« Tu es sûre de vouloir y aller seule ? » l'interrogea Elvan, qui attendait sur le pas de la porte, tandis qu'elle enfilait sa veste et son écharpe.
Il s'inquiète trop.
Aussi, le lui fit-elle remarquer en levant les yeux au ciel.
« Je vais bien, Elvan. Je t'assure. »
Il n'avait pas l'air convaincu, mais il savait qu'il ne pouvait pas gagner contre elle, surtout lorsque son obstination naturelle pointait le bout de son nez. Elle appréciait l'attention qu'il lui portait et le fait de savoir qu'il se souciait d'elle, mais elle était grande et en capacité de s'occuper de sa propre personne.
Elle n'était pas une petite chose fragile à protéger.
« Tu as quand même failli faire une crise et – »
Elle l'arrêta de la main, en hochant la tête.
« J'ai l'habitude. » répondit-elle platement, en récupérant les lettres qu'Elvan avait glissé sous son bras. « Et le maître m'a ordonné d'y aller. »
Cette fois-ci, il capitula et baissa le regard, comme un chien battu. En le voyant ainsi, elle fit presque marche arrière, ouvrant la bouche pour s'excuser, avant de se raviser. Elle avait indéniablement de l'affection pour Elvan, mais elle voulait lui faire comprendre qu'elle avait le droit de prendre ses propres décisions.
Elle prit donc sur elle et posa les lettres dans son panier, avant de tourner les talons en adressant un bref signe de la main à son ami, qui le lui rendit, bien qu'avec peu d'enthousiasme.
Elle soupira en se retrouvant enfin seule.
Ces derniers temps, elle appréciait de plus en plus la solitude et les petits moments de tranquillité que lui offraient ce genre de tâches. Elle n'avait jamais vraiment aimé aller au village avant tout cela, mais elle se surprenait maintenant à le vouloir, ne serait-ce que pour s'éloigner un petit peu de toutes les choses étranges qui lui arrivait depuis quelques jours.
Cela faisait maintenant 3 ans qu'elle était ici, mais jamais n'avait-elle été aussi éprouvée qu'en cet instant. Elle avait la sensation d'avoir toujours voguée sur un long fleuve tranquille, qui s'était brusquement transformé en torrent déchaîné.
Comme si sa vie avait tout à coup implosée.
Peut-être au fond la vie ici n'avait-elle jamais été normale, mais elle avait mis bien trop de temps à le réaliser. Peut-être avait-elle pendant trop longtemps considéré des choses étranges comme la normalité, sans se poser la moindre question.
Alors que dès le départ, quelque chose ne va pas.
Elle avait été aveugle, ou baignée dans le déni, mais elle avait à présent ouvert les yeux. Il se passait des choses au manoir qui ne devraient pas être.
Il faut que j'en apprenne plus.
Et quoi de mieux pour cela que d'interroger les habitants de la capitale, qui étaient sûrement ceux qui en savaient le plus à propos de la famille ? Les Signavit étaient après tout l'objet de rumeurs favoris de la haute société.
Peut-être trouverait-elle quelques pistes pour répondre à ses questions, parmi les racontars qui se transmettaient d'une oreille à une autre ?
Elle avait du mal à croire qu'elle allait finalement devoir s'en remettre à ceux qu'elle avait toujours évité, ceux qu'elle considérait jadis comme des affabulateurs, uniquement férus de drames et de scandales, que ceux-ci soient vrais ou non.
« As-tu entendu la dernière fois... » entendit-elle murmurer, le pieds à peine posé sous l'arche en pierre menant à la place du marché.
Les gardes qui protégeaient l'entrée étaient semblait-il en grande discussion sur elle ne savait trop quoi.
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Memento
Misteri / ThrillerAina est la fidèle servante d'une illustre famille ducale, les Signavit. Une famille aussi mystérieuse que fascinante, dont les membres demeurent cloitrés dans un manoir au sommet d'une impénétrable montagne et le visage perpétuellement couvert par...
