings fermés.

Une Nuit d'EnferDes histoires addictives. Découvrez maintenant