CHAPITRE 23
Casse-croûte
『Gail』
J'ai trouvé un petit hôtel qui ne payait pas de mine. Néanmoins, c'était assez pour moi avoir de quoi m'enfermer deux ou trois jours, le temps que tout se tasse.
J'avais accumulé de grosses économies en travaillant pour monsieur Holmes. J'aurais même pu me terrer dans cet endroit pendant des semaines sans inquiéter personne. Seulement, j'étais encore à Londres.
Mycroft scrute cette ville. Je ne suis pas invisible, ici. Aussitôt repérée, aussitôt confrontée. Je ne veux pas.
Partir, partir plus loin...
Je vais quitter la ville, sans pour autant aller trop loin. Sherlock a raison. Ma famille mérite que je reste assez proche en cas d'urgence.
Deux jours que j'ai disparu, deux jours que mon ami se contente de dire à Fletcher que « je vais bien,» deux jours mon téléphone sonne sans arrêt dans l'espoir de me retrouver.
Non, je mens, les premiers appels m'ont fait comprendre que je devais le mettre en mode avion.
Je m'imagine juste qu'il doit sonner à chaque fois que je regarde l'écran.
C'est décidé, je cherche un nouvel objectif. Regardons les trains.
J'ai peur. Pourquoi ? Parce que c'est concret ? Mais j'ai besoin de concret ! Je ne peux pas attendre toute ma vie dans l'ombre d'un homme que j'aime malgré moi en espérant que ça se tasse avec le temps. Je ne peux pas toujours virer au cliché.
Marre à la fin !
C'est décidé, qu'est-ce que je peux prendre dès ce soir ?
Manchester, Edimbourg, Brighton... je consulte toutes les villes intéressantes. Je prends d'ailleurs des tickets pour presque toutes. Je paye avec ma carte bancaire : j'ai besoin de brouiller les pistes.
En faisant mon marché dans les destinations, je ne peux m'empêcher de douter. Il est possible qu'il ne me cherche pas, tout simplement. Je m'imagine peut-être tout un scénario. Que Fletcher s'inquiète pour moi, à tort bien sûr, je n'en disconviens pas, mais Mycroft ? Après tout, il a eu sa lettre de démission, je ne lui dois plus rien. Bon, d'accord, probablement un préavis. Sauf que je ne me vois pas assurer cela alors qu'il m'a approximativement supplié de rester près de lui sur la grande roue.
Ça me désolé de l'imaginer si seul, contempler sa tasse de thé que personne ne lui remplit avec amour. Je suis d'accord sur un point important, je suis la seule à mettre autant de volonté à le satisfaire, à me soucier autant des détails. J'avais véritablement envie de lui plaire, de lui convenir.... et c'était tellement facile ! En comparaison à d'autres boulots, j'avais l'impression qu'il ne demandait rien de complexe, rien qui ne soit insurmontable.
Tout aurait été parfait... si je n'avais pas tout fichu en l'air.
Je ne dois pas céder. Je ne dois pas revenir. Non, je dois m'en aller.
Partir, pour Brighton. C'est décidé. Ce n'est que quand cette décision devient réelle que le chagrin me percute à nouveau.
Je n'en reviens pas que je m'en vais, pire que dans les chansons.
Je fais des centaines de détours dans les rues avant de rejoindre Saint Pancras. Je reste dans la salle des pas perdus, m'accordant un déca.
Je ne veux pas rejoindre le quai trop tôt si on m'observe, on ne sait jamais. Je me représente déjà le comité d'accueil une fois descendue du train...
Il a quand même illuminé une ville pour mon anniversaire ! Bon sang, oui, il a illuminé une ville pour mon anniversaire, c'est tellement beau. Il doit au moins m'apprécier, en fait. Forcément...
Mes idées se bousculent avec mon hésitation. Et si je ne partais pas ?
Non, je ne peux pas revenir en arrière, pas maintenant.
Je n'ai pas bu une seule gorgée de mon café, mon estomac est trop noué pour avaler quoi que ce soit. Je me déteste d'avoir gaspillé cet achat et je le tends à un sans abri sans visage. Au moins, je ne le jette pas.
Je suis morte de trouille, si morte de trouille. C'est ridicule, de quoi ai-je peur, au juste ? De l'inconnu ? Il a toujours fallu plus que cela pour m'effrayer.
Le train entre en gare, je me dépêche de rejoindre le quai en retenant ma respiration. Je ne souffle qu'au moment d'être assise dans mon siège.
Personne à côté de moi, tant mieux. Quoique, je m'attends toujours à voir débarquer mon employeur, enfin, ancien employeur, prendre place comme si de rien n'était et me faire la morale tout le trajet. Tout en détaillant comment il a deviné où je me trouvais avec une éloquence digne d'un lord, évidemment.
Oui, franchement, je m'y attends. Non, en fait, je l'espère secrètement. Parce que ce ne serait pas la pire des situations, au moins, il ne ferait pas une scène devant tout le monde, il est trop bien élevé pour ça.
D'autres voyageurs lancent des regards inquiets sur leur montre. Effectivement, nous sommes en retard. Plus les minutes défilent, plus mon angoisse de l'incertitude grandit. J'ai l'impression que tout est contre moi, le monde est contre moi ! Il s'organise pour que je ne quitte pas la capitale.
Finalement, une annonce au micro nous informe qu'en raison d'un colis suspect, notre train ne pourra pas repartir directement. Encore un abruti qui a oublié son sac sur la banquette et voilà que tout le pays est paralysé.
J'ai besoin de prendre l'air. Je me lève pour sortir un peu, mais je me fige sur place. Quelques mètres devant moi, dans l'emplacement réservé aux bagages, quelqu'un inspecte ma valise et reconnaît cette dernière comme je l'ai reconnu lui : monsieur Holmes.
Mes jambes refusent d'abord de bouger, je traîne assez dans cet état de paralysie pour que nos regards se croisent.
Je hurle à l'intérieur de moi : que fait-il là ? J'y étais presque ! Et qu'est-ce que c'est que cette cravate mal nouée ? Je n'ai jamais eu à la rectifier ni à lui faire une seule fois depuis que je travaille pour lui et il se permet de faire n'importe quoi quand je ne suis pas là ? Il n'a pas honte de m'imposer ça ? Il faut que je... Non ! Non, je ne céderai pas. Il a failli m'avoir, su ce coup-là.
Heureusement, nul imprévu ne me fera renoncer à sauver ma peau, je me force à faire demi-tour dans le wagon et je me précipite à l'autre bout. Je l'entends me crier après, mais s'il croit que ça suffira pour me retenir... il se met le doigt dans l'œil jusqu'à l'omoplate.
Je me faufile en dehors du train, abandonnant mes maigres affaires derrière moi, à regret. Cela m'apprendra à rester sur le qui-vive à chaque instant : j'ai relâché la pression un instant et cela m'a coûté ma valise.
J'essaye de me frayer un chemin dans la foule, mais celle-ci est dense et s'amasse pour, elle, entrer dans le train. Sans compter que la pseudo course poursuite n'est pas passée inaperçue, je soupçonne quelques personnes de se mettre en travers de ma route exprès pour que je sois rattrapée. Ils ne me connaissent pas, mais il est tellement facile pour eux de se mêler de la vie des inconnus.
Une main m'agrippe l'épaule, je reconnais cette poigne, celle qui m'a enserré la taille avec fougue quelques jours avant.
— Mycroft... murmuré-je.
VOUS LISEZ
Cœur Coquelicot [GxB]
Fanfiction« - Ce... commencé-je avant de chercher mes mots. C'est une proposition sérieuse. - Gail, vous apprendrez que je suis toujours sérieux, appuie-t-il d'une voix grave. Vous voyez ce thé que vous m'avez chaudement servi il y a quelques temps. Je voudra...
![Cœur Coquelicot [GxB]](https://img.wattpad.com/cover/328072826-64-k810706.jpg)