Chapitre 1 - Noélie

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On oublie souvent que la vie est simplement un enchaînement d'événements. Certains sont futiles et disparaissent de notre mémoire aussi vite qu'ils se sont produits. D'autres nous font sourire lorsqu'on s'en rappelle. Puis, il y a ceux qui sont gravés dans notre esprit comme une empreinte dans de l'encre. Mais les plus essentiels sont ceux qui ont marqué un tournant significatif dans notre existence.
Ceux-là peuvent être des bons moments, comme la rencontre d'une personne qui aujourd'hui a une importance capitale dans nos vies. Mais il y a ceux qui nous démolissent, ceux dont on pense qu'on ne pourra jamais se relever.

Je suis bloquée dans l'un d'eux, comme si je ne pouvais pas m'en détacher. Comme une marque au fer rouge, indélébile et destructrice.
Je devrais probablement essayer de m'en sortir pour que cet incident ne devienne qu'une trace douloureuse de mon vécu. Mais à la place, j'observe simplement le temps s'écouler. Il continue d'avancer alors que moi, je reste dans la même position, figée dans des souvenirs qui n'ont plus d'intérêt.

N'est-ce pas le plus horrible ? Passer ses journées à ressasser les événements les plus éprouvants de notre existence? Se remémorer chacune de nos décisions que nous regrettons en sachant pertinemment que de toute façon, on ne peut plus rien y modifier ? Voilà à quoi se résume ma vie depuis bien trop longtemps.

Le soleil de Los Angeles illumine l'horloge tandis que je regarde les aiguilles qui continuent de tourner alors que je me contente de les observer. Une partie de moi espère probablement que quelque chose va changer, que quelque chose m'aidera à avancer mais finalement, j'en suis toujours au même point. Triste, brisée et surtout incomplète.

J'entends le bruit de ma porte qui s'ouvre et enfile instantanément le masque de la femme qui réussit à s'en sortir, pour le bien de ma famille. Je me surélève sur mes coudes et vois le sourire adorable de mon grand frère.

— Bonjour mèimei.

Il avance rapidement avant de s'asseoir sur le lit au niveau de mes jambes, j'ai un sursaut de peur quand je le vois faire. Peur qu'il écrase mon mollet droit et me fasse mal. Mais la vérité me revient comme un coup de poing dans le ventre, ma jambe droite m'a été à moitié retirée.

Mon frère ne remarque pas mon inquiétude passagère et je m'empresse de lui sourire pour oublier la douleur qui comprime ma poitrine.

— Māmā a préparé des pancakes à la myrtille, et nǎinai a cuisiné des tāngbāo alors, tu es obligée de te lever.

Je marmonne mon mécontentement avant d'enfoncer ma tête dans le coussin. Il est évident que j'adore ce qu'elles ont confectionné, d'autant que les déjeuners pluriculturel sont mes préférés. Cependant, nous avons célébré Thanksgiving hier et je crois sincèrement que je suis incapable d'avaler quoique ce soit pendant trois jours.

— Arrête de râler. Tu sais que si tu ne manges pas, nǎinai aura le cœur brisé.

Ce n'est clairement pas ce que je veux, mais disons que j'aimerais éviter de me retrouver à exploser à cause d'un surplus de nourriture dans mon corps.

Mon frère commence à me chatouiller et je me relève instantanément, je me débats d'abord avec mes bras avant de l'attaquer avec ma jambe, mais sans succès. J'attrape alors mon coussin pour le lui lancer en pleine figure, nous faisant tous les deux rires sans se retenir.

— Va plutôt embêter ton mari s'il te plaît. Dis-je exaspérée.

Au même moment, l'intéressé apparaît dans l'entrebâillement de la porte avec son sourire habituel. Ses cheveux noirs sont comme d'habitude, coiffés à la perfection, sans une mèche qui dépasse. Alors que personnellement, le matin, j'oublie parfois l'existence de ma chevelure.

Un flocon incomplet.Des histoires addictives. Découvrez maintenant