Je n'ai pas imaginé la disparition de Despair.
Elle en avait encore une fois la preuve. Que ce soit la porte de la maison de poupée ou les rubans de la pièce aux marionnettes, tout indiquait qu'elle n'était pas folle et que ce dont elle se souvenait s'était bien produit.
Elle était donc à présent certaine que les membres de la famille lui avait menti.
Elle posa les yeux sur le jeune Fear, qui était assis sous le grand kiosque, à regarder les fleurs mortes du jardin avec attention.
Qu'en est-il de lui ?
Le seul enfant qui demeurait au manoir était-il également au fait de la disparition de sa sœur ? Il était en effet aisé de mentir pour un adulte, mais quand était-il d'un jeune garçon d'à peine dix ans ?
« Aina ? » l'interrogea-t-il soudainement, remarquant probablement qu'elle l'observait depuis déjà quelques minutes.
Elle se rendit compte au même moment qu'elle était à deux doigts de faire déborder le thé qu'elle versait dans sa tasse, parce qu'elle était distraite. Aussi reposa-t-elle brusquement la théière en s'inclinant devant le jeune garçon, embarrassée.
« Veuillez m'excuser, jeune maître. »
Celui-ci hocha la tête, avant de tourner à nouveau les yeux vers l'horizon.
« Ce n'est pas grave. »
Les cheveux au vent et l'air pensif, il lui fit penser à la matriarche. Il avait sur son visage les mêmes expressions et dégageait la même mélancholie qu'elle. Il semblait triste et presque seul.
« Que font mère et père ? » l'interrogea-t-il après un petit moment, sans tourner la tête vers elle pour autant.
Le jeune garçon lui donna l'impression d'être un marin en pleine mer, qui scruterait la surface l'eau dans l'espoir de voir la moindre parcelle de terre, qui le ramènerait à son foyer. Le pauvre garçon irradiait de mélancolie et de solitude, complétement seul au milieu du jardin, à boire du thé et manger quelques gâteaux avec une servante qui l'écoutait à peine.
« Je suis désolée, jeune maître. » elle commença, plaçant la tasse encore fumante devant lui. « Monsieur travaille dans son bureau et madame n'a pas quitté sa chambre. »
Elle n'obtint aucune réponse particulière de lui, mais ne parvint pas à s'empêcher de remarquer le vague tremblement de ses doigts, qui fut la seule chose qui trahissait du trouble qui l'habitait.
Il doit être déçu.
« Les fleurs sont là. » nota-t-il, les yeux glissant sur le rosier desséché qui entourait une partie du jardin et duquel s'étendaient une multitude de roses noir. « J'aurais aimé les montrer à mère. »
Ces fleurs étaient célèbres au manoir, car elles avaient été plantées par madame à son arrivée ici, juste après son union avec le patriarche. Ce dernier avait toujours ordonné aux servants de prendre grand soin du présent que sa chère et tendre épouse lui avait fait, un des seuls d'ailleurs.
Des roses noir au pieds du saule mort.
Celui qui était presque aussi vieux que le manoir et au pied duquel étaient enterrés tous les descendants de la famille Signavit sans exception. La croyance voulait que leur enveloppe vide retourne à l'origine et à l'entité protectrice de cet endroit qui avait résisté au temps, aux hommes et même aux dieux.
« Vous pourrez toujours les lui montrer la prochaine fois. » tenta-t-elle de rassurer le garçon.
Elle l'entendit soupirer discrètement.
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Memento
Mystery / ThrillerAina est la fidèle servante d'une illustre famille ducale, les Signavit. Une famille aussi mystérieuse que fascinante, dont les membres demeurent cloitrés dans un manoir au sommet d'une impénétrable montagne et le visage perpétuellement couvert par...
