Une pièce plongée dans le silence et l'obscurité, juste éclairée par des bougies, desquelles se dégageaient un arôme fruité. Une estrade en chêne noir et un autel en marbre blanc en son centre, surmonté d'une grande boîte en hêtre, entouré d'une nuée de fleurs.
Un réceptacle taillé parfaitement pour y contenir un humain adulte.
« Papa. » résonna une voix au milieu des sanglots.
A genou près du sol, tremblait une forme humanoïde recroquevillée sur elle-même, qui tressauta.
Le lieu, rempli de photos, de bouquets et de cierges fumants, exsudait une atmosphère que l'on aurait pu qualifier de chaleureuse et réconfortante, si ce ne fut pour le cercueil qui était exposé juste au centre, baignant dans un lac de chrysanthèmes et de roses noires. Le panorama semblait étrangement raffiné, comme une photographie artistique ou un tableau, celui-ci dépeignant à la perfection et avec une macabre élégance les tenus et les aboutissants de la perte d'un être cher...
... D'une moitié qui avait quitté ce monde pour rejoindre l'autre côté.
« Papa. » réitéra la jeune femme d'une voix traînante et las, parée d'une longue robe noire, qui l'engloutissait presque.
Elle aperçut son reflet dans le miroir qui bordait la pièce et découvrit une fois de plus son air morose et vide de la moindre joie.
« ... » entendit-elle marmonner son père, sans comprendre ce qu'il disait, d'une voix inintelligible.
« Quoi ? »
Elle avança dans sa direction. Elle eut à peine le temps d'ouvrir la bouche que quelque chose vola vers elle. Elle n'entendit qu'un sifflement, avant qu'un violent fracas résonne entre les murs.
La jeune femme retint sa respiration et tourna la tête pour apercevoir les bris de verre de ce qui ressemblait à un vase. Lorsqu'elle les vit étalés sur le sol, elle comprit sans peine ce qu'il venait de se produire.
Elle serra le poing pour camoufler le tremblement de ses mains et posa avec hésitation un nouveau regard sur la silhouette qui se tenait à présent à quelques pas d'elle. Celle dont le bras frémissant de rage était encore en l'air, l'incriminant sans aucun doute possible.
« Dégage. » cracha l'homme, serrant les dents si fort qu'elle crut les entendre craquer.
Il était en colère. Bien plus qu'il ne l'avait jamais été.
« Non... » murmura-t-elle, la voix vacillante.
Il craqua ses doigts et son souffle devint plus fort.
« Qu'est-ce que... » commença-t-il, la voix rauque. « Qu'est-ce que tu as dit ? »
Elle avala bruyamment au son de sa colère et se demanda s'il était bon qu'elle continu à exprimer le fond de sa pensée de la sorte. Ce jour était particulier et elle ne voulait pas tout ruiner, mais elle en avait assez de se taire et de tout endurer.
Surtout après ce qu'il s'était produit...
« J'ai dit non. » réitéra-t-elle après un moment de considération.
Il y eut un petit silence, qui ne laissa présager rien de bon, avant que son père se lève et qu'il frappe du poing contre le mur avec violence.
Elle sursauta, surprise, mais ne se démonta pas pour autant. Il faisait comme s'il était le seul à souffrir dans cette histoire, mais il n'en avait pas le droit.
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Memento
Mistero / ThrillerAina est la fidèle servante d'une illustre famille ducale, les Signavit. Une famille aussi mystérieuse que fascinante, dont les membres demeurent cloitrés dans un manoir au sommet d'une impénétrable montagne et le visage perpétuellement couvert par...
