Lettre de Keigo ~

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Mon cher Touya,


T'écrire une lettre n'était absolument pas prévu au programme, mais mon gentil psychologue m'a conseillé de le faire pour me libérer d'un poids. Il dit que j'ai besoin de coucher mes sentiments sur papier pour me sentir mieux et pour avancer. Est-ce que je dois le croire ? Certainement, c'est lui le spécialiste, pas moi.


Mais comment on commence une lettre pour une personne qui nous manque atrocement mais qu'on ne peut voir ? Comment lui avouer toutes les émotions qui me traversent rien qu'à écrire son nom ? Je n'ai jamais fait ça, je n'ai jamais eu besoin de faire une lettre pour aller mieux. J'ai toujours supporter mes problèmes, j'ai vécu avec eux depuis tellement longtemps qu'ils font parti de moi et maintenant, je devrais m'en débarrasser ? C'est un peu bizarre, on est d'accord. Comment on peut se débarrasser d'un problème aussi gros que le mien ? ... Mais j'ai promis à Monsieur Yamazaki - mon psychologue, au cas où tu te demanderais qui il est - que je ferais de mon mieux. Il me suit depuis plusieurs mois et je commence enfin à m'ouvrir à lui. Il est à l'écoute et il est super gentil, un peu dans le genre de ton ami Bubaigawara, tu vois ? Les premières semaines, je n'ai pas décroché un mot lorsque je me rendais dans son cabinet, il faisait la conversation tout seul et je trouvais cela ennuyeux mais il n'a pas perdu espoir et il a fini par me faire réagir. A partir de là, il est un peu devenu mon ami et j'ai commencé à lui parler de ma vie. Pas celle que je me suis inventé au lycée pour éviter les questions indiscrètes de la part des autres, mais la vraie vie que j'ai vécu. Faire remonter tous les souvenirs avec mes parents a été très difficile. J'ai beaucoup pleuré et j'ai même fait une crise de panique, mais je vais mieux à présent. J'arrive à en parler sans éclater en sanglot, parce que je gère mes émotions. On a beaucoup travailler là-dessus.


Bref, je suis désolé pour tout ce blabla inutile. Toi, comment est-ce que tu vas ? Est-ce que tu as réussi à passer au dessus de notre rupture ? Si tu savais comme je suis sincèrement désolé d'avoir dû y mettre un terme.. C'était brusque et violent, et je m'en excuse. Mais j'étais obligé. On s'était déjà dit au revoir une fois, et j'en ai souffert mais c'est fois ci, c'était bien pire. Lorsque tu m'as réveillé ce matin là et qu'on était à trois centimètres l'un de l'autre, j'ai souhaitais que tu m'embrasses. Je voulais que tu le fasses pour plusieurs raisons, principalement parce qu'on s'aimait mais aussi pour m'empêcher de faire une bêtise. Quand j'ai plongé mes yeux dans les tiens, je me sentais enfin à ma place. Je me sentais enfin en paix avec moi-même et je te jure que je souhaitais rester auprès de toi. J'étais même prêt à te supplier pour me laisser revenir auprès de toi parce que j'en avais terriblement besoin, quitte à blesser ton adorable petite sœur. Mais en bougeant d'un centimètre, mon corps m'a envoyé une vague de douleur et je me suis souvenu de tout. En réalité, j'avais déjà prit ma décision nous concernant. En me réveillant, je savais que nos adieux auraient lieu le soir même et que je nous aurais fait du mal. J'avais peur des représailles de mon père et de vous mettre en danger si je restais chez vous. J'avais l'intention d'aller rejoindre ma tante et mon oncle par moi-même, après avoir meilleur allure, histoire de limiter les dégâts. Mais finalement, ton père a prit cette décision avant moi et au fond, je l'en remercie. J'avais besoin de leur soutient, seulement, je ne l'avais pas réalisé. Les voir m'a fait tellement de bien que ma décision de nous séparer m'a paru encore meilleur qu'avant.


Encore une fois, pardonne-moi, Touya. Ce n'est pas ce que je souhaitais, mais j'étais obligé. Autant pour moi que pour toi. Quand tu es rentré chez toi pour récupérer mes affaires, mon cœur a battu tellement fort dans ma poitrine que j'ai été à deux doigts de m'effondrer. Je savais que c'était le bon moment pour te faire mes adieux et j'ai lutté pour ne pas fondre en larme dans la seconde. Il fallait que je reste fort pour toi, pour moi, pour nous. Mais voir ton visage blessé par mes mots m'a totalement brisé. Je voulais venir vers toi et te serrer fort contre moi, inspirer une dernière fois ton odeur et t'avouer mes sentiments. Ça me démangeait depuis tellement longtemps, et il a fallu qu'on se dise adieu pour trouver le courage de te les avouer.

Le petit-ami de ma sœur. [DabiHawks]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant